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Cours d’agriculture (Rozier)/ACORUS

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Hôtel Serpente (Tome premierp. 240-242).


ACORUS. On en connoît deux espèces dans les boutiques ; l’une est le vrai acorus d’Asie, & l’autre le jonc odorant, ou acorus faux. Jonc odorant, ou roseau odorant. Acorus sive calamus officinalis aromaticus : Charles Bauhin. Acorus calamus : Lin. M. Tournefort place cette plante dans sa quatrième section de la classe neuvième, qui comprend les fleurs liliacées régulières, à six pétales, dont le pistil devient le fruit, & M. Linné la place dans l’hexandrie monogynie.

Fleur, liliacée, composée de cinq pétales obtus, concaves, lâches, épais & comme tronqués par le haut. Cette fleur n’a point de calice, mais un réceptacle cylindrique couvert de fleurs. Les fleurs ont six étamines & un pistil.

Fruit, petite capsule triangulaire, les côtés obtus à trois loges, remplies de semences ovales & oblongues.

Feuilles, elles partent des racines, en manière de gaîne, longues, étroites, pointues, simples, très-entières.

Racine, de trois pouces de longueur, un peu renflée vers son collet, articulée, cylindrique.

Port, la tige est une hampe feuillée à son sommet, & a quatre côtés vers le haut, droite, lisse, creusée en gouttière, les fleurs disposées en manière d’épis, d’un seul côté & sans péduncule.

Lieu, dans les fossés marécageux de l’Europe septentrionale ; la plante est vivace.

Propriétés. La tige a une odeur douce, agréable lorsqu’on la frotte ; elle est d’un goût amer, mêlé d’acrimonie. On la dit stomachique, diurétique, alexipharmaque.

Usage. On l’emploie bouillie avec les viandes ou en décoction. On prescrit la racine pulvérisée & tamisée, depuis quinze grains jusqu’à une demi-drachme, délayée dans quatre onces d’eau, ou incorporée avec du sirop ; & pour les animaux jusqu’à six drachmes. La racine, réduite en petits morceaux, macérée au bain-marie, avec huit onces d’eau, se donne depuis une drachme jusqu’à trois drachmes.


Acorus, (le vrai) ou Acorus des Indes. Acorus verus Asiaticus radice tenuiore : Herm. Acorus verus : Lin. Il ne diffère du premier que par sa racine, plus noueuse, plus petite & plus odorante ; elle naît dans les lieux marécageux du Bengale. Comme cette plante est très-rare en Europe, on lui substitue la première. Pour ne pas être trompé dans les boutiques, voici à quoi on la reconnoîtra : le vrai acorus est d’un gris rougeâtre à l’extérieur, blanchâtre en dedans ainsi que sa moelle. Si elle est jaune & vermoulue, on doit n’en faire aucun usage. On apporte cette plante par la voie de Marseille, arrangée en fagots, composés de petits roseaux de la grosseur d’une plume à écrire : au contraire, la racine de l’acorus ou roseau odorant est grosse comme le petit doigt, verdâtre extérieurement quand elle est récente, roussâtre quand elle est desséchée, blanche intérieurement & spongieuse.

M. le Beau, docteur en médecine au Pont-de-Beauvoisin en Dauphiné, fit insérer, en 1759, dans le Journal de Médecine du mois d’Avril, qu’il s’en servoit habituellement contre les hémorragies. Il fait infuser la racine depuis un demi-gros jusqu’à un gros, dans suffisante quantité d’eau, Il ajoute que ce remède lui a toujours réussi dans les hémorragies du nez. Il conseille encore l’usage de la poudre de l’acorus dans les fausses couches, dans les avortemens, où la petitesse du pouls & la diminution des forces réclament l’usage des cordiaux. M. Vitet, dans la Pharmacopée de Lyon, dit qu’il n’existe aucune observation qui constate les bons effets des racines de l’acorus vrai & de l’acorus d’Asie, dans les maladies de foiblesse par sérosités. Elles échauffent, elles altèrent ; voilà ce qu’il y a de plus certain, surtout celles de l’acorus d’Asie.

M. le chevalier Von Linné assure que l’acorus réduit en poudre peut suppléer aux différens aromates qui viennent des Indes, & sont destinés pour l’assaisonnement de nos mets. Il le regarde comme préférable, à tous égards, au gingembre.

Le rat musqué tire, dit-on, son odeur de musc de cette plante, dont il se nourrit. Son odeur est plus caractérisée en hiver qu’en été, parce que, dans la saison du froid, il trouve peu de nourriture, & se jette avec avidité sur les racines de l’acorus.