Cours d’agriculture (Rozier)/AUBERGINE

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Hôtel Serpente (Tome secondp. 72-73).


AUBERGINE, ou Mayenne, ou Méringeanne, ou Mélongène. (Voy. Pl. 1, p. 52.) M. Tournefort la place dans la septième section de sa seconde classe, qui comprend les fleurs en forme d’entonnoir, dont le pistil devient un fruit mou & charnu, & il l’appelle melongena fructu oblongo. M. le chevalier von Linné la classe dans la pentandrie monogynie, & la nomme solanum melongena.

Fleur, d’une seule pièce D en rosette, divisée en cinq parties ; elle est vue par-dessous en B ; elle est composée de cinq étamines, & d’un pistil E. On les voit comme réunies par leur sommet en D, & leur disposition en C. Le calice est d’une seule pièce en forme de cloche F, découpé en plusieurs parties à son sommet, & ses nervures sont armées de piquans plus forts que ceux des tiges. La fleur a une couleur vineuse un peu terne.

Fruit G, baie pendante, molle, cylindrique, lisse, luisante, douce au toucher, sa peau ordinairement violette, quelquefois jaune, la chair blanche renferme les semences I, applaties, en forme de rein, & on voit leur disposition en H.

Feuilles, ovales, terminées en pointe, entières, sinuées sur leurs bords, marquées de fortes nervures, soutenues par de longs pétioles armés d’épines, ainsi que les nervures des feuilles sur le dessus de la feuille. Le dessus est d’un verd plus foncé que le dessous.

Racine A ; fibreuse, peu profonde.

Port. La tige s’élève ordinairement de douze à dix-huit pouces de hauteur ; elle est cylindrique, cotonneuse, roussâtre, quelquefois violette, rameuse ; les fleurs sont opposées aux feuilles.

Lieu. On la cultive dans les jardins, sur-tout en Provence & en Languedoc. La variété jaune vient d’Éthiopie.

Propriétés. L’herbe est fade, avec une légère odeur narcotique. On lui attribue les vertus des solanum ; on la regarde comme adoucissante, anodine, émolliente, appliquée en cataplasme sur les hémorroïdes, dans les cas d’inflammations, &c. Le fruit fournit une nourriture rafraîchissante ; il s’en fait une grande consommation dans nos provinces méridionales. Des auteurs qui certainement n’ont jamais bien connu ce fruit, l’ont regardé comme un aliment indigeste & même dangereux, parce qu’il est de la famille des solanum, comme si l’usage des pommes de terre, qui sont de la même famille, entraînoit après lui quelque inconvénient. La moitié des des habitans de l’Irlande vit avec des pommes de terre. En Lorraine, en Franche-Comté, en Alsace, en Dauphiné, &c. la consommation est aussi étendue que celle des aubergines en Languedoc & en Provence. Il faut, il est vrai, une certaine intensité de chaleur pour lui donner le point de maturité qui lui convient.

Culture. Ceux qui se piquent d’avoir des aubergines de bonne heure, sèment en Février dans des vases dont la terre est bien préparée & légère ; quelques-uns enterrent ces vases dans le fumier. D’autres forment de petites couches avec du fumier sortant de l’écurie ; & après l’avoir battu, ils le laissent deux ou trois jours jeter son plus grand feu. On le recouvre ensuite de quatre pouces de terre très-fine ; on sème la graine ; on la recouvre d’un pouce de terre ; s’il survient des froids, quelque peu de paille suffit pour garantir les jeunes plantes de leur impression, parce que ces couches sont toujours disposées contre de bons abris. Il est plus prudent de semer en Mars sur des couches, ou dans des vases, ainsi qu’il vient d’être dit. Tenez les jeunes plantes bien sarclées & arrosées, suivant le besoin. Avant de replanter, il faut fumer copieusement le terrain destiné aux aubergines, & le travailler sur une profondeur de dix à douze pouces. Chaque plant sera espacé de quinze à dix-huit pouces, & disposé en échiquier ; les racines s’étendront plus à leur aise. Toute la culture ensuite se réduit à sarler souvent, donner quelques labours, & arroser souvent.

On sème encore, ainsi qu’il a été dit, dans le mois d’Avril. Les fruits seront plus tardifs que les premiers, & on prolongera ses jouissances.

Choisissez les plus grosses aubergines, & les mieux nourries, pour la graine ; coupez le fruit, il pourrira & se desséchera. La graine se conservera mieux, enveloppée dans ses membranes, que si elle en avoit été séparée. Jetez dans l’eau ce fruit desséché, un ou deux jours avant de semer ; les graines se détacheront, & aidez avec la main leur séparation.

On peut, avant de préparer le fruit pour aliment, lorsqu’il est partagé en deux, le saupoudrer avec un peu de sel, & une heure ou deux après, le presser, afin de faire écouler une partie de son eau de végétation, & on ne craindra aucune indigestion. Je propose ce moyen, sur-tout pour les provinces septentrionales, qui veulent s’approprier les productions des pays méridionaux.

Si on est curieux de le conserver pour l’hiver, il faut cueillir les fruits dans leur demi-grosseur ; & après les avoir pelés, coupés en tranches, en détacher les graines, enfiler les tranches, les plonger dans l’eau bouillante ; ensuite les mettre sécher à l’ombre ou au soleil, & les garantir de l’humidité après l’opération. Quand on veut les manger, il suffit de les faire revenir dans l’eau tiède avant de les assaisonner. C’est une assez mauvaise préparation ; le fruit perd beaucoup de sa saveur.