Cours d’agriculture (Rozier)/AGAVE

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AGAVE, (Agave L.) genre de plante composé de plusieurs espèces d’aloès de Tournefort, et que cet auteur a rangé dans la seconde section de sa neuvième classe. Linnæus l’a placé dans son hexandrie monogynie ou sa sixième classe, ordre premier. Il fait partie de la belle famille des narcissoïdes, dans la méthode naturelle, et compose un genre qui appartient à l’ordre septième de la troisième classe, laquelle renferme les végétaux monocotylédons à étamines épigynes. Le mot agavé, en grec, signifie admirable, nom qui lui a été donné à cause de la singularité remarquable, de l’utilité, et de la beauté de plusieurs des espèces qui composent ce genre.

Son caractère distinctif consiste en une fleur monopétale infundibuliforme, que les uns nomment calice et les autres corolle ; elle est divisée, par son limbe, en six parties à divisions égales. Les étamines, au nombre de six, sont insérées au sommet de la fleur, et la débordent de la moitié de leur longueur ; leurs anthères sont longues et vacillantes ; le stigmate est trifide, et termine un ovaire qui devient une capsule amincie aux deux extrémités, presque triangulaire et divisée en trois loges. Plusieurs des espèces d’agavé sont vivipares, c’est-à-dire qu’au lieu de donner des graines, elles produisent discoboles, ou de petites bulbes qui sont des plantes toutes formées, sans avoir passé par l’état d’œuf ou de semences. Des six espèces de ce genre qui sont connues dans ce moment, deux seules sont employées dans l’économie rurale et domestique. Nous nous restreindrons à ne parler que de ces dernières.

La première est l’agavé d’Amérique, Lam. dict. n°. 1. Agave Americana L. C’est l’Aloe folio in oblungum aculeum abeunte de C. B. et de Tournefort. Voici son caractère spécifique :

Fleurs, portées sur une tige ou hampe nue, cylindrique, simple, haute d’environ vingt pieds, au sommet de laquelle est une panicule pyramidale garnie d’un très-grand nombre de fleurs. Cette panicule forme une girandole qui se développe avec une grande promptitude, et soutient plusieurs milliers de fleurs dont la couleur est d’un blanc jaunâtre.

L’opinion populaire est que cette plante ne fleurit que tous les cent ans, et que le développement de sa floraison est précédé d’une explosion semblable à un coup de canon. Le merveilleux captive toujours la multitude, ce qui fait que cette opinion est très-répandue. La vérité est que cet agave ne fleurit que lorsqu’il a une certaine force, à laquelle il parvient en huit ou dix ans dans les climats chauds, tandis qu’il ne l’obtient qu’après quarante, cinquante ans, et même un plus grand nombre d’années encore dans les pays froids où on le cultive dans des pots ou dans des caisses ; que ses hampes ou tiges de fleurs croissent de trois, quatre, et sept pouces en vingt-quatre heures ; que cette végétation est assez rapide pour que l’œil puisse l’apercevoir distinctement, et que les pieds qui ont fleuri se dessèchent et meurent après leur floraison. Mais ils sont bientôt remplacés par les nombreux œilletons qui sortent de leur souche.

Fruits, composés d’une capsule à trois loges qui renferment plusieurs centaines de semences noires, aplaties et membraneuses sur leurs bords.

Racines, charnues, longues, traçantes et qui partent d’une souche boiseuse, coriace et filandreuse.

Port, tige ou tronc souvent nul, quelquefois élevé d’un à deux pieds, et rarement de trois, composé d’un tissu de fibres qui parlent de la souche et vont en se ramifiant à l’infini jusqu’aux extrémités des feuilles, comme dans tous les végétaux ligneux monocotylédons. Feuilles simples, nombreuses, permanentes, longues de cinq à six pieds, épaisses de deux à trois pouces dans leur milieu, charnues, succulentes, concaves en dessus, convexes en dessous, larges de six à huit pouces, lancéolées, terminées par une pointe de trois pouces, très-dure et bordée de dents crochues très-acérées.

Lieux. Cette espèce d’agave est originaire de l’Amérique méridionale, où elle croît sans culture, principalement à la Jamaïque et dans les Antilles. Elle vient dans les lieux secs et montueux. On l’apporta en Europe, pour la première fois, en 1561, et on la cultiva d’abord en Portugal et en Helvétie. Elle se trouve actuellement répandue dans les départemens des Pyrénées-Orientales, du Var, des Alpes-Maritimes, en Espagne, en Italie et très-abondamment en Sicile, où elle croît comme dans son pays natal.

Propriétés. Le suc extrait des feuilles de cette plante, épaissi par l’évaporation, est employé dans la médecine, et surtout dans l’art vétérinaire. Il a une saveur amère et une odeur nauséabonde.

Usages économiques. Les fleurs de l’agave d’Amérique renferment des nectaires qui distillent une liqueur limpide et douce que les abeilles recueillent avec avidité ; mais l’on prétend que le miel qui en provient a une propriété laxative. Ce fait, très-probable, n’est pas encore bien avéré.

On tire de ses feuilles une grande quantité de fibres d’excellente qualité, qui sont employées avec succès dans les arts de la corderie et de la filature. On en fait des cordes qui, à un diamètre moins gros que celles faites avec du chanvre, sont plus fortes et durent plus long-temps. En Amérique, on en établit des filets pour la pêche, l’on en fait des hamacs, et l’on en fabrique de grosses toiles d’emballage. Le citoyen Deberthe, manufacturier de sparterie, faubourg St.-Antoine, à Paris, employoit une grande quantité de fil d’agave d’Amérique, à faire des cordons de montre, de cannes, de lustres, de rideaux, de sonnettes, et des guides pour conduire les chevaux de voitures : ces tissus conservaient très-bien les diverses couleurs dont on les teignoit. Il est malheureux que cette fabrique n’ait pas subsisté plus long-temps, elle auroit fourni une nouvelle branche au commerce de Paris, en même temps qu’elle eût procuré de l’ouvrage à beaucoup de bras qui languissent, faute d’occupation, dans un quartier aussi populeux.

Le citoyen Amoreux fils, dans son excellent Mémoire sur la Construction des Haies, qui a été couronné par l’Académie des Sciences de Lyon, en 1784, annonce, sur la foi de Bowles, qu’à Barcelonne on fabrique des blondes avec les fils de l’agave, et que ses feuilles fournissent de l’eau-de-vie par la distillation. Les Indiens se servent des épines longues et dures, qui terminent ses feuilles, en guise de clous, dans la construction de leurs pirogues, et pour armer leurs flèches.

Nous n’avons pas de détail circonstancié sur la manière dont on extrait les fibres des feuilles de cette espèce d’agavé. Tout ce que nous savons c’est, 1°. qu’après avoir coupé les feuilles à rase tige, lorsqu’elles sont parvenues à toute leur grandeur, on les met rouir dans des auges ou dans des marais d’eau stagnante ; 2°. que lorsque leur partie charnue est amollie, on les écrase entre deux cylindres, qu’on les lave à une eau courante et qu’on les bat pour diviser leurs fibres ; 3°. et qu’enfin on les peigne à plusieurs reprises, pour les amener au degré de finesse qu’on désire. Cet art, né dans un pays peu civilisé, et transporté chez des peuples qui ne sont pas manufacturiers, n’a pas fait les progrès dont il est susceptible.

Mais un des usages auquel l’agavé d’Amérique peut être employé avec succès, est dans la construction des clôtures de défense, pour entourer les biens ruraux. Cet usage est établi en Amérique, d’où il a été apporté en Europe, dans les pays où le terrain n’a pas une grande valeur. Dans l’Andalousie, à Malaga, à Naples et en Sicile, on en forme des haies ; dans le département des Pyrénées-Orientales, aux environs de Perpignan, on en borde les chemins et l’on en circonscrit les vignes. Les redoutables aiguillons qui terminent les feuilles de cette plante, et les épines dures et crochues dont elles sont bordées, opposent une défense que les animaux et même les hommes n’osent franchir. Ces clôtures sont plus sûres que des murs beaucoup plus élevés, et coûtent beaucoup moins à établir ; mais aussi elles occupent une plus grande quantité de terrain.

Dans les pays septentrionaux de la France et de l’Europe, on cultive l’agavé américain dans des vases de terre ou dans des caisses qu’on rentre pendant l’hiver dans l’orangerie. Les apothicaires des villes en ornent les appuis de leurs boutiques, pour indiquer plus particulièrement leur pharmacie ; ce sont, pour ainsi dire, leurs armes parlantes. Il existe une variété de cette espèce dont les feuilles sont liserées de jaune, en forme de ruban couleur d’or, qui est recherchée des amateurs de plantes étrangères. Enfin, pour terminer l’indication de tous les usages de cet agavé, il n’est pas rare de voir tracés sur ses feuilles les noms et les chiffres enlacés d’amans heureux, qui confient l’expression de leur bonheur à la garde de leurs épines redoutables. Ces signes grandissent avec le temps, et durent un siècle, tandis que, très-souvent, les amours de ceux qui les ont tracés diminuent et s’effacent en peu d’années.

Culture. Quoique l’agavé d’Amérique soit originaire de la zone torride, il peut éprouver trois ou quatre degrés de gelées sèches et passagères, sans en être affecté sensiblement. Nous en avons fait l’expérience plusieurs fois. Il croît de préférence dans les terrains secs, calcaires, pierreux, parmi les rochers, sur les coteaux, aux expositions les plus chaudes, et même à celles qui sont brûlées par le soleil. Du collet de sa racine, et souvent de ses extrémités, sort un grand nombre d’œilletons qui servent plus rapidement que ses graines à sa multiplication. Mais il est peu exact de dire, comme Bowles l’avance, qu’il suffit de planter en terre des bouts de feuilles pour propager cette plante. Il faut employer des feuilles entières, munies de la partie inférieure qui la joint à la tige, pour faire réussir cette voie de multiplication ; encore est-elle douteuse en usant de cette précaution. Le moyen le plus sûr et le plus prompt est de se servir des œilletons ou boutures, lorsqu’ils ont trois ou quatre feuilles, et qu’ils ont un rudiment de tige un peu ligneuse. On les coupe à rase du tronc, ou les laisse quelques jours à l’ombre pour que la plaie de l’amputation se ressuie et se cicatrise, ensuite on les plante à leur destination lorsque le sol est plus sec qu’humide. La voie des graines peut être employée avec succès, quand on veut obtenir une nombreuse multiplication. On les sème au printemps, dans le midi de l’Europe, sur des planches de terre meuble et sablonneuse. Elles lèvent en six semaines ou deux mois, et le jeune plant qu’elles produisent en quantité est propre à être transplanté au bout de la deuxième ou troisième année révolue. Ce moyen est plus long que celui des œilletons, boutures, et drageons ; mais il est plus sûr et plus abondant.

La plantation des haies d’agavé exige une préparation de terrain différente de celle qu’on emploie ordinairement pour les clôtures ordinaires. Au lieu de faire un fossé pour recevoir les plantes, on établit une berge en dos d’âne. Pour cet effet on ramasse, des deux côtés de la ligne sur laquelle on veut planter la haie, des terres dont on fait un ados de quatre pieds de large par le bas, sur deux d’élévation, lequel offre une crête large d’un pied par le sommet et dans toute la longueur de la ligne. C’est sur cette crête que se plantent, à huit ou dix pouces de distance les uns des autres, les jeunes agavés destinés à former la clôture. Ils se joignent bientôt, poussent de nombreuses racines qui s’emparent du terrain et le retiennent dans son élévation. Cette pratique a pour but de mettre les plantes à l’abri d’une humidité stagnante qui les feroit périr, de faciliter l’extraction des feuilles, et sur-tout d’économiser le terrain, en empêchant les agavés de tracer et de s’étendre trop loin. Malgré cette précaution, ces haies occupent encore près de deux toises de large, lorsqu’elles sont parvenues à toute leur grandeur. La coupe des feuilles doit se faire chaque année, lorsqu’elles ont acquis toute leur étendue, mais partiellement, et en nombre proportionné à celui des jeunes tiges qui se développent du cœur de la plante. Un gros pied en peut fournir quatre ou cinq chaque année.

Lorsque le terrain est sec de sa nature, et que le climat est chaud, la plantation peut se faire à rez-terre, dans une rigole à la manière ordinaire ; c’est le procédé employé le plus communément ; mais s’il est plus économique, il fait perdre beaucoup de terrain par le prompt élargissement que prend cette clôture.

On ne sauroit trop recommander la culture de l’agavé d’Amérique dans les pays méridionaux, pour l’emploi de terrains abandonnés comme stériles, tels que les coteaux rapides, les intervalles de rochers, et les lieux brûlés par le soleil ; terrains malheureusement trop communs dans le midi de la France, qui non seulement sont inutiles à l’agriculture, mais même lui sont très-nuisibles, puisque les sédimens pierreux qui les composent, entraînés par les orages, descendent dans les plaines fertiles, les couvrent et les rendent stériles. Des plantations d’agavés, placées dans de telles situations, arrêteroient la dégradation des montagnes, couvriroient leurs flancs nus et hideux, fourniroient une matière première à un nouveau genre d’industrie qui occuperoit beaucoup de bras désœuvrés. Cette plante seroit pour les montagnes, et les terres arides du midi de la France, ce que peut devenir le lin de la Nouvelle-Zélande, pour les plages de sable mouvant des bords de la mer, dans le même climat. (Voyez le mot Phormium.)

La seconde espèce de ce genre, qui est employée dans l’économie rurale et domestique, est l’agavé fétide, Lam., Dict. n°. 5, (agave fœtida L.) Ventenat en a formé un nouveau genre, sous le nom de furcrœa, et elle est connue sous la dénomination vulgaire de pitte, ou d’aloès pitte, dans toute l’Amérique méridionale. Celle-ci se distingue de la précédente en ce que ses feuilles sont beaucoup plus longues, plus minces, moins aqueuses, d’une verdure plus foncée, et qu’elles n’ont ni épines sur leurs bords, ni à leur extrémité. En les froissant, elles répandent une odeur désagréable, ce qui lui a valu l’épithète de fétide.

Fleurs, portées sur une hampe plus élevée que celle de la précédente, rameuse, pyramidale, couverte de petites fleurs verdâtres qui se succèdent sans interruption pendant trois mois. Un individu de cette espèce, qui a fleuri dans les serres du Muséum, en 1793, a produit une tige qui s’est élevée à trente-deux pieds de haut, et dont la croissance étoit de quatre à sept pouces dans les vingt-quatre heures, suivant que les nuits étoient plus ou moins chaudes, et que l’atmosphère étoit plus chargée d’électricité. Ces fleuraisons sont rares en Europe ; on en compte trois dans le siècle dernier, l’une à Vienne, l’autre à Chelsé, près de Londres, en 1755, et celle du Muséum, en l’an 2. On ne manque pas de les annoncer dans les journaux, comme des événemens remarquables.

Fruits, remplacés par des soboles ou de petites plantes parfaites ; elles deviennent de la grosseur d’une olive, et lorsqu’elles tombent à terre elles poussent des racines, se développent et forment des pieds semblables à leur mère. Cette espèce est l’une des vivipares du règne végétal.

Port. La base de la racine de cette plante est arrondie en manière de bulbe, mais son organisation est fort différente. À mesure que les feuilles du collet de la racine se dessèchent, il se forme, par une longue suite d’années, un tronc qui s’élève à deux ou trois pieds ; alors la plante fleurissant, sa hampe absorbe tous les sucs nourriciers qui se trouvent dans le tronc et les racines, et les fait périr. Cette époque est celle à laquelle les soboles cessent de grossir. Elles tombent à terre pour y chercher une nourriture que ne peut plus leur fournir la mère plante. Celle ci devient la victime de son immense progéniture, elle meurt sans introduire d’œilletons ou de drageons qui la remplacent sur sa souche. C’est ce qui est arrivé à l’individu qui a fleuri au Muséum.

Lieux. Il croît naturellement à Curaçao, à Saint-Domingue, et dans plusieurs autres parties de l’Amérique méridionale. Il vient sur les mornes, dans les terrains maigres, pierreux, et aux expositions découvertes les plus chaudes. On le cultive dans plusieurs colonies européennes des deux Indes, et dans les serres de beaucoup de jardins de l’Europe.

Usages économiques. Les feuilles de cette plante donnent, par le rouissage à la manière du chanvre, des fils plus estimés que ceux de l’agavé d’Amérique. Ils sont plus souples, plus fins, plus longs, plus forts et plus soyeux. On les emploie de préférence, en Amérique, à ceux de l’autre espèce, soit pour les ouvrages d’aiguilles, soit pour des tissus, soit pour faire des lignes destinées à la pêche du poisson.

En Europe, quelques astronomes distingués ont trouvé à ces fils une propriété intéressante pour le pendule, parce qu’ils sont moins susceptibles que tous les autres de s’allonger par la sécheresse, et de se raccourcir à l’humidité.

Culture. Cette plante est plus délicate que la précédente, pousse moins promptement, craint la gelée, et a besoin d’un degré de chaleur élevé. Jusqu’à présent on n’a pu la naturaliser en France, et peut-être en Europe. Des tentatives faites, il y a quelques années, pour la cultiver en plein air dans les départemens méridionaux, ont été infructueuses ; mais c’est peut-être moins au climat qu’on doit en attribuer la cause, qu’à la manière dont elles ont été faites. Les non-succès, en agriculture, apprenant toujours quelque chose d’utile, nous allons rendre compte de cette expérience.

Des soboles de l’individu qui a fleuri au Muséum, en l’an 2, ont été recueillies et plantées avec soin dans des pots qui ont été rentrés chaque hiver dans une serre tempérée. Les jeunes élèves, devenus assez forts pour être hasardés en pleine terre, ont été envoyés, il y a trois ans, à Perpignan, dans le département des Pyrénées-Orientales. Le printemps étoit très-avancé, la caisse qui contenoit l’envoi a resté fort long-temps en route, et les plants sont arrivés très-fatigués à leur destination. Ils ont été plantés, vers le milieu de l’été, dans un lieu qui pouvoit convenir à des individus bien portans et vigoureux, mais qui se trouvoit trop exposé aux vents et aux ardeurs du soleil pour des plantes fatiguées d’un long voyage. Elles ont à peine végété le reste de la saison, et l’hiver ayant été plus froid qu’il n’est ordinairement dans ce pays, elles ont péri. Ainsi cette expérience n’est rien moins que concluante, et elle exige d’être répétée pour avoir un résultat exact. L’administration du Muséum se propose d’employer à cet usage plusieurs douzaines de jeunes plants qu’elle tient en réserve ; mais elle prendra d’autres mesures pour assurer le succès de cette nouvelle expérience.

Les jeunes plantes seront envoyées dans le midi de la France, dès le commencement du printemps, avec tous les soins qui peuvent assurer leur réussite. On les conservera dans un dépôt, pendant le reste de cette année, pour les rétablir des fatigues de leur voyage, et au commencement de la suivante, on les placera à leur destination. Par ce moyen, étant plantées bien portantes, et ayant dix mois devant elles pour arriver à la mauvaise saison, elles auront le temps de s’enraciner dans le sol, de s’habituer à la nature du terrain et de l’exposition, et d’acquérir de la force pour se défendre du premier hiver ; et pour le leur rendre encore moins sensible, on pourra les couvrir de fanes de fougère et de paillassons dans les temps froids, pendant les deux ou trois premières années. Ce procédé simple a suffi pour naturaliser, à la Valette, un pied de gouyavier, (Psydium pyriferum L.) arbre fruitier des Antilles, que nous y avons envoyé il y a environ quinze ans.

Le climat qui paroît le plus propre à la réussite de cette nouvelle naturalisation est celui où croissent et prospèrent, en plein air, les orangers, que, pour cette raison, on nomme le climat de l’oranger. C’est le quatrième et le plus petit de ceux qui divisent la France, mais le plus précieux pour l’acclimatation des végétaux des tropiques, et de plusieurs autres de la zone torride. Les lieux qui semblent les plus propres aux agavés pittes, sont les gorges d’Ollioules, les monts escarpés d’Hyères et de Monaco. L’exposition la plus favorable est celle du midi la mieux défendue qu’il sera possible du nord, du nord-ouest et de l’est ; dans des situations en pente, où les eaux ne séjournent pas, et dans des terrains calcaires, entre des rochers qui, reflétant la chaleur, la rendent encore plus forte. Nous ne doutons pas qu’en employant ces moyens on ne parvienne à naturaliser les agavés pittes ; et, si l’on peut faire fleurir quelques uns de ces individus, on obtiendra bientôt assez de jeunes plants pour couvrir les flancs de ces montagnes stériles, dont l’aspect est aussi désagréable à la vue des agriculteurs, qu’elles sont nuisibles à la fertilité des sols environnans.

L’agave fétide se cultive dans les serres tempérées des jardins de botanique du centre de l’Europe, et dans les serres chaudes de tout le nord de cette partie du monde. Sa multiplication est difficile, parce que cette espèce ne pousse pas, comme la précédente, des œilletons de sa souche et de ses racines, ou du moins très-rarement ; mais il est possible de s’en procurer de jeunes plants en Amérique. Étant emballés très-sèchement, et en leur ménageant un peu d’air libre, ils peuvent rester six semaines encaissés, sans souffrir sensiblement, et arriver en France en état d’être plantés.

Nous finirons par une observation générale. Il est beaucoup de plantes de la même famille que les agavés, ou de familles voisines, telles que l’ananas, le karatas, (bromelia L.) qui sont susceptibles de fournir de très-beau fil et d’excellente qualité ; mais aucune n’en produit en si grande abondance, et à aussi peu de frais, que les deux plantes qui font l’objet de cet article. (Thouin.)