Cours d’agriculture (Rozier)/BOUVIER

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Hôtel Serpente (Tome secondp. 451-453).


BOUVIER. Celui qui conduit les bœufs, les garde & en prend soin dans l’écurie.

Cet homme doit être fort, vigoureux, adroit, patient & doux. S’il brusque ses bœufs, s’il les maltraite, s’il les bat, il aigrit leur caractère, les rend méchans, intraitables, & souvent dangereux pour ceux qui les approchent.

Les devoirs d’un bouvier sont, 1°. chaque matin d’étriller ses bœufs, de les bouchonner, de leur laver les yeux. Ces petits soins sont indispensables, & contribuent autant à leur santé qu’à celle du cheval.

2°. De se lever de grand matin pour leur donner à manger, de cribler l’avoine avant de la leur présenter.

3°. De les conduire à l’abreuvoir avant de les mener aux champs.

4°. Au moins une fois par semaine, d’examiner si les jougs, les courroies, les paillassons sur lesquels portent les jougs contre la tête de l’animal, sont suffisamment rembourrés.

5°. Dans les pays où l’on ferre les bœufs, d’examiner si les pieds sont en état.

6°. Au retour des champs, après le travail du matin, de leur donner une nourriture suffisante pour un repas, & de les mener boire. Ce n’est point assez de les faire boire deux fois par jour, même en hiver, quoique le tems ne leur permette pas de sortir de l’étable, & à plus forte raison pendant l’été. À l’approche des chaleurs, & surtout pendant l’été, il leur donnera, de tems à autre, des seaux remplis d’eau rendue légèrement acidule par le vinaigre, & quelquefois de l’eau nitrée. C’est le moyen le plus sûr de prévenir les maladies putrides & putrides-inflammatoires, auxquelles ils sont sujets plus que les autres animaux. L’eau rendue blanche par l’addition du son, leur est encore très-utile.

7°. S’ils reviennent des champs le matin ou le soir, & couverts de poussière & de sueur, il doit les bouchonner jusqu’à ce que la sueur soit dissipée, & pendant ce tems ne les point tenir exposés à un courant d’air frais.

8°. Chaque soir il doit remplir les râteliers, afin que l’animal ait suffisamment de quoi se nourrir pendant la nuit.

9°. Leur faire une litière avec de la paille fraîche & propre.

10°. Deux fois par semaine faire enlever toute la vieille litière, la porter au tas de fumier, & ce seroit encore mieux si chaque jour il la sortoit de l’écurie, pour lui en substituer une toute fraîche. C’est le plus grand des abus que celui de laisser accumuler la litière, ou plutôt le fumier, sous l’animal. Il s’en élève une chaleur humide qui lui est très-nuisible, & ce fumier lui ramollit la corne. Il est presque toujours la cause des maladies qui se jettent sur leurs jambes.

11°. Tous les bouviers, en général, s’imaginent que les bêtes confiées à leurs soins, doivent, pendant l’hiver, être renfermées dans une espèce d’étuve. Presque toujours les étables ne prennent du jour que par des larmiers si étroits, & en si petit nombre, qu’il est impossible que l’air s’y renouvelle. J’en ai vu où le thermomètre (voyez ce mot) montoit à vingt-quatre degrés de chaleur, tandis qu’à l’extérieur le froid étoit de huit à dix degrés. Si l’animal sort de son étable, il éprouve donc un changement de climat de trente-deux à trente-quatre degrés, & après cela, comment veut-on que l’animal n’éprouve pas des suppressions de transpiration ? &c. &c. Au mot Étable, nous donnerons les proportions qui lui conviennent.

12°. Dès que les bœufs sortent pour aller aux champs, ou pour travailler, le bouvier doit ouvrir les portes & les fenêtres, afin de renouveler l’air, & lorsque l’animal est rentré, laisser une fenêtre ou deux ouvertes, suivant leur grandeur, à moins que la rigueur du froid ne soit excessive.

13°. En été, suivant la chaleur du pays, il convient de laisser entrer le moins de clarté qu’il sera possible ; l’étable en sera plus fraîche, & les animaux ne feront pas abymés & persécutés par les mouches.

14°. Il convient dans cette saison, surtout dans les provinces méridionales, que les animaux passent la nuit dans les pâturages, & que le bouvier, logé dans sa cabanne près d’eux, ne les quitte pas un instant. La chaleur & les mouches sont les deux plus grands fléaux de cet animal. Les mouches les fatiguent souvent au point qu’ils refusent le manger ; la chaleur les accable, & l’un & l’autre réunis sont la cause de leur maigreur dans cette saison.

15°. Quoique les araignées (voyez ce mot) ne soient pas venimeuses, un bouvier qui aime la propreté, (chose fort rare) aura soin au moins une fois par mois, de passer le balai sur tous les murs de l’étable & sous tous les planchers.

16°. C’est encore au bouvier à veiller sur le fourrage distribué chaque jour. Il examinera sa qualité, fixera sa quantité ; il verra s’il n’est pas mêlé avec des chardons & autres plantes épineuses, capables de piquer la bouche & le palais de l’animal.

17°. Si on est dans la louable coutume de donner du sel, c’est à lui à régler la quantité, suivant la nature de l’animal, & surtout suivant la saison. Dans les tems humides & pluvieux, lorsque l’herbe des pâturages est trop imbibée d’eau, le sel diminue ou détruit sa qualité trop relâchante. Au contraire, dans les chaleurs, il faut en user avec modération.

18°. Un bouvier doit savoir saigner, donner un lavement ; cependant méfiez-vous de ces hommes qui ont cinq ou six recettes de médicamens, & qu’ils donnent le plus souvent sans connoissance de cause. Une légère indisposition devient souvent une maladie grave par le remède donné ou à contre-tems ou à contre-sens.

19°. Il seroit fort à desirer que le bouvier eût une connoissance exacte des symptômes des maladies, de leur marche, de leur terminaison, &c. Mais où ces domestiques auroient-ils acquis ces lumières ? Un pareil bouvier seroit un trésor pour une grande métairie.