Cours d’agriculture (Rozier)/CAYEUX

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Hôtel Serpente (Tome secondp. 610-611).
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CAYEUX, Botanique. Production bulbeuse, qui se forme à côté des racines des plantes bulbeuses ou à oignon. Le cayeux doit être considéré comme un vrai bouton qui naît, croît & se développera un jour en devenant lui-même une plante. Quoique la nature ait donné à toutes les plantes un moyen de réproduction uniforme, celui des graines ; cependant toujours féconde & toujours variée, elle supplée à la difficulté que certaines graines ont à se développer, par les rejetons & les cayeux qui naissent sur les racines. La classe des oignons, en général, porte des graines fécondes & vivaces ; mais de plus elle pousse des cayeux qui les multiplient encore, & plus sûrement & plus promptement. Les orchis mêmes paroissent ne pouvoir se reproduire que par le cayeux. Le cayeux est donc une seconde plante, comme le bouton produit par une mère qui lui fournit la nourriture propre, jusqu’à ce qu’épuisée elle-même par la substance qu’elle communique à son enfant, elle se dessèche & tombe en pourriture. Les plantes qui ont des branches portent leurs boutons à bois sur ces mêmes branches ; mais celles qui ne sont qu’herbacées & qui n’ont que des tiges, ou n’ont point de boutons à branches, ou les ont placés sur les racines. L’oignon mis en terre, se développe, ou plutôt toute sa tige, ses fleurs & ses graines qui étoient renfermées dans son centre, comme les tubes d’une lunette sont rentrés les uns dans les autres, poussent successivement ; mais ici il n’y a pas de nouvelle réproduction ; ce n’est qu’un développement. La vraie réproduction se fait latéralement par la naissance du cayeux qui ordinairement paroît, vers le mois de Février, comme un petit dard d’un vert blanchâtre, entre le corps charnu qui produit les racines & l’oignon, ou la bulbe. (Voyez le mot Bulbe) Insensiblement il prend des forces, acquiert de la consistance, s’étend un peu en largeur, adhérant toujours contre sa mère. Vers le mois d’Avril il est déjà gros comme une lentille, & d’une forme triangulaire ; son accroissement se fait lentement, jusqu’à l’instant où la fleur de l’oignon commence à paroître ; alors son développement est bien plus rapide ; & à peine la fleur est-elle passée, & les graines sont-elles parvenues à leur maturité, que le cayeux est fort & vigoureux, & qu’il a acquis toute sa grosseur : plusieurs petites racines pointent à sa base, & il commence à se nourrir par lui-même : c’est un véritable oignon. Sa mère, qui a nourri en même-tems ses fleurs, ses fruits & son jeune nourrisson, s’est absolument épuisée : tout son parenchyme est desséché ; il ne lui reste plus que le tissu réticulaire & fibreux, qui bientôt tombe absolument en pourriture, & par sa combinaison avec la terre, devient partie nourrissante de son propre fils. C’est ainsi que la nature fait servir tous les êtres à la reproduction les uns des autres. Quelques mois suffisent pour qu’on puisse distinguer dans le cayeux toutes ses parties essentielles ; & en cela ils sont plus prompts que les boutons des branches ligneuses, auxquels il faut presque toujours deux ans pour être totalement formés.

Le détail que nous venons de donner sur la production des cayeux, explique un phénomène bien naturel, mais qui paroît singulier dans la pratique du jardinage fleuriste. Quelques cultivateurs industrieux des tulipes ont soin de mettre un morceau de brique ou d’ardoise sous l’oignon. Quelle est leur surprise, lorsque venant à retirer de terre leur oignon vers la fin de l’été, ils sont tout étonnés de le trouver déplacé, & quelquefois hors de l’ardoise ! Mais leur surprise cessera bientôt, lorsqu’ils feront attention que ce n’est plus l’oignon qu’ils avoient mis en terre qu’ils retrouvent, mais celui qui a crû à côté : c’est un cayeux devenu oignon. M. M.

L’oignon est composé de tuniques qui se recouvrent circulairement les unes sur les autres. Elles sont très-distinctes lorsque le cayeux a acquis sa perfection. La nature les a placées ainsi pour défendre & conserver le germe, puisque toute la plante est renfermée dans l’oignon. Mais elles ont encore la propriété d’être elles-mêmes de véritables cayeux, ou d’excellentes boutures. (Voyez ce mot) Puisque si l’on sépare une de ces tuniques, & qu’on la plante, elle produira un véritable cayeux, qui se changera à son tour en un véritable oignon. Cette découverte est très-importante pour les amateurs des belles tulipes, hyacinthes, &c.