Correspondance de Voltaire/1761/Lettre 4572

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Correspondance : année 1761
Garnier (Œuvres complètes de Voltaire, tome 41p. 323-324).

4572. — À M. L’ABBÉ D’OLIVET.
À Ferney, 15 juin[1].

Mon cher maître, j’avais prié frère Cramer de vous demander vos conseils sur cette édition de Pierre Corneille, qui ne me donnera que bien de la peine, mais qui pourra être utile aux jeunes gens, et surtout au petit-neveu et à la petite-nièce, qui ne la liront point : du moins Mlle Corneille ne la lira de longtemps. Son petit nez retroussé n’est pas tourné au tragique. Il me faudra pour le moins encore un an avant que je la mette au Cid, et je lui en donne deux pour Héraclius.

Je vois avec douleur, mon cher maître, que le secrétaire perpétuel[2] n’a pas eu pour vous toutes les attentions qu’on vous doit. Mais je crois que vous n’en adoptez pas moins un projet que vous avez eu il y a longtemps, et que vous m’avez inspiré. Je n’attends que la réponse à ma lettre, que M. de Nivernais a communiquée à l’Académie, pour entreprendre cet ouvrage. Il sera la consolation de ma vieillesse. Je m’instruirai moi-même en cherchant à instruire les autres. J’aurai le bonheur d’être utile à une famille respectable ; je ne peux mieux prendre congé. Ayez donc la bonté de me guider. Conseillez, pressez ces éditions de nos auteurs classiques.

Un imbécile qui avait autrefois le département de la librairie fit faire par un malheureux La Serre les préfaces des pièces de Molière[3]. Il faut effacer cette honte.

Au reste, mon cher sous-doyen, vivons ; vous avez déjà vécu environ quinze ans de plus que Cicéron, et moi plus que Lamotte. Achevons à la Fontenelle. C’est la seule chose que je vous conseille d’imiter de lui.

  1. C’est à tort que nos prédécesseurs ont classé cette lettre à l’année 1762 : elle est de 1761. (G. A.)
  2. Duclos.
  3. Voyez, tome XXIII, page 87.