Correspondance de Voltaire/1761/Lettre 4573

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Correspondance : année 1761
Garnier (Œuvres complètes de Voltaire, tome 41p. 324).

4573. — À M. L’ABBÉ AUBERT,
qui lui avait adressé la seconde édition de ses fables.
Au château de Ferney, 15 juin.

Vous vous êtes mis, monsieur, à côté de La Fontaine, et je ne sais s’il a jamais écrit une meilleure lettre en vers que celle dont vous m’honorez. Tous les lecteurs vous sauront gré de vos fables, et j’ai par-dessus eux une obligation personnelle envers vous. Je dois joindre la reconnaissance à l’estime, et je vous assure que je remplis bien ces deux devoirs. Il y en a un troisième dont je devrais m’acquitter, ce serait de répondre en vers à vos vers charmants ; mais vous me prenez trop à votre avantage. Vous êtes jeune, vous vous portez bien ; je suis vieux et malade. Mon malheur veut encore que je sois surchargé d’occupations qui sont bien opposées aux charmes de la poésie. Je peux encore sentir tout ce que vous valez ; mais je ne peux vous payer en même monnaie. Faites-moi donc grâce, en me rendant la justice d’être bien persuadé que personne ne vous en rend plus que moi. J’ai honte de vous témoigner si faiblement, monsieur, les sentiments véritables avec lesquels j’ai l’honneur d’être, votre, etc.