Cours d’agriculture (Rozier)/ÉPINE

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Hôtel Serpente (Tome quatrièmep. 261-263).


ÉPINE, Botanique. On remarque sur un très-grand nombre d’arbustes, sur quelques plantes & quelques arbres, des productions saillantes, dures & pointues, qui sont disposées tantôt sur les branches, les tiges, tantôt sur les feuilles, quelques-unes sur les fruits, & quelques autres sur le calice. Ces productions sont connues en général sous le nom d’épine ; on les confond très-souvent avec les aiguillons, espèce d’épines à la vérité, mais qui diffèrent essentiellement des épines, en ce qu’ils tirent leur origine de l’écorce & non du corps ligneux, tandis que l’épine proprement dite, celle dont il est ici question, est une vraie prolongation ou saillie du corps ligneux, & fait tellement corps avec lui, qu’il est impossible de l’en séparer sans couper l’épine ou la casser comme on casse une branche. Au mot Aiguillon, on peut lire la preuve de cette différence ; on s’en convaincra encore d’avantage, si l’on jette les yeux sur les Figures 17 & 18 de la planche ci-contre où nous avons représenté un aiguillon d’églantier, Fig. 17, & une épine de prunier, coupés l’un & l’autre longitudinalement. On remarquera facilement que l’aiguillon E, Fig. 17, ne touche pas du tout au corps ligneux, & n’a aucune communication avec lui, & encore moins avec la moelle D ; car entre l’aiguillon & la moelle on distingue le corps ligneux C, & une couche corticale B. L’aiguillon E est composé de différentes couches, & elles paroissent être une production des couches corticales elles-mêmes. L’épine, au contraire, tient immédiatement au corps ligneux, en est un prolongement, & peut être considérée absolument comme une branche. Nous verrons tout à l’heure que l’épine a plus d’un rapport avec elle. Si l’on coupe perpendiculairement une branche de prunier chargée d’une épine, l’on observera le fil médullaire A, Fig. 18, les couches ligneuses dont une partie B enveloppent parallèlement la moelle, & l’autre partie : C se détourne pour former l’épine E ; enfin, l’écorce D, qui recouvre également la branche de l’épine.

L’extrémité F de l’épine n’est que corticale, & même lorsque l’épine est encore jeune & tendre, sur-tout dans quelques espèces, comme dans l’oranger, elle est transparente. À mesure que l’épine vieillit, les sucs apportés dans cette partie, se dessèchent, les vaisseaux s’obstruent, la transparence disparoît, & le bout se durcit.

L’épine croît avec la jeune branche, sans être produite par un bouton particulier. La durée de sa vie est fort courte, & l’année qui l’a vu naître est aussi celle qui la voit mourir. À la fin de l’année l’épine se dessèche & prend une couleur brune ou noire ; du moins après l’entier développement de la jeune branche, on ne retrouve plus de liqueur dans l’épine ; le corps ligneux qui la composoit en partie se durcit : cet endurcissement est analogue à celui qui change l’aubier en couches ligneuses, en vrai bois. Plus l’épine s’éloigne de la branche, & plus elle devient dure ; c’est à dire, que la pointe aiguë est infiniment plus compacte & plus dure que la base qui adhère à la branche. Nous ne parlons ici que de l’épine stérile, & nue, & non pas de celle qui produit des boutons.

Les jeunes branches de certains arbres comme celles des pruneliers, des néfliers, de quelques espèces de pruniers, de poiriers & de pommiers, portent des rameaux qui se terminent par une pointe ou épine ; tantôt ces rameaux sont dépourvus de boutons & ne sont armés que d’une épine ; tantôt ils produisent différens boutons qui donnent naissance à des fleurs, des feuilles, & même de nouvelles branches ; dans ce cas, ces branches sont terminées à leur tour par des épines. D’après cette observation, plusieurs auteurs ont cru que c’étoit les épines elles-mêmes qui portoient des boutons, mais c’est une erreur ; car si l’on fait attention que toute la partie, depuis le bouton jusqu’à la branche, est verte, & forme une vraie branche, tandis que, depuis le bouton jusqu’à l’extrémité, on ne retrouve plus la même organisation, & qu’au contraire cette extrémité n’offre plus qu’une épine ; on conviendra que ce rejet singulier n’est qu’une branche terminée par une épine.

L’origine & la cause de la production des épines est encore un secret ; rien jusqu’à présent n’a même mis sur la voie pour l’expliquer, & le système du célèbre Malpighi, sur cet objet, est beaucoup plus ingénieux que solide. Il prétend que le suc nourricier, qui doit servir à l’accroissement des boutons & des rejetons, n’ayant pas acquis dans les trachées la ténuité requise, & par conséquent ne pouvant être reçu dans les branches supérieures, perce nécessairement par la base des boutons, s’élève ensuite en petit rejeton qui s’amenuise faute de nourriture, & devient finalement une pointe ligneuse qui disparoît avec le temps, à mesure que la plante s’élève & prospère.

Deux raisons sembleroient appuyer le système de Malpighi ; la première, c’est qu’en général les épines naissent toujours au-dessous des branches & des boutons, & la seconde, c’est que la culture peut, jusqu’à un certain point, faire disparoître les épines, comme pour le prunelier ; la vieillesse dans le houx produit le même effet.

Grew a encore tiré une conclusion assez fausse de la direction des épines & des aiguillons pour son système du mouvement naturel du corps ligneux de bas en haut, & de l’écorce de haut en bas ; il a cru voir que toutes les épines avoient une direction tendante vers le ciel, & les aiguillons, au contraire, vers la terre ; mais plus on observe les arbres, les arbustes & les plantes à épines & à aiguillons, & moins on trouve de régularité & d’uniformité dans leur direction. Il est peu de parties dans les plantes où l’on ne trouve des épines, excepté les racines. Les tiges, les branches, les feuilles, les calices, les fruits en sont souvent armés ; elles garnissent les rameaux dans les pruneliers, les nerpruns, l’oranger, l’arrête-bœuf ; elles terminent les feuilles du houx, de l’aloès succotrin, de la carline ; elles semblent revêtir le calice du chardon ; on en trouve sur le fruit de l’aigremoine, de la pomme épineuse, &c. Enfin, les épines sont terminales, lorsqu’elles naissent du sommet, soit des rameaux, soit des feuilles ; axillaires, lorsqu’elles sont placées dans les aisselles, soit des rameaux, soit des feuilles, soit des péduncules ; calicinales, lorsqu’elles naissent immédiatement du calice, foliaires, lorsqu’elles naissent sur les feuilles ; simples, lorsqu’elles se terminent sans division ; divisées lorsqu’elles sont partagées vers le sommet ; enfin, composées, lorsqu’elles portent elles-mêmes des épines qui naissent de leur substance. (Voyez Aiguillon & Poil) M. M.


Épine blanche. (Voyez Aubépin)


Épine noire. (Voyez Prunelier)


Épine d’été, Poire (Voyez ce mot)