Cours d’agriculture (Rozier)/ÂGE, (CONNOISSANCE DE L’)

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ÂGE, (CONNOISSANCE DE L’) (Art vétérinaire.) Il est souvent très-intéressant de connoître quelle a été la véritable durée de la vie d’un animal domestique, jusqu’au moment où on l’observe. Les changemens qui surviennent, chaque année, dans la constitution de ces animaux, peuvent en donner quelques indices ; mais, comme ils sont sujets à varier, on s’est appliqué spécialement reconnoître les variations que chaque année apporte dans l’état de leurs dents.

Peu de temps après sa naissance, le poulain a six dents de lait, à la partie antérieure de chaque mâchoire ; ce sont les dents incisives. Les deux du milieu sont appelées les pinces, les deux dernières sont nommées les coins ; celles qui existent entre les pinces et les coins se nomment mitoyennes.

Les dents molaires, les grosses dents, et les crochets ou les dents canines, entrent pour bien peu de choses dans la connoissance de l’âge.

Les dents de lait sont plus étroites, d’un blanc plus clair, et sont plus déprimées à l’endroit de leur collet, que les dents d’adulte. (Voyez ce mot.)

Quand les pinces de lait sont tombées et viennent d’être remplacées, le poulain a trois ans ; il a quatre ans lorsque la même chose arrive aux mitoyennes, et cinq ans quand les coins adultes ont chassé les coins de lait.

Chaque dent incisive d’adulte perce la gencive en faisant paroître son bord externe, qui forme une espèce d’arc. La membrane de la bouche recouvre le milieu de cette dent, ainsi que son bord interne, qui sont encore enfoncés. Le bord interne se montre un mois ou deux après ; mais il sera plus bas que l’externe, pendant une année presque toute entière. Le bord externe s’use donc en frottant contre les incisives de la mâchoire supérieure, tandis que l’interne reste long-temps intact.

Entre les deux bords de chaque dent nouvellement poussée, il existe une cavité qui doit disparaître par l’usure de ses bords. Ces changemens ont lieu à des époques à peu près fixes : le cheval a six ans, quand les pinces sont rasées, c’est-à-dire que leurs bords sont usés, qu’elles n’ont plus de cavité ; il en a sept, quand les mitoyennes rasent, et huit, quand ce sont les coins ; alors le cheval est ce que l’on appelle, hors d’âge.

Cependant les dents incisives de la mâchoire supérieure rasent aussi, suivant un ordre à peu près fixe, et peuvent encore indiquer l’âge ; les pinces de la mâchoire supérieure rasent à neuf ans, les mitoyennes à dix, et les coins de onze à douze ans. Après cette époque, les dents incisives s’arrondissent, leur rencontre, d’une mâchoire à l’autre, forme un angle qui devient aigu de plus en plus, tandis que, dans les jeunes sujets, elles sont très-courbées, et leur table n’a pas ou presque pas d’obliquité. En général, l’usure des dents est en raison directe de la dureté des alimens.

Il est des personnes qui arrachent les dents incisives aux poulains, afin de les faire paroître plus vieux, ou qui y pratiquent des cavités avec un burin, pour les faire paroître plus jeunes ; mais, si l’on fait sur-tout attention à ce que nous avons dit, à la fraîcheur du bord interne des dents nouvellement poussées, et à la direction des dents en général, on reconnoîtra facilement la supercherie. La même observation fera juger de l’âge des chevaux bégus, c’est-à-dire de ceux en qui les dents conservent leurs cavités, soit parce que les dents molaires sont trop élevées des deux côtés, ou d’un côté seulement, soit parce que les mâchoires sont inégales en longueur, etc.

Les autres parties du corps éprouvent aussi des changemens bien sensibles par l’âge. Plus les animaux sont jeunes plus la partie antérieure et inférieure de la bouche est étroite ; la tubérosité de la mâchoire n’existe presque pas dans le poulain. Dans le jeune sujet, le dessous de la langue remplit l’auge, qui devient profonde à proportion que l’animal avance en âge. Elle est très-creuse dans les vieux sujets.

Les éminences osseuses, l’épine maxillaire sur-tout, ne sont bien formées qu’à l’âge de huit ans, et l’on remarque qu’elles sont d’autant plus saillantes, que l’animal est de race plus distinguée. Les extrémités des os qui, réunis, forment des articulations mobiles, sont séparées du corps de l’os par un cartilage qui ne disparoît entièrement que vers la huitième année. On voit par conséquent que, si l’on fait travailler les chevaux avant l’âge où leurs parties sont consolidées, on les ruine et l’on en consume deux ou trois pour un. De là les refoulemens des os à l’endroit des articulations, c’est-à-dire des éparvins, des courbes, des jardons, des formes.

La castration arrête le développement de l’encolure et de la croupe, ôte une partie de l’ardeur et de la vigueur de animal : c’est pourquoi il ne faut pratiquer cette opération qu’à l’époque où ces parties sont assez bien fournies, autrement elles resteroient maigres et décharnées. On observe cependant que la castration ne leur fait point perdre le développement qu’elles avoient acquis auparavant. L’encolure des chevaux entiers, de races les plus communes sur-tout, devient épaisse dans quelques uns ; la partie qui reçoit la crinière est tellement chargée de graisse, qu’elle se renverse, et devient penchante : dans les chevaux fins, les arabes sur-tout, l’encolure conserve sa perfection, quoiqu’ils restent entiers.

Connaissance de l’âge du bœuf, du mouton et de la chèvre. Le bœuf, le mouton, et la chèvre, n’ont pas de dents incisives à la mâchoire supérieure ; ils ont à la mâchoire inférieure huit dents qui différent de celles du cheval en ce qu’elles n’ont pas de cavité, qu’elles sont tranchantes ou forment un biseau beaucoup incliné de dehors en dedans. Ces dents incisives font leur appui à la mâchoire supérieure sur un bourrelet épais et calleux.

Ces huit dents se divisent en pinces, premières mitoyennes, deuxièmes mitoyennes, et coins.

Les pinces de lait tombent et sont remplacées à la fin de la deuxième année ; alors l’agneau prend le nom d’antenois. Les premières mitoyennes tombent et sont remplacées à trois ans ; les deuxièmes à quatre, et les coins à cinq ans. Quand les dents d’adulte sont ainsi toutes poussées, que les coins sont frais, on dit que l’animal est au rond. L’usure du bord tranchant des-dents sert ensuite à reconnoître l’âge. Il est usé environ à cinq ans aux pinces, à six ans aux premières mitoyennes, à sept ans aux secondes mitoyennes, à huit et à neuf aux coins.

Les dents du bœuf et du mouton sont moins assurées que celles du cheval dans leurs alvéoles : aussi sont-elles sujettes à tomber, et voit-on le mouton brèche à six ou sept ans.

Les cornes servent aussi à reconnoître l’âge du bœuf et de la vache. Le taureau et la génisse ont un cornichon raboteux et qui a peu de consistance ; depuis l’âge de trois ans, l’accroissement de la corne se fait, chaque année, par un anneau qui est séparé du cornichon et de l’anneau suivant par une dépression ; ainsi, ce bout de la corne, depuis le premier anneau, compte pour trois ans, et chaque anneau indique une année en sus. Ces développemens de la corne éprouvent quelques irrégularités qui ont pour causes les dispositions du sujet, les vicissitudes, le régime qu’il subit, sur-tout au printemps, époque où l’anneau croît principalement ; de sorte que quelquefois la pousse se fait d’une manière pénible, et en plusieurs efforts, l’anneau n’est pas aussi uni qu’on le désireroit, et fournit un renseignement assez difficile, plus encore dans les bœufs que dans les vaches, à cause de la castration.

La castration produit des effets bien différens relativement aux cornes du bœuf et du mouton. Les cornes qui étaient grosses et courtes dans le taureau, s’amincissent et s’allongent quand il est devenu bœuf. Le bélier à cornes, au contraire, a les cornes très-grosses, et elles décrivent des contours qui leur donnent une grande longueur, tandis que le mouton, châtré jeune, n’a que de très-foibles rudimens de cornichons. (Ch. et Fr.)