Cours d’agriculture (Rozier)/BARBE DE RENARD

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Hôtel Serpente (Tome secondp. 154-155).


Barbe de Renard, ou Adragant. (Voyez Pl. 2, p. 113.) M. Tournefort la place dans la cinquième section de la dixième classe, qui comprend les herbes à fleur de plusieurs pièces, irrégulière, papilionnacée, dont le pistil devient une gousse divisée en deux loges, selon sa longueur ; & d’après Bauhin, il l’appelle tragacantha massilienses. M. le chevalier von Linné la classe dans la diadelphie décandrie, & la nomme astragalus tracantha.

Fleur, papilionnacée ; l’étendard A plus grand que les autres parties, échancré, obtus, droit, ses côtés réfléchis, les deux ailes oblongues, plus courtes que l’étendard ; une aile est représentée en B ; la carenne C, de la longueur des ailes, échancrée ; le calice D en forme de tube, d’une seule pièce, à cinq dentelures, les inférieures graduellement plus petites ; les étamines E, au nombre de dix, rassemblées en faisceau autour du pistil F, excepté une seule qui s’en détache par sa base ; le pistil F est composé de l’ovaire, d’un stile long & courbe, dont l’extrémité se relève & se termine par le stigmate.

Fruit G, succède au pistil ; il est composé de deux valvules H, qui forment deux loges par le moyen de la cloison membraneuse I, qui partage le légume terminé par une pointe, & qui renferme plusieurs semences en forme de rein K.

Feuilles, ailées, portées sur un long pétiole, souvent terminé par un filet ; les folioles sont velues.

Port ; tiges velues, rameuses, formant une espèce d’arbrisseau ; les feuilles naissent le long des tiges, disposées en rond, & alternativement ; lorsque les feuilles sont tombées, les pétioles subsistent & ils sont comme épineux.

Lieu. Les pays méridionaux, la Syrie, dans les Echelles du Levant, très-commune dans la Basse-Provence.

Propriétés. Les auteurs ne sont pas d’accord sur ses vertus ; on la regarde cependant en général comme rafraîchissante, & quelques-uns lui attribuent les mêmes usages qu’à la racine de la grande consoude. (Voyez ce mot )

Usage. La gomme qu’on retire de ce petit arbrisseau est un objet de commerce ; & pour peu qu’on prît la peine de le cultiver dans la Basse-Provence & dans le Bas-Languedoc, on se passeroit aisément de celle qui est importée d’Alep en France par la voie de Marseille. Dans le tems des grandes chaleurs, en Juin, Juillet, &c. le suc nourricier s’épaissit, fait crever les vaisseaux qui le contenoient ; alors ce suc coule sur les tiges, les branches, & surtout s’accumule dans les interstices qui se trouvent entre les épines & les tiges ; là, il se coagule & se durcit sous la forme d’un vermisseau, souvent de plus d’un pouce de longueur sur une ligne d’épaisseur.

La bonne gomme du commerce doit être luisante, légère blanche, très-nette, sans goût & sans odeur ; celle dont la couleur est noirâtre, jaune, chargée d’ordure, doit être rejetée.

Lorsqu’on veut réduire en poudre cette gomme, il faut que le mortier soit chaud ; si on la fait fondre dans l’eau, elle se gonfle, forme une espèce de gelée un peu transparente & luisante ; elle est fort employée en pharmacie pour donner du corps aux poudres qu’on vent rassembler en pillules ; la gomme arabique produiroit le même effet.

On mêle cette gomme avec le lait pour faire des crèmes, & on peut la substituer aux blancs-d’œufs ; la colle de farine, mêlée avec cette gomme dissoute dans l’eau, est plus tenace.

Cette gomme est regardée comme humectante, rafraîchissante, incrassante ; on la prescrit pour adoucir l’acrimonie des humeurs, contre la toux, les douleurs de colique, dans la maigreur, le marasme occasionnés par l’appauvrissement du sang, &c. tout cela est fort douteux.