Cours d’agriculture (Rozier)/ÉCROUELLE, SCROFULE

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Hôtel Serpente (Tome quatrièmep. 137-140).


ÉCROUELLE, SCROFULE. Les écrouelles sont des tumeurs dures & indolentes, dont la grosseur varie beaucoup : les unes ressemblent à des pois, à des fèves, les autres à des châtaignes ; rarement on n’en apperçoit qu’une ; pour l’ordinaire on en observe plusieurs qui forment une espèce de chaîne ; la peau qui les recouvre ne change point de couleur, à moins qu’elles ne s’enflamment.

Cette maladie affecte toutes les glandes en général ; mais plus particulièrement celles du cou, les maxillaires, les axillaires, les inguinales extérieurement ; & les mésentériques intérieurement ; le poumon, le pancréas, le foie, n’en sont point à l’abri.

On juge fort bien par le toucher, que ces tumeurs sont mobiles ou fixes ; celles-ci tiennent le milieu entre le squirre & le phlegmon ; elles s’enflamment & suppurent difficilement, & si elles viennent à suppuration, ce n’est que très-lentement. Il faut quelquefois des mois entiers, avec la plus assidue application de cataplasmes appropriés ; encore, quand elles s’abordent, laissent-elles sortir une matière sanieuse, de mauvais caractère, sans être fétide.

Les autres sont souvent enkystées, & remplies de toute sorte de matières, quelquefois même d’eau.

Les enfans & les jeunes personnes, qui mènent une vie sédentaire, y sont très-sujets. J’ai observé que les enfans qui ont naturellement de la vivacité dans l’esprit, un jugement & des connoissances prématurées, en sont le plus souvent attaqués, sur-tout si, étant nés dans un climat assez chaud, on les force à habiter des pays froids, humides, & qui avoisinent de grands fleuves ; le changement de climat, joint à leur délicatesse, imprime aux humeurs le vice écrouelleux, en changeant la manière d’être du principe vital.

Plusieurs causes peuvent produire cette maladie : nous en admettrons deux espèces ; les unes internes, & les autres externes : dans les premières seront comprises une disposition héréditaire, le vice inné, ou qu’on apporte en naissant, & la contagion communiquée par une nourrice infectée du virus écrouelleux. Les causes externes ne sont point assez fortes pour produire cette maladie, si ceux sur lesquels elles agissent n’y ont une disposition. Les coups les plus violens, les blessures les plus fortes, en dénaturant, pour ainsi dire, les parties qu’elles intéressent, ne donneront point naissance à des ulcères d’une nature écrouelleuse ; elles ne communiqueront aux humeurs aucun vice, parce que leur action se borne au-dehors. L’usage des alimens grossiers, & de difficile digestion, celui de viandes salées, & des eaux bourbeuses, le défaut de propreté, sont autant de causes qui peuvent épaissir la lymphe, & établir une congestion gélatineuse, qui se déposera dans les vaisseaux de certaines glandes & dans les cellules du tissu cellulaire qui les avoisinent, & formera une ou plusieurs tumeurs écrouelleuses, qui se manifesteront à la peau en forme de chapelet.

Je dirai que le lait, dont on abuse dans certains pays froids & humides, sur-tout s’il est grossier, contribue beaucoup au développement de cette maladie. Dans le bas-Languedoc, on ne l’a pas encore observée comme étant l’effet d’une nourriture aqueuse & foible ; il faut convenir que les alimens y sont moins aqueux & plus abondans en sucs nourriciers, & que le bon vin qu’on y boit s’oppose aux progrès rapides qu’elle feroit, en donnant des forces aux organes digestifs, & à toute la constitution. L’air encore, par sa sécheresse, & sa salubrité brise les humeurs, & les rend moins propres à éprouver une dégénération muqueuse.

Le vice écrouelleux cause une infinité de désordres dans l’économie animale ; il produit les maux les plus dangereux, sur-tout s’il établit son siège dans des visières essentiels à la vie ; il est toujours moins dangereux, quand il attaque seulement les parties externes. Avec cette maladie, on peut vaquer à ses affaires domestiques ; mais il arrive aussi que lorsqu’il se dépose sur les articulations, il y forme des ankyloses qui empêchent de pouvoir marcher, & qui résistent aux remèdes les mieux appropriés, surtout, s’il date de loin ; son ancienneté le rend plus âcre, plus opiniâtre, & d’un caractère plus mauvais.

Ce ne sont point là les seules cruautés qu’il exerce ; je n’entrerai pas dans le détail des maladies dont il peut être le symptôme, cela mèneroit trop loin ; mais je ferai observer seulement que la pulmonie, les polypes au cœur, l’hémoptysie, l’asthme, la paralysie, l’atrophie mésentérique, le marasme, l’hydropisie, &c. que le vice écrouelleux entretiendra, sont incurables, & que l’art n’a pas encore assez de ressources pour les combattre avec quelques succès.

Les écrouelles qui viennent de cause externe, cèdent très-difficilement au traitement le plus méthodique : elles donnent néanmoins quelque espérance de guérison ; mais on ne doit pas différer à l’attaquer par des remèdes : le plutôt n’est que le mieux. On ne doit pas attendre que le mal ait jeté de profondes racines.

Celles qui viennent de cause héréditaire, ou d’une communication par le lait d’une nourrice, sont incurables, sur-tout si elles se manifestent dans l’âge viril. Pour l’ordinaire, suivant Buchan, elles n’attaquent guère que depuis la quatrième année jusqu’au temps de puberté. Il se fait souvent à cet âge une révolution qui guérit cette maladie. On ne voit pas que l’art puisse imiter la nature dans cette révolution. Souvent les tumeurs écrouelleuses se guérissent dans un endroit & recroissent dans un autre ; Bordeu, dans son Traité sur cette maladie, recommande d’imiter la nature par des cautères, des sétons, & de faire prendre des toniques doux & absorbans.

Les vues que l’on doit se proposer pour parvenir à la guérison des écrouelles, se rapportent, 1°. au traitement topique ; 2°. à l’administration des fondans pris intérieurement ; 3°. au rétablissement de la constitution.

Quant à la première, je ne saurois assez recommander l’onguent de tabac, ou celui de Bryone ; (voyez ce mot) l’emplâtre de savon camphré est un excellent remède. Je donne cependant la préférence aux cataplasmes de mie de pain, avec la racine de bryone, & les feuilles de ciguë. L’application des feuilles de joubarbe a réussi ; de Haen a guéri des écrouelles par la seule fomentation d’eau chaude. J’en ai fait disparaître, qui étoient avec spasme, par l’application d’un vésicatoire ; la tumeur se ramollissait à proportion de la diminution du spasme.

2°. Bordeu fait consister le traitement des écrouelles, dans les frictions mercurielles, & dans l’usage des eaux de Barèges. Les gommes résolutives, la scille, la rue peuvent produire de bons effets. La Pujade, chirurgien de Toulouse, traitoit les écrouelles par la rue, & ordonnoit en même temps un régime desséchant ; les divers sels résolutifs & incisifs, quand il y avoit une disposition à l’hydropisie ; l’alcali fixe végétal, les eaux minérales salines, dont l’effet diurétique est plus utile que le purgatif. L’eau de mer, dont peut-être la qualité est due à sa vertu purgative, a très-bien réussi dans les tumeurs nouvelles. Russel, dans son Traité De tabe glandulari, la vante beaucoup, & l’ordonne jusqu’à une livre par jour, dose à laquelle il parvient par degrés.

3°. Pour rétablir la constitution relâchée, l’usage des eaux froides, gazeuses, sera très-approprié. Le quinquina tonique par excellence convient plus particulièrement quand la constitution est altérée. Aussi a-t-on vu qu’en Angleterre il réussissoit lorsque les tumeurs étoient molles. Les frictions faites avec les flanelles imbibées de la fumée des plantes aromatiques, sont très-recommandées.

Quand on a insisté assez long-temps sur les fondans, il faut examiner quelle évacuation affecte la nature, & l’aider par des moyens propres à ses fins. Les signes qui nous font connaître la fusion des humeurs procurée par les fondans, sont l’intermittence du pouls, des flux imparfaits souvent interrompus, les urines plus chargées de sédiment qu’à l’ordinaire.

Si ces flux sont convenables, on les aide, sinon on en procure d’autres ; on pourra donner comme évacuant résolutif le mercure doux, & le kermès minéral.

C’est une méthode excellente dans bien des cas, de combiner les purgatifs forts avec les fondans & émolliens énergiques, & dans d’autres, de combiner les purgatifs avec les niques. Wihith a donné, avec le plus grand succès, le quinquina, le colomelas, & la rhubarbe tous les quatre ou cinq jours. Le colomelas est une espèce de mercure doux qui, indépendamment de sa vertu purgative, est un très-bon fondant. Magnevin, médecin de Prague, faisoit un secret d’une méthode qui lui réussissoit très-bien. Elle consistoit à donner des fondans, des purgatifs, & à faire prendre des bains. Il appliquoit des fomentations émollientes. On sent aisément que cette méthode continuée long-temps devoit procurer de bons effets.

Je regarde comme un spécifique, dans les écrouelles, l’eau de chaux préparée avec les écailles d’huitre. L’éponge brûlée, dans laquelle il se forme une huile empyreumatique, qui, combinée avec le sel qu’elle contient, constitue un savon beaucoup plus efficace que le savon ordinaire, qui pourtant est bon dans cette maladie, & que l’on donne à la dose d’un demi-gros ; cette éponge brûlée, dis-je, & donnée avec le sucre, m’a très-bien réussi : on en sépare, autant qu’on peut, les grains terreux qui s’y trouvent.

La ciguë & les autres vénéneux sont encore très-utiles aux écrouelles, qui ont une disposition à la phtisie tuberculeuse.

Le régime que doivent observer les écrouelleux, se rapporte aux causes qui produisent cette maladie. Outre qu’elle dépend pour l’ordinaire d’un vice des parens, le relâchement de la constitution y entre pour beaucoup. D’après cela, on ne sauroit assez leur recommander de se nourrir d’alimens forts & nourrissans, & de facile digestion ; de rougir l’eau avec du bon vin ; de faire autant d’exercice qu’ils pourront ; d’éviter tout air humide, nébuleux, de monter souvent à cheval, de faire de temps en temps quelques petits voyages, ou en voiture, ou à cheval : les secousses qu’on y éprouve redonnent aux fibres & à toute la constitution énervée, cette force physique, ce ton naturel si nécessaire à la vie. M. AM.