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Cours d’agriculture (Rozier)/BOUC et CHÈVRE

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Hôtel Serpente (Tome secondp. 388-395).


BOUC & CHÈVRE. Le bouc est le mâle de la chèvre. Il en diffère par son odeur désagréable, par les parties de la génération & par ses cornes. Ces deux animaux ont une touffe de barbe sous le menton, & quelquefois deux grosses verrues ou glands qui pendent sous le col ; leur queue est très-courte, & la chèvre est surtout remarquable par la longueur de ses deux mamelles qui lui pendent sous le ventre.

§. I. Des poils du Bouc & de la Chèvre, de leurs proportions, de la différence de la structure & du tempérament de ces deux animaux, d’avec celui du bélier & de la brebis.

I. La couleur la plus ordinaire du poil du bouc & de la chèvre, est le blanc & le noir. Nous en voyons des blancs & des noirs en entier ; d’autres sont en partie blancs & en partie noirs ; on en trouve aussi beaucoup qui ont du brun & du fauve. Le poil n’est pas également long sur les différentes parties du corps ; il est plus ferme par-tout, que le poil du cheval, mais moins dur que son crin. La couleur du poil n’influe en rien sur la qualité de l’animal.

II. Proportions du Bouc. En tirant les proportions du bouc, nous observons que sa grandeur varie à peu près comme celle du bélier. Ses cornes sont plus longues que celles de la chèvre ; elles sont différemment contournées, & ont la même position & la même direction. Ses grandes cornes & sa longue barbe lui donnent un air bisarre. Son corps paroît ou trop petit, relativement à la longueur de ses cornes, ou trop gros par rapport à la hauteur de ses jambes, qui sont fort courtes, & comme nouées, principalement celles de devant. Les hanches, la croupe, les fesses, les cuisses, en un mot, toute la partie postérieure du corps, paroissent trop gros, & les jambes de derrière trop longues, en comparaison des autres parties du corps. Les genoux sont tournés en dedans ; les pieds de devant sont plus gros que ceux de derrière.

III. Parallèle du Bouc & du Bélier. En comparant le bouc avec le bélier, nous voyons que la plus grande différence se trouve dans la tête, & sur-tout dans les cornes, qui sont placées plus en avant. Leur base s’étend jusqu’à l’endroit du front qui correspond à la partie supérieure des orbites, tandis que celle du bélier est à huit lignes environ au-dessus des orbites ; les cornes sont beaucoup moins courbées, leur couleur en est plus brune, le bord antérieur & intérieur est plus tranchant, le bord postérieur & extérieur plus arrondi ; le front est relevé en bosse, les orbites sont rondes, les os du nez & ceux de la mâchoire postérieure, sont presque droits, le garrot est plus incliné en avant, la croupe plus haute, à proportion de sa largeur ; le bras plus long que le canon, les jambes de derrière plus longues, relativement au canon. Quant aux parties de la génération, il n’y a aucune différence assez considérable pour mériter une description particulière à celle du mouton. (Voyez Mouton)

IV. De la différence du tempérament de la chèvre, de celui de la brebis. Le tempérament qui, dans tous les animaux, influe beaucoup sur le naturel, ne paroît pas cependant dans la chèvre, différer essentiellement de celui de la brebis, puisque ces deux espèces d’animaux dont l’organisation intérieure est presqu’entiérement semblable, se nourrissent, croissent & multiplient de la même manière, & qu’ils se ressemblent par le caractère des maladies, qui sont à peu près les mêmes. Mais nous observons cependant que, malgré son inconséquence apparente, la chèvre se laisse teter plus aisement, qu’elle est plus docile à la voix de l’homme, plus sensible à ses caresses, puisqu’elle le paye d’un attachement particulier, & qu’elle dépose son caractère d’inconstance pour reconnoître ses bienfaits. On a vu des chèvres venir d’une lieue & plus, pour allaiter des enfans de leur maître, se camper & diriger avec une prudence & une intelligence admirables, le bout de leurs mamelles dans la bouche de ces mêmes enfans. Nous connoissons une personne qui n’a jamais sucé d’autre lait que celui d’une chèvre. Cet animal quittoit réguliérement son troupeau trois fois par jour, & venoit d’une lieue pour allaiter son nourrisson, qu’il suffisoit de placer à terre dès qu’on la voyoit paroître. Cette personne qui vit encore, est légère, badine, du caractère le plus gai, mais le plus inconstant. On lui entend dire souvent, que ses entrailles tressaillent à la vue d’une chèvre. Si on avoit plusieurs exemples semblables, on pourroit décider jusqu’à quel point les alimens influent sur le moral comme sur le physique.

§. II. De la Génération.

I. Des qualités du Bouc & de la Chèvre destinés à la propagation. Un bouc propre à la réproduction de son espèce, doit être de bonne figure, c’est-à-dire, avoir la taille grande, le col court & charnu, la tête légère, les oreilles pendantes, les cuisses grosses, les jambes fermes, le poil épais & doux, la barbe longue & bien garnie, & de l’âge de trois ans jusqu’à sept.

Quant au choix de la chèvre, celle dont le corps est grand, la croupe large, les cuisses fournies, la démarche légère, les mamelles grosses, le pis long, le poil doux & épais, est réputée la meilleure.

II. Le bouc peut engendrer à un an, & la chèvre dès l’âge de huit mois ; mais les fruits de cette génération précoce sont foibles & défectueux, & l’on doit attendre ordinairement, que l’un & l’autre aient atteint au moins l’âge de deux ans. Le bouc est un animal très-vigoureux & très-chaud. Un seul peut suffire à cent cinquante chèvres pendant trois mois ; mais cette ardeur qui le consume, ne dure que trois ou quatre ans, au bout desquels il se trouve ruiné.

III. De l’accouplement. La chèvre cherche le mâle avec empressement. Elle s’accouple avec ardeur, & est ordinairement en chaleur aux mois de Septembre, Octobre & Novembre ; elle retient plus surement en automne, & l’on doit préférer même les mois d’Octobre & de Novembre, parce qu’il est bon que les jeunes chevreaux trouvent de l’herbe tendre lorsqu’ils commencent à paître pour la première fois.

IV. La chèvre porte cinq mois, & met bas au commencement du sixième. On lui donne ordinairement du bon foin, quelques jours avant qu’elle chevrote, & quelques jours après. Il faut prendre garde de ne point la laisser souffrir de soif pendant le tems qu’elle porte.

Il est essentiel de l’aider dans l’accouchement, qui est presque toujours laborieux. Les douleurs qu’elle souffre en mettant bas, la font souvent périr, quand on néglige de lui prêter du secours. Ces douleurs sont l’effet des efforts que fait cet animal, & de l’irritation de la matrice. Il arrive de-là, que ce viscère s’enfle, & que l’arrrière-faix ne suit pas le chevreau. Dans ce cas, il faut lui faire avaler un bon verre de vin, la tenir bien chaudement, & lui bassiner la vulve avec une décoction de feuilles de mauve, de bouillon blanc, ou de toute autre plante émolliente, afin de relâcher les parties, & de prévenir l’inflammation.

§. III. Du sevrage du Chevreau ; de la castration.

I. Quand le chevreau est né, la chèvre doit l’allaiter pendant un mois ou six semaines. L’âge de sevrer les chevreaux est à un mois & demi, ou à deux mois pour ceux de la plus petite espèce ; & à un mois ou cinq semaines pour ceux de la grosse ; mais on ne doit leur ôter le lait qu’à mesure qu’ils commencent à se faire une autre nourriture, telle que des jeunes bourgeons, de la bonne herbe & du foin choisi ; & ce n’est que lorsqu’ils y sont habitués, qu’on peut les priver tout-à-fait du lait.

II. Parvenus à l’âge de six à sept mois, les chevreaux entrent quelquefois en rut ; c’est pourquoi l’on doit les châtrer à cet âge, s’ils ne sont pas destinés à féconder un troupeau. Quant à la manière de faire la castration, voyez ce mot.

§. IV. Des alimens de la Chèvre.

En été, on fait sortir de grand matin les chèvres pour les mener aux champs, en observant de les ramener à l’étable pendant les heures de la plus forte chaleur. L’herbe chargée de rosée, qui ne vaut rien pour les moutons, fait un grand bien aux chèvres. Les pays marécageux ne leur sont point convenables ; elles se plaisent au contraire, sur les montagnes, & à grimper ; elles trouvent autant de nourriture qu’il leur en faut, dans les bruyères, dans les friches & dans les terres stériles. Les ronces, les épines & les buissons, sont de très-bons alimens pour elles. On doit sur-tout les éloigner des endroits cultivés, les empêcher d’entrer dans les blés, dans les vignes & dans les bois, parce qu’il est prouvé que les taillis, les arbres dont elles broutent avec avidité les jeunes pousses, périssent presque tous par les dents de ces animaux. En hiver, au contraire, les branches de vigne, d’orme, de frêne, les raves, les navets, & en général tous les alimens que l’on donne aux brebis, conviennent aux chèvres. On les fait sortir depuis neuf heures du matin jusqu’à cinq heures du soir. Dans la plupart des climats bien chauds, où l’on nourrit beaucoup de chèvres, on ne leur donne point d’étable ; mais l’expérience prouve qu’en France elles périroient, si elles n’étoient pas à l’abri pendant l’hiver. Dans certaines provinces du royaume, il est défendu & avec raison, de mener les chèvres paître ailleurs que sur son propre territoire, & même il est permis au propriétaire qui les trouve dans son fonds, de les tuer.

C’est très-mal entendre ses intérêts, que de laisser courir les chèvres. L’expérience a démontré que celles nourries dans l’écurie, & qui n’en sortent jamais, donnent plus de lait que celles qui courent. D’ailleurs, il y a une perte réelle du fumier. (Voyez le mot Bétail)

II. Du nombre des plantes qu’elles mangent, & de celles qui leur sont nuisibles. Parmi les bestiaux, les chèvres sont l’espèce qui mange le plus de diverses plantes ; ensuite les brebis ; après lesquelles viennent les bêtes à cornes ; enfin, les veaux & les poulains sont ceux qui mangent le moins d’espèces. Nous évaluons le nombre de celles que les chèvres consomment, à environ cinq cens ; celui de la brebis, à quatre cens ; celui des bêtes à cornes & des chevaux, à deux cens ; & celui des veaux & des poulains, à cent. Mais nous devons observer que parmi les différentes espèces de plantes, il y en a plusieurs que les bestiaux choisissent & mangent par préférence dans une saison, tandis qu’ils n’y touchent point, & que même ils rejettent dans une autre ; & que ce qui les détermine à manger telle ou telle espèce de plante, est relatif à une infinité de circonstances qui empêchent de donner des règles certaines & positives à cet égard. La sabine, l’herbe aux puces, les feuilles & le fruit de fusain, les espèces de napel, par exemple, donnent la mort aux chèvres, tandis qu’elles s’engraissent en mangeant la dictame & la quinte-feuille ; elles mangent aussi impunément la ciguë ordinaire, quoi qu’elle soit un vrai poison pour les vaches ; mais l’âne y est quelquefois trompé ; quand cela arrive, cet animal ne tarde pas d’en éprouver l’effet narcotique, puisqu’il tombe dans un état d’insensibilité dans lequel il ne donne aucun signe de vie.

Nous concluons de tout ceci, qu’il est très-difficile de parvenir à la connoissance parfaite de certaines maladies des animaux, si l’on n’a observé des effets sensibles de plusieurs plantes. Telle maladie est souvent attribuée dans les campagnes, à des causes très-éloignées tandis qu’elle n’est dûe, peut-être, qu’à l’action de quelque plante, qui agit toujours dans l’intérieur de l’animal, & rend impossible la guérison de la maladie dont le vétérinaire ou le maréchal s’occupent, & dont ils ignorent la vraie cause. (Voyez le mot Bétail ; on y a indiqué des moyens économiques de les nourrir pendant l’hiver.)

Voici la manière dont on nourrit les chèvres pendant l’hiver, au Mont-d’Or, près de Lyon. Cette montagne est renommée pour ses fromages, soit frais, soit demi-raffinés ou en crême, soit complétement raffinés, dont il se fait une si grande consommation à Lyon, & par les envois dans tout le royaume. L’animal ne sort jamais de l’écurie ; & comme la corne de son pied n’est pas usée par la marche, souvent elle s’aplatit à l’extrémité, & s’alonge quelquefois jusqu’à huit ou dix pouces. Il est impossible que dans cet état la chèvre qui aime si fort à gravir, puisse se tenir sur les rochers. Cet alongement de la corne du pied est-il une maladie ou une suite de la vie sédentaire ? Le fait n’est pas encore bien décidé.

Les propriétaires de vignobles jettent le marc du raisin dans des cuves, le couvrent d’eau, de manière qu’il y baigne entiérement, & le conservent ainsi pour la nourriture d’hiver. Aussitôt après que le raisin a été coupé, on ramasse autant qu’il est possible, des feuilles de vigne, que l’on foule & que l’on comprime dans des cuves, dans des tonneaux, dans des citernes, &c. & on les remplit d’eau de manière qu’elle surnage les feuilles. Il faut que les feuilles aient auparavant été lavées à grande eau, afin de les dépouiller des parties terreuses qui les recouvrent.

Si cette méthode est économique relativement à la nourriture, elle ne l’est pas à l’égard des vaisseaux. Quoique fabriqués en bois de chêne, ils pourrissent bientôt, & contractent un mauvais goût, de manière qu’il est presqu’impossible de les faire servir ensuite à tenir du vin, sans lui communiquer ses mauvaises qualités. Il est étonnant que dans cette partie du Lyonnois, où l’on connoît l’usage du betton, (voyez ce mot) on ne prépare point avec lui des vaisseaux, des réservoirs, qui dureroient des siècles, & qui coûteroient si peu. C’est tout au plus une première avance à faire, dont on seroit bien dédommagé par la suite.

§. V. Des Chèvres propres à donner du lait ; des moyens de l’augmenter ; de la traite ; de l’usage du lait.

I. Une chèvre propre à donner du lait, doit avoir une grande taille, un maintien ferme & léger, le poil épais, & les mamelles grosses & longues.

II. Des moyens d’augmenter le lait. Plus les chèvres mangent, plus la quantité du lait augmente. Pour entretenir & augmenter cette abondance de lait, il faut les conduire dans de bons pâturages, dans lesquels la dictame & la quinte-feuille se trouvent en grande quantité ; les abreuver soir & matin, & leur donner de tems en tems du salpêtre ou de l’eau salée. Si elles ne sortent pas de l’écurie, on peut leur donner le marc des huiles de noix, de navette, de colsat, d’olives, de pavot, &c. ; faire bouillir pour elles le triage des herbes potagères avec du son, la farine du maïs ou blé de Turquie ; la pomme de terre cuite avec le son, augmente singuliérement leur lait.

III. De la traite. Elle se fait deux fois par jour ; le soir & le matin, & de la même manière que pour la vache. (Voyez Bœuf)

IV. De l’usage du lait. Le lait de chèvre est plus sain & meilleur que le lait de la brebis. Il est d’usage en médecine, & tient le milieu entre le lait de vache & celui d’ânesse. Cependant, d’après les observations de M. Vénel, il est bien démontré que le lait de chèvre n’est pas plus pectoral, plus vulnéraire que le lait de vache. (Voyez le mot Lait) Il a moins de consistance que le premier, moins de sérosité que le second ; il a la vertu des plantes dont l’animal s’est nourri, se caille aisément, & l’on en fait des fromages. (Voyez ce mot, où l’on décrira la méthode du Mont-d’Or)

§. VI. De l’âge de la Chèvre, de sa voix, & de la durée de sa vie.

I. À quoi connoît-on l’âge de la chèvre ? Les dents & les nœuds des cornes indiquent l’âge de la chèvre, comme dans la brebis. (Voyez Mouton) Elle n’a point, ainsi que ce dernier animal, des dents incisives à la mâchoire antérieure, & celles de la mâchoire postérieure tombent & se renouvellent dans le même ordre.

II. Pourquoi la voix de la chèvre est-elle tremblante ? Le tremblement de la voix de la chèvre a persuadé à quelques auteurs, que cet animal avoit continuellement la fièvre, & que la fièvre étoit l’unique cause qui rendoit sa voix tremblante. Ce sentiment, selon nous, n’a guère de vraisemblance, puisque la fièvre est un état contre nature, toujours accompagné d’un dérangement dans les fonctions vitales, & ordinairement mortelle dans cet animal. Or, est-il probable que la chèvre fût aussi gaie, aussi pétulante, si l’ardeur de la fièvre la consumoit ? brouteroit-elle l’herbe avec autant d’appétit ? boiroit-elle avec autant de plaisir ? prendroit-elle de l’embonpoint ? Disons donc avec plus de raison, que quoique la voix de la chèvre soit tremblante, elle est dans un état de santé comme les autres animaux, & que son cri tremblant ne paroît être celui d’un animal qui a la fièvre, ou qui se plaint, que par la constitution particulière de ses organes ; mais cette digression seroit étrangère à notre objet.

§. VII. Combien de tems vit la Chèvre.

Elle vit ordinairement jusqu’à l’âge de dix à douze ans. J’en ai vu une de l’âge de dix-huit ans, qui fournissoit une pinte de lait par jour.

§. VIII. De l’achat des Chèvres.

Il est des précautions à prendre lorsqu’il est question d’acheter des chèvres. On doit examiner si elles ne sont pas dans un état de langueur, & si elles ne sont pas abattues. Un animal aussi pétulant, aussi léger, ne cesse d’être agile que lorsqu’il est malade. Les chèvres boivent le jour même qu’on les achète ; ce qu’elles ne font point lorsqu’elles sont dans un état de maladie.

§. IX. Du climat le plus convenable à la Chèvre.

On trouve des chèvres semblables à celles de France, dans plusieurs parties du monde ; & l’on observe qu’elles sont plus petites dans les pays chauds que dans les pays froids. C’est pour cette raison qu’elles sont plus grandes en Moscovie & dans les autres climats de cette température, que dans la Guinée ; & que dans un même royaume, celles qui vivent dans les provinces situées au nord, sont plus grandes que celles qui habitent les provinces méridionales ; voilà pourquoi aussi, & l’expérience le prouve, celles que l’on élève en Picardie & dans l’Île-de-France, sont plus grandes & plus belles que celles du Bas-Languedoc & du Roussillon.

§. X. De ses maladies.

Rozier - Cours d’agriculture, tome 2, pl. 13.png


On peut les considérer comme externes & comme internes. Elles se divisent en maladies de la tête, du tronc & des extrémités.

Les maladies internes de la tête sont, le vertige ou tournoiement, l’assoupissement & l’apoplexie ; les externes sont, la fracture des cornes, l’onglée, la tumeur sous la ganache, les aphtes, le bouquet & les maladies extérieures des yeux.

Les maladies internes du tronc, sont, la fièvre, la toux, l’esquinancie, l’hydropisie, l’enflure de la matrice, le pissement de sang, la diarrhée, la constipation, le mal-sec & le feu de saint Antoine ; enfin, les maladies putrides. Les externes sont, la gale, la fracture des côtes, les efforts des reins, les ulcères à la vulve, &c.

Les maladies des extrémités sont, les tumeurs au genou, au jarret, l’entorse, les fractures, les morsures des bêtes venimeuses, la bleime, &c.

La Planche 13 ci-jointe indique les parties affectées ; & quant aux lignes & traitement des maladies, consultez le mot propre.

XI. Des propriétés du Bouc & de la Chèvre.

En médecine on emploie le suif & la moëlle. L’un & l’autre sont émolliens & anodins. On a beaucoup vanté l’usage du sang de bouc contre la pierre & autres maladies des reins. On le nourrissoit à cet effet avec des feuilles de laurier, de fenouil ; en un mot, avec des plantes qu’on regarde comme apéritives ; enfin, on l’abreuvoit avec du vin blanc. Ce remède doit être mis, avec les autres semblables, au rang des préparations inutiles. La chair de chèvre est indigeste.

Le suif est le meilleur que l’on connoisse pour faire des chandelles.

On sale le bouc & la chèvre de la même manière que le bœuf ; le premier cependant conserve une odeur & un goût désagréables. Il vaudroit mieux ne pas le mêler avec le reste, qu’il infecte.

Après la mort de l’animal, sa peau est très-utile pour les arts, & entre dans le commerce des cuirs. Les marroquiniers, chamoiseurs & mégissiers, la préparent de différentes manières. Les peaux de chèvres de Corse égalent en beauté celles du Levant, pour être préparées en marroquin.

§. XII. De la Chèvre d’Angora.

Elle ne diffère de celle d’Europe que par sa grosseur, la finesse de son poil, d’un blanc éblouissant & très-long, & par ses cornes recourbées en arrière & passant sous les oreilles. Le bouc les a plus longues, & elles sont pliées en spirale. La chair & le lait de ces animaux, sont meilleurs que ceux des chèvres d’Europe.

Il est étonnant qu’on n’ait pas cherché à les naturaliser en France, sur-tout après l’exemple que M. Alstrœmer en donna en 1742 en Suède, où ils n’ont souffert aucune détérioration, & se perpétuent de jour en jour. On est obligé de tirer de Syrie, de Perse, du Levant, le beau poil de chèvre que l’on emploie dans nos manufactures, & rien ne seroit plus facile que de ne pas recourir à l’étranger. M. T.