Coups d’ailes/Complainte

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Bibliothèque de l’Action française (p. 137-138).

Complainte


Il était parti par un clair matin,
Vers la pleine mer, pêcher la morue.
Dans un fol espoir, berçant mon chagrin,
Pour le saluer, j’étais accourue.

C’était un beau gars et si brave aussi !
De ceux que la mer veut garder près d’elle,
Méchante et maudite au cœur endurci
Qui brise nos cœurs parce qu’elle est belle !


Elle s’y connaît en hommes, toujours !
Elle a pris mon Jean d’une main traîtresse,
Et détruit du coup les primes amours
Qui chantaient tout bas avec ma jeunesse !

Je ne l’attends plus mon promis d’hier ;
Mais je vais pleurer par toutes les grèves.
Je mêle son nom à chaque pater :
J’ai perdu mon rire en perdant mes rêves…

Car il dort là-bas, seul, aux grandes eaux,
La vague le berce en son long murmure :
Comme un soldat, pour couvrir sa figure,
Le pêcheur n’a point les plis des drapeaux.