Cours d’agriculture (Rozier)/BONTÉ

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche


BONTÉ, (Hygiène vétérinaire.) La beauté a ses limites, et les formes les plus séduisantes se rencontrent quelquefois dans un cheval, sans les qualités essentielles. Chaque animal n’a qu’une certaine mesure de perfection ; le moins imparfait est celui qui réunit le plus de qualités principales. Tout homme qui veut acquérir un bon cheval ne recherche point une tête, une encolure élégantes, une robe brillante : il faut, au contraire, se garder de se laisser séduire par des qualités peu importantes, faire abstraction de ces apparences trompeuses, et ne considérer que les parties essentielles pour le service auquel on le destine.

Après le coup d’œil général, qui a pour objet de juger le cheval sous le rapport de la taille, du volume, etc., coup d’œil qui se donne en un instant, il est indispensable d’examiner particulièrement les parties les plus intéressantes dans les chevaux de selle, et surtout dans les chevaux de trait. La tête et l’encolure doivent être plutôt petites que trop fournies ; le dos légèrement plus bas que la croupe ; le ventre soutenu, cylindrique ; le corps modérément long ; les membres courts et larges, secs, ou sans empâtement. Il faut que les paturons soient plutôt courts que trop longs, et ne se rapprochent pas trop de la terre dans leur appui ; dans les membres antérieurs, l’épaule doit être modérément fournie, et plutôt un peu saillante que trop plaie. Les canons ne doivent être ni grêles, ni trop massifs ; le tendon, qui est en arrière, doit être presqu’autant écarté du canon près du genou, que dans sa partie inférieure ; il faut que les parties latérales de l’ongle du pied ne s’écartent que très-légèrement l’une de l’autre dans leurs parties inférieures ; ce qui a lieu dans les pieds plats, dans les pieds combles ; que les talons ne soient point trop inclinés et trop serrés ; ce qui les expose à devenir facilement douloureux ; enfin, le canon, le genou et l’avant-bras, vus en avant et de côté, doivent être d’aplomb, suivant la même ligne, dans le repos.

Pour les membres postérieurs, la croupe, les fesses et les cuisses seront fortement prononcées, le jarret large de la pointe au pli, et bien évidé, exempt des tumeurs osseuses, produit de l’usure, et connues sous les noms de courbe, éparvin et jarde.

Il n’aura pas non plus de forne, tumeurs osseuses, en bas ou en haut, en avant ou aux côtés du paturon. Les articulations n’auront pas de boursouflements mous, ou tumeurs synoviales connues sous les noms de molettes et de vessigons.

Les membres postérieurs, vus en arrière, tomberont d’aplomb sur le sol, et seront suffisamment écartés ; l’angle du jarret modérément ouvert ; ou, si l’on, veut une mesure exacte, il faut qu’une ligne qui, dans le cheval placé, tomberoit d’aplomb et toucheroit la pointe du jarret, forme, avec une ligne qui passeroit par le milieu du canon, un angle de six degrés.

La hauteur du cheval mesurée à la potence, de la partie la plus éminente du garrot à terre, doit être égale à sa longueur mesurée de la pointe de l’épaule à la pointe de la fesse, par une ligne droite, sans comprendre le contour des parties.

La croupe doit être plus basse que le garrot, d’un pouce environ, dans un cheval de moyenne taille.

Un cheval haut du derrière, ou bas du devant, ayant un ventre lèvretté, ou au contraire avalé, avec des pieds trop larges ou trop resserrés, la tête trop grosse, les membres d’un côté trop rapprochés de ceux de l’autre, ce qui constitue le cheval étroit, présente les défauts de conformation les plus graves.

Il reste à reconnoître la force, la vigueur, le caractère du cheval. Le tronçon de la queue doit se laisser soulever avec une certaine difficulté, dans le cheval vigoureux ; s’il est mou et sans résistance, le cheval a peu d’énergie.

Faites ensuite partir le cheval au trot, et examinez s’il y a abaissement de la croupe. (Voy. Abaissement de la croupe.)

Distinguez bien les mouvemens dus à la pétulance, à l’ardeur, plutôt qu’à une énergie solide et durable.

Observez le rapport du mouvement des membres avec ceux de la tête, du cou, du dos et de la croupe. Saisissez les indices de force, de foiblesse ou de roideur ; peu de temps suffit au connoisseur, pour porter un jugement aussi sévère que juste sur l’animal qu’il examine attentivement.

Il faut encore avertir qu’il est des chevaux qui ne sont beaux qu’arrêtés ; d’autres qui ne soutiennent pas la fatigue, et se décomposent après quelque temps de travail : ils sont déjà abattus au moment où d’autres ne feroient que commencer à se mettre en haleine.

Le bon cheval est gai, vif, patient, doux, et plein d’obéissance ; il est d’autant plus soumis, que rien de ce qu’on lui demande ne lui coûte à exécuter ; rien ne l’effraie ; il s’embellit dans l’exercice ; et plus on le cultive, plus on découvre en lui de force, de souplesse, de beauté, et de bonté. (Voyez Beauté.) (Ch. et Fr.)