Cours d’agriculture (Rozier)/SALIVATION

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Hôtel Serpente (Tome neuvièmep. 64-65).


SALIVATION. Médecine Rurale. Abondante excrétion de salive. Cette évacuation est souvent spontanée, mais, pour l’ordinaire, elle est excitée par des remèdes qui agissent immédiatement sur les différentes parties de la bouche.

La salivation paroît presque toujours dans les maladies inflammatoires qui affectent les organes de la déglutition, sur-tout dans l’esquinancie. On l’observe encore très-souvent dans la petite vérole confluente, de mauvais caractère ; dans la mélancolie, dans les luxations de la mâchoire, & notamment dans les maladies vénériennes, lorsqu’on a administré aux malades une trop grande dose de mercure.

Plusieurs causes peuvent déterminer la salivation ; de ce nombre sont les alimens âcres & échauffans, l’usage abusif des liqueurs spiritueuses : elle dépend très-souvent des vives passions de l’ame. Le mercure pris intérieurement, les veilles immodérées, le vice scorbutique, & le vice cancéreux, lui donnent aussi naissance. Elle est quelquefois occasionnée par le gonflement & le relâchement des glandes salivaires, qui ne pouvant plus contenir la salive, la laissent échapper par la bouche.

La salivation peut être d’une grande utilité dans la paralysie de la langue, sur-tout lorsqu’elle dépend du relâchement des nerfs qui se distribuent dans cet organe. Dans l’asthme vraiment pituiteux, je l’ai vu rendre les attaques moins fréquentes & moins laborieuses.

On a prétendu pendant longtemps, que la salivation étoit nécessaire pour guérir la vérole ; l’expérience & l’observation ont démontré le contraire. Nous en donnerons les raisons au mot Vérole. Buchan veut qu’on l’excite dans la goutte sereine & dans la rage. Ce n’est pas seulement dans ces deux dernières maladies qu’elle a produit de bons effets ; on sait encore qu’elle convient dans certaines affections soporeuses, dans les fluxions lymphatiques, dans la surdité, & les maladies de la peau.

On doit respecter la salivation dans la petite vérole ; & quoiqu’on l’observe moins souvent dans les pays du midi que dans ceux du nord, on doit l’aider par l’usage de l’oximel, les vapeurs du lait, & autres décoctions émollientes, lorsqu’elle est languissante, & l’exciter par des gargarismes irritans, tels que la décoction de moutarde, si elle est peu considérable ; l’application d’un vésicatoire à la nuque peut être d’un grand secours dans cette maladie, si l’on en craint ou si l’on en soupçonne la suppression subite.

La salivation est très-nuisible aux personnes qui ont un tempérament sec, vif, ardent & bilieux, dans lesquelles la sérosité manque, bien loin d’être surabondante ; à celles qui sont foibles, maigres & languissantes, qui ont la poitrine délicate, l’estomac mauvais, & sont sujettes au vomissement & au crachement de sang. Personne n’ignore que la trop grande excrétion de salive trouble les digestions, excite la soif, & conduit même à la consomption.

Le mercure n’est pas le seul médicament propre à procurer la salivation : les plus usités sont le gingembre, la zéodaire, l’azarum, le tabac, la canelle, le poivre, la pyrèthre, la racine d’angélique. On fait mâcher la plûpart de ces différentes substances, afin d’exciter un écoulement de salive abondant. On peut encore s’en servir en infusion & en décoction ; elles produisent les mêmes effets, pourvu qu’on s’en rince la bouche. M. AMI.