Correspondance de Voltaire/1765/Lettre 6108

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Correspondance : année 1765
Garnier (Œuvres complètes de Voltaire, tome 44p. 62-63).

6108. — À MADEMOISELLE CLAIRON.
16 septembre.

Mes yeux, mademoiselle, ne sont pas si heureux à présent qu’ils l’étaient quand ils avaient le bonheur de vous voir. Ils pouvaient alors le disputer à mes oreilles ; mais actuellement ils sont si malades que je ne peux avoir l’honneur de vous écrire de ma main.

Nous m’ordonnez de vous écrire à Aix ; cela me fait craindre que vous n’ayez pas reçu la lettre que je vous écrivis à Marseille[1]. Je vous y rendais compte de l’empressement de M. le maréchal de Richelieu à savoir des nouvelles de votre santé. Le roi s’en était informé lui-même. Je vous confiais que j’avais instruit M. le maréchal de Richelieu de la vérité ; je lui disais que vous vous étiez trouvée fort mal de l’effort que vous aviez fait de représenter Électre et Aménaïde sur mon petit théâtre, et que M. Tronchin avait déclaré qu’il y allait de votre vie ; mais que vous ne balanceriez pas de la risquer quand il s’agirait de plaire au roi. Si ma première lettre est perdu, celle-ci servira de supplément.

L’amitié que vous me témoignez me fait encore plus de plaisir que les talents inimitables que je vous ai vue déployer. Je m’intéresse à votre bonheur autant qu’à votre gloire. Vous ferez les délices de vos amis comme vous avez fait celles du public ; et, en vérité, le public ne vaut pas des amis.

Toute ma famille vous fait les compliments les plus tendres et les plus sincères. Ne m’oubliez pas, je vous en supplie, auprès de M. le comte de Valbelle ; il ne m’appartient pas d’envier sa place, mais j’envie celle de M. de Neledenski, puisqu’il vous accompagne.

Si vous êtes à Aix, voulez-vous bien me recommander aux bontés de M. le duc de Villars ? Je ne le fatigue point de mes inutiles lettres, mais je lui serai attaché toute ma vie.

Adieu, mademoiselle ; si j’avais de la santé, vous me trouveriez à Lyon sur votre passage.

  1. La lettre 6100.