Coups d’ailes/En fermant le livre

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Bibliothèque de l’Action française (p. 157-160).

En fermant le livre


Pour parler de la vie,
Il faut avoir souffert.
C’est à genoux qu’on prie,
Sous le ciel entr’ouvert.

Une douleur muette
Est un signe sacré,
Et pour être poète
Il faut avoir pleuré.


Moi je n’ai fait que rire
Et chanter, voyez-vous.
Dans l’air que je respire,
Tous les parfums sont doux.

J’ai ri ! le rire entraîne
Et sonne sous les pas ;
J’ai ri ! j’ai ri sans peine
Pour ceux qui ne rient pas.

Les vieillards avant l’âge.
Les chercheurs d’irréel ;
Ceux qui voient un nuage
En chaque coin du ciel ;

Les amants de l’ornière,
Ceux qui marchent, le front
Courbé dans la poussière,
Et l’esprit infécond :


Ceux-là, je les méprise.
Ils ne veulent pas voir,
Par delà leur sottise,
La beauté du devoir.

J’ai chanté l’espérance
Qui disait à mon coeur :
« Qu’importe la souffrance
« Pour un peu de bonheur ! »

J’ai chanté ce que j’aime
D’une bien faible voix ;
Mais j’ai chanté quand même,
Pour montrer que je crois.

Et j’ai pensé bien faire.
Sans doute ai-je eu grand tort !
Il valait mieux me taire
Et dédaigner l’effort…


Lecteur, je te les donne
Ces rêves inconstants,
Ces chansons qu’on fredonne
Au rire des vingt ans ;

Car, avec sa tendresse,
Même avec ses travers,
C’est toute ma jeunesse
Qui chante dans mes vers.