Cours d’agriculture (Rozier)/POIL

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Hôtel Serpente (Tome huitièmep. 69-70).


POIL. Corps plus ou moins délié, plus ou moins long, plus ou moins dur, qui sort de la peau des hommes, des quadrupèdes & de quelques autres animaux. Ils ont pour base ou pour germe une bulbe implantée dans le tissu cellulaire sous la peau. On a beau couper les poils, ils repoussent toujours jusqu’à ce que la bulbe soit desséchée. Ils ont beaucoup de rapport avec la manière de croître des végétaux. Leur couleur dépend de celle du tissu cellulaire ; ce que l’on voit très-clairement dans différens animaux, dont le poil est de plusieurs couleurs & analogue à la couleur que paroit avoir la peau dans la place qu’il occupe ; car la peau n’a point de couleur par elle-même ; celle d’un nègre est aussi blanche que celle d’un Européen ; elle paroît noire à cause de la couleur du tissu réticulaire qui la recouvre ; il en est de même dans les fleurs & dans les plantes.

Dans les pays froids, les cheveux sont lisses & droits, crépus & frisés au contraire dans les pays chauds. En général, les animaux destinés par la nature à vivre dans les pays froids, ont les poils ou plus fins, ou plus serrés, ou plus longs que ceux des pays du Sud. Leur poil tombe en grande partie pendant l’été, & il en revient d’autre qu’on appelle leur robe d’hiver, pour les garantir du froid ; ce qui a beaucoup de rapport avec la mue des oiseaux. Les cheveux sont creux, fistuleux, & dans une maladie assez commune en Pologne, ils se crêpent & répandent du sang par leur extrémité. Ce sang vient de la partie cellulaire dans laquelle la bulbe du cheveu est implantée.

Le poil lisse, luisant & serré est l’indice de la bonne santé dans l’animal ; s’il est terne & hérissé, c’est un signe de maladie, & il tombe de lui-même lorsqu’on le touche. Si aucune maladie ne se déclare, il faut se contenter de laver tous les jours la partie d’où le poil tombe, avec de l’eau simple & non avec des corps graisseux, ni huileux, ni butireux, suivant la pratique ordinaire de quelques maréchaux. Les corps graisseux s’opposent à la transpiration insensible, & leur application est souvent la cause de maladies très-graves. Les chevaux, ainsi qu’il a déjà été dit, le bœuf, la chèvre, perdent leur robe d’hiver dans les mois de mars, avril ou mai, suivant le climat, & ce poil est remplacé par un autre plus court & plus fin. La chute ordinaire de la laine des brebis est au printemps, chacun suivant son climat ; mais cette chute est accélérée lorsque l’animal a été tenu pendant l’hiver dans une bergerie trop petite, trop chaude, & dont l’air étoit brûlant & mal-sain. Si elles ont souffert, si elles ont manqué de nourriture, la chute est encore accélérée. La gale, les dartres, la clavelée, &c. font tomber la laine en tout ou en partie, suivant que l’animal en est affecté ; il en est ainsi du farcin volant du cheval.

Les maréchaux disent que la matière souffle au poil, lorsque le pus s’accumule près de la couronne. Les causes de cet amas de pus sont la compression de la sole charnue & de la substance cannelée, lorsque l’on serre trop le fer d’un bœuf ou d’un cheval, lorsque ces deux substances sont blessées par un clou ou autre instrument dur & aigu ; dans les marches forcées sur des cailloux, par des coups sur l’une ou sur l’autre de ces substances. Consultez l’article Sole, dans lequel seront indiquées les différentes maladies qui l’affectent, ainsi que le mot Piqûre.