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Cours d’agriculture (Rozier)/ANTHÈRE

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Hôtel Serpente (Tome premierp. 570-572).


ANTHÈRE, ou sommet, est cette espèce de petite bourse, ou de capsule, qui surmonte le filet de l’étamine, qui dans quelques plantes y est suspendu. (Fig. 5, Pl. 18, représente une étamine composée de son filet A, & de son anthère B.) Variées dans leur forme & leur couleur, la destination des anthères est la même : ils renferment la poussière fécondante qui doit passer dans le pistil, & aller donner le principe de l’existence & de la vie à l’embryon renfermé dans l’ovaire. Ils sont donc l’organe mâle des fleurs.

Rozier - Cours d’agriculture, tome 1, pl. 18.png


Toujours riche & magnifique dans ses productions, la nature a diversifié la figure des anthères, leur couleur & le nombre de leurs capsules. Si dans la mercuriale, le prunier, l’amandier, l’épine blanche, &c. le filet de l’étamine ne porte qu’une capsule, il en porte deux dans les pêchers, les chiendens, l’ellébore ; trois dans les orchis, & quatre dans la fritillaire. L’anthère est d’un jaune de safran dans le lis, la rose, la fleur du limonier ; elle est blanche & presque diaphane dans la mauve, le plantain, & violet foncé dans l’aubépine. La forme la plus générale de l’anthère, est celle de l’olive, ou d’un corps rond approchant plus ou moins de la figure oblongue. Quand elle est uni-capsulaire, à l’aide d’un microscope on apperçoit seulement un corps globuleux, divisé suivant sa longueur par une rainure : à mesure que la fleur s’épanouit & avance vers l’instant de la fécondation du germe, la rainure s’ouvre & l’on commence à distinguer les grains de la poussière fécondante. Quelquefois l’ouverture de la rainure se fait tout d’un coup ; & par une secousse qui en même tems fait jaillir une grande quantité de poussière séminale.

Quand l’anthère est poli-capsulaire, les capsules s’ouvrent les unes contre les autres. Avant le moment de la fécondation, les anthères sont fermées, (Fig. 6) on distingue seulement sur la fumée de chacun une ligne, ou une rainure A B. Lorsque les anthères s’ouvrent, c’est par cette rainure : alors, si les capsules sont rondes, elles représentent deux écussons adossés l’un contre l’autre par leur partie postérieure, (Fig. 7) ces écussons ouverts sont bordés presque toujours d’une espèce de bourrelet, comme on peut le remarquer dans cette figure. Si les capsules sont longues comme dans la tulipe, elles forment en s’ouvrant des prismes à pans saillans ; (Fig. 8) les capsules ne s’ouvrent pas seulement suivant leur longueur, mais encore du bas en haut, dans l’epimedium, (Fig. 9) à la pointe seulement dans le galanthus, par deux endroits à la fois dans la bruyère. Il nous seroit impossible d’entrer dans un détail circonstancié de la forme des anthères de chaque plante ; toutes les variétés sont encore inconnues aux botanistes ; mais l’insertion des anthères sur les fleurs a été plus étudiée, on pourroit presque la réduire à un nombre déterminé.

1º. L’anthère n’étant pour ainsi dire qu’un renflement du pédicule, comme dans le plantain, (Fig. 10)

2º. Située perpendiculairement au dessus du pédicule, comme dans la tulipe, (Fig. 11) le gualteria, (Fig. 12)

3º. Pendue à un filet délié, comme dans les arundinacées, (Fig. 13)

4º. Attachée au pédicule par le milieu, & alors elle peut être horizontale comme dans le câprier, le cephalantus, (Fig. 14) incliné à l’horizon, comme dans la sauge & dans le plus grand nombre des plantes. (Fig. 15)

Dans ces quatre premières classes, les anthères se trouvent réunies parallèlement entr’elles, excepté dans le gualteria, (Fig. 12) qui fait le passage aux variétés suivantes.

5º. Les anthères formant différentes figures, & se séparant tantôt par l’extrémité supérieure, comme dans la pervenche, dans le cléthra, (Fig. 16) le gualteria, & imitant des cornes ; tantôt par leur extrémité inférieure, en représentant un fer de lance, comme dans beaucoup de plantes. (Fig. 17) Le nérion ou laurier rose, (Fig. 18) a de plus ses anthères surmontées d’une espèce de barbe.

6º. Adhérente immédiatement ou aux pétales sans filet, comme dans le gui. (Fig. 19) L’anthère, dans cette plante, est un petit sac chagriné, posé au nombre de quatre sur le pétale ; ou sur le stigmate, comme dans l’aristoloche ; (Fig. 20) A, anthères au nombre de six ; B, stile & stigmate ; ou enfin autour d’un chaton cylindrique, au pied duquel sont les ovaires, comme dans l’arum, ou pied de veau. (Fig. 21) A, corps cylindrique ; B, anthères ; C, baie ou fruit.

7º. Enfin, les anthères formant des capsules longues, attachées en zig-zag de haut en bas, sur un support rond. Le botaniste qui les a le mieux décrites, est certainement M. de Jussieux le jeune. À l’aide de la loupe, il a reconnu que cette espèce d’anthère étoit toujours composée de cinq pièces recourbées sur elles-mêmes, & disposées de deux en deux ; plus une, comme on le voit (Fig. 22) ; A, représente une seule anthère isolée, & BC quatre anthères accolées deux à deux. Qu’on imagine ces cinq anthères collées dans cet ordre autour d’un corps pulpeux, rond, & l’on aura la fleur mâle du potiron, (Fig. 23) ainsi que celle de la bryoine d’Abyssinie, (Fig. 24) & en général, de toutes les plantes cucurbitacées. On doit considérer ce corps rond comme le filet de l’étamine, ou le support des anthères. Au mot Étamine, nous examinerons la forme, la variété & l’insertion de ces filets.

Il peut encore exister d’autres variétés essentielles dans l’insertion des anthères sur les filets des étamines, mais elles ne sont pas encore connues, ni décrites. La botanique est une mine féconde, où l’on découvre tous les jours des richesses & des beautés. Le nombre des anthères sur les filets, forme une variété essentielle. Tantôt il est unique sur un seul filet, comme dans presque toutes les plantes, ou supporté par trois filets, comme dans la citrouille ; ou par cinq, comme dans la singenesia ; tantôt on remarque deux anthères sur chaque filet de la mercuriale, tandis que ceux de la fumeterre en portent trois, & le theobroma cinq. La bryoine en porte cinq sur trois filets.

L’objet unique de l’anthère est de renfermer la poussière séminale, & de la répandre sur le pistil, pour la fécondation du germe. (Voyez-en le mécanisme aux mots Étamine, & Poussière séminale.) M. M.