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Cours d’agriculture (Rozier)/BOUTURE

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Hôtel Serpente (Tome secondp. 443-451).


BOUTURE. Ce mot pris dans sa généralité, signifie toute partie d’un arbre ou d’une plante que l’on sépare du corps, que l’on confie à la terre avec des précautions analogues au sujet, qui y prend racine & forme un nouvel individu.

La bouture diffère de la marcotte, (voyez ce mot) en ce que celle-ci tient à l’arbre, jusqu’à ce qu’elle ait poussé assez de racines, pour qu’elle en soit par la suite séparée sans danger, tandis que la bouture en est complettement séparée, & mise en terre comme un être isolé.

On a vu au mot Bouton, qu’il y en avoit de différentes espèces, mais les plus utiles dans les boutures sont ceux qui percent directement de l’écorce, sans le secours d’une feuille. Ces boutons, ou mamelons, sont répandus sur toute la surface des branches & des racines, & c’est eux qui jouent le grand rôle dans la reprise de la bouture. Les boutons à bois & à fruit périssent presque toujours ; cependant ceux qui sont distribués sur la partie de la branche qui n’est pas dans la terre, contribuent beaucoup à la reprise de la bouture ; ils attirent la séve au sommet de la branche, ils poussent des feuilles, & ces feuilles aident à la séve à descendre à la base de la bouture ; pour y fournir la nourriture aux mamelons, & leur faire pousser des racines.

Pour qu’une bouture reprenne, il faut absolument qu’il se forme un bourrelet. (Voyez ce mot) Le bourrelet ne seroit-il pas le simple développement de ces boutons, de ces mamelons intercutanés ? Cette idée me paroît plus que probable. Je conviens, il est vrai, que les racines partent des petites consoles qui servoient de supports aux boutons à bois enfouis dans la terre, & qui y ont pourri. Ces supports sont des bourrelets déjà formés ; il n’est donc pas étonnant qu’ils poussent des racines ; mais la nature toujours riche & variée dans ses ressources, se sert, pour second moyen de réproduction, de boutons intercutanés.

I. Du tems de faire les boutures. Il faut distinguer les climats que l’on habite, & l’espèce d’arbre sur lequel on opère. Dans les provinces méridionales, telles que la Provence & le Languedoc, & quelques provinces adjacentes, on peut faire des boutures de certains arbres, aussi-tôt après la chûte des feuilles ; par exemple, des saules, des peupliers, &c. parce que la douceur des hivers conserve un reste de séve, & permet même à une nouvelle de monter dans la tige ; les bourrelets se forment, quelques radicules poussent, & la reprise des plantards ou plançons est plus assurée & mieux préparée pour le printems, sur-tout lorsque cette saison est chaude & saine, ainsi que cela arrive communément. D’ailleurs, la végétation de tous les bois blancs est très-précoce, & c’est un grand point de n’y apporter aucun retard.

Sous un autre climat, où la terre reste engourdie pendant plusieurs mois de l’année, il convient de laisser passer les froids, & faire les boutures dès qu’on s’apperçoit du premier mouvement de la séve.

Si on opère sur des arbres délicats, dans quelques pays que ce soit, la prudence exige d’attendre les premiers jours du printems, & de ne pas confier indiscrétement à la terre, une bouture qui aura à redouter les rosées froides, les gelées blanches, & dont la circulation de la séve sera sans cesse interrompue.

II. Du terrain propre aux boutures. Sa qualité est subordonnée à l’espèce de plant qu’il doit nourrir. Un plançon ou plantard de bois blanc, tel que les saules, les peupliers, &c. ne réussira pas, si le terrain est trop sec, & celui de coignassier, de grenadier s’il est trop humide. Toute bouture dont le bois est poreux, exige une terre forte, parce qu’elle pousse facilement des racines par les bourrelets qui s’y forment : ces bourrelets ne naissent pas si facilement sur les bois durs ; le buis sert d’exemple : plus une bouture a de peine à laisser percer ses racines, plus ses racines sont tendres, foibles & délicates, plus le terrain doit être léger, friable, & en même tems nourrissant.

III. De la manière de faire les boutures. Les principes développés aux mots Bourrelet, Boutons, indiquent toute la théorie de l’art de faire des boutures.

Premier genre. Dans les bois communs tels que le saule, les osiers, quelques peupliers, (l’ypreau ne prend que de plants enracinés) le mûrier, &c. il faut choisir des branches saines, vigoureuses, garnies de boutons, & principalement celles qui ont sur leur écorce des bourrelets, des tumeurs, &c. les couper au-dessous, & mettre en terre la partie où se trouve le bourrelet. Comme il n’est pas facile de trouver toujours de semblables branches, il est à propos de laisser un peu du vieux bois au plantard ou plançon. On aiguise la partie qui doit être enterrée, mais on a soin de ménager la petite partie du vieux bois adhérente au plançon ; c’est un bourrelet tout formé. Si on n’a pas conservé du vieux bois, il faut avoir soin de conserver & de ne pas endommager l’écorce, au moins sur un des côtés du plançon. On peut, par exemple, laisser huit à dix pieds au plançon de saule, & le couper au-dessus. Il n’en est pas ainsi du peuplier, il exige que la baguette soit conservée en entier, ainsi que le bouton qui la termine. C’est par ce moyen que le peuplier noir ou du pays, que celui d’Italie, &c. poussent des tiges élevées. Mais lorsqu’on veut avoir un peuplier commun seulement, pour convertir ses feuilles en échalas, ou lorsqu’on destine ses rameaux à la nourriture des moutons, on coupe la tête du plançon à la même hauteur que celle du saule. Dans ce cas, on se soucie peu de la tige, mais de la multiplicité des branches. Il faut convenir cependant que la reprise de ces boutures est moins assurée que si on avoit laissé la tige entière.

Je ne suis point de l’avis de ceux qui conseillent de faire des entailles dans la partie de la branche qui doit être enterrée. On veut, par ce moyen, multiplier la naissance des bourrelets ; mais on ne fait pas assez attention que ces entailles, que ces coches amusent la séve, dérangent ses conduits, qu’elle est obligée de tourner & retourner par d’autres canaux, pour venir reprendre sa direction.

Second genre de boutures des arbres moins communs ; par exemple, des grenadiers, de l’épine blanche ou aubépine, du groseillier, &c. Coupez une branche saine, vigoureuse, garnie de ses rameaux ; ouvrez un petit fossé, & placez les branches dans ce petit fossé, de manière que la terre les recouvre entièrement ; mais ayez soin d’étendre les rameaux comme si vous aviez à disposer des racines. La pratique de cette opération est fondée sur ce que ces rameaux ont beaucoup de boutons, soit à bois, soit à fruit, soit intercutanés. Les premiers & les seconds seront nuls, c’est-à-dire, qu’ils pourriront ; mais le bourrelet qui soutenoit la feuille & le bouton, produira des racines. Ces rameaux offrent donc un grand nombre de petits bourrelets, & ce nombre est au moins décuple de celui d’une bouture simple. Ce n’est pas tout, les boutons intercutanés ont bien plus de facilité à percer l’écorce tendre des rameaux, que celle de la branche qui sert de bouture : ainsi, soit en raison de la multiplicité des bourrelets, soit en raison des boutons intercutanés, il est constant que cette manière de faire les boutures peut s’appliquer à un bien plus grand nombre d’arbres & d’arbrisseaux qu’on ne pense. Ici la branche change de direction ; ce qui formoit son sommet devient sa base, & sa base son sommet. La réussite, malgré ce changement de situation, ne doit pas surprendre, lorsqu’on connoît les belles expériences de M. Hales, rapportées dans sa Statique des végétaux, & si souvent répétées après lui, dans lesquelles il renverse un arbre, plante ses branches comme des racines, & ce qui, auparavant, formoit ses racines, devient ses branches. J’ai dans ce moment beaucoup de boutons de ce genre en terre, d’arbres différens, & sur-tout d’oliviers. J’en rendrai compte en parlant de cet arbre si essentiel à multiplier. Quant aux grenadier, épine blanche & groseillier, j’ai par-devers moi la preuve de leur entière réussite.

Troisième genre de boutures. À mesure que l’arbre devient plus précieux, & qu’il est plus difficile à la reprise, il faut multiplier les secours. Veux-je, par exemple, faire des boutures de l’olivier ? je prends une ficelle, & je ceins de deux à trois tours le bas de la branche, à un pouce environ au-dessus de son insertion sur le tronc, & je serre la ficelle de manière que tous ses points pressent sur l’écorce ; si l’on serre trop fort, on mâche, on sépare l’écorce circulairement, & presque toujours la partie superieure au cordon périt. Le serrement doit être en raison du tems auquel on le pratique ; si on le fait au premier printems, la branche n’est pas encore pourvue d’une grande quantité de séve ; on peut alors serrer un peu fort, & la séve descendante formera le bourrelet à mesure que la branche grossira. Si on fait la ligature lorsque la branche est prête à fleurir, une ligature un peu serrée coupe l’écorce. Ici la modération est nécessaire. Si c’est au mois d’Août, il faut serrer au moins comme au premier printems, parce que l’écorce est devenue dure, & l’olivier a le tems de former le bourrelet avant l’hiver. Voici le résultat de quelques expériences faites sur les boutures de cet arbre.

La bouture simple, c’est-à-dire, celle qui n’avoit ni bourrelet, ni morceau de vieux bois, a poussé moins bien que les deux suivantes, & il en est péri un plus grand nombre.

La bouture qui tenoit à une petite portion de vieux bois, a mieux réussi en tout genre que la première, & moins que la troisième.

La bouture armée de son bourrelet formé par la ligature, a plus complétement prospéré que les deux premières ; & celle qui, outre la ligature, avoit encore un peu de vieux bois, a mieux réussi que toutes les autres.

J’invite à répéter ces expériences sur cet arbre & sur plusieurs autres, & je prie ceux qui se livrent à ces essais, d’avoir la bonté de me communiquer leurs résultats. Toutes les boutures sur lesquelles j’ai fait des ligatures, étoient des bourgeons de l’année précédente, bien vigoureux, & de la grosseur du petit doigt. J’ai ficelé quelques-unes de ces branches sur la hauteur de douze à vingt-quatre lignes, de la manière que l’est un bâton de tabac. Il s’y est formé autant de bourrelets qu’il y avoit de ligatures ; ils n’étoient point aussi saillans, aussi caractérisés que dans le premier cas, ou plutôt, l’écorce se bomboit entre les deux cordes. Ces boutures mises en terre, ont assez mal réussi en comparaison des troisièmes. Je le répète ; il faut beaucoup de prudence & de précision dans le serrement. Le trop fait périr ; pas assez est inutile.

Quatrième genre de boutures. Prenons un oranger pour exemple. Choisissez sur l’arbre la branche que vous desirez, & qu’elle soit d’une année ; faites la ligature, & laissez former le bourrelet, ou bien à la place de la ligature, faites une incision, (voyez A, Fig. 7, Pl. 8, page 255), le bourrelet se formera ; au-dessous de ce bourrelet mettez de la terre bien meuble, que vous y retiendrez par le moyen d’un linge, & encore mieux avec un panier d’osier ou un vase de terre, de faïence, &c. & ayez soin de tenir cette terre arrosée, afin de l’empêcher de sécher. Au printems suivant, il poussera des racines à travers le bourrelet ; & lorsqu’elles seront bien formées, vous pourrez couper la branche au-dessous de la ligature, & la placer dans un plus grand vase, afin que les racines y travaillent avec plus de liberté. La réussite de ces boutures est très-casuelle dans les provinces méridionales, à moins qu’on n’arrose pendant l’été au moins deux fois par jour, & quelquefois plus souvent. Non-seulement la grande chaleur dissipe l’humidité, mais encore l’activité du courant d’air accélère l’évaporation d’une manière prodigieuse.

Cinquième genre de boutures. Il paroît démontré que les germes de toutes les plantes sont, pour ainsi dire, emboîtés les uns dans les autres ; que chaque portion d’un arbre est un arbre en miniature ; les graines, les boutures, les marcottes, les drageons, les greffes, &c. en sont la preuve. Le végétal ressemble au polype, dont chaque morceau a vie & forme un individu à part. Sur un arbre on peut prendre cent & cent greffes, sans que l’arbre périsse, & on peut couper un polype en cent & cent parties ; le tronc, le polype vivent, & les individus qui en sont séparés vivent également. On ne doit donc plus être surpris, si les feuilles mêmes sont susceptibles de fournir & de former des racines. Il n’en est pas tout-à-fait de ce procédé, comme de la bouture de la lentille d’eau ; elle végète sur la surface des eaux ; & par une opération spontanée, ses feuilles se détachent d’elles-mêmes ; chaque feuille détachée surnage, flotte, pousse des racines & de nouvelles feuilles qui se détachent à leur tour. Ici la nature fait tout ; là, l’art sollicite la réussite & aide à la nature.

Nous devons à l’excellent & patient observateur, l’illustre M. Bonnet de Genève, des expériences curieuses, qui prouvent que les feuilles peuvent se métamorphoser en plantes, & il en rapporte plusieurs exemples. Celles faites sur le haricot, le chou, la belle-de-nuit & la mélisse, méritent d’être citées.

Supposez un vase quelconque plein d’eau, couvert avec une petite planche trouée, ou avec du liège, &c. C’est par ces différens trous que l’on fait entrer le pétiole ou queue de la feuille, à la profondeur de quelques lignes dans l’eau. Ces trous servent encore à maintenir les feuilles dans une direction verticale ou au moins oblique ; enfin, à introduire de l’eau dans le vase à mesure qu’elle s’évapore ou qu’elle est imbibée par la feuille. Les feuilles du haricot ont commencé à faire des racines dix à douze jours après avoir été plongées dans l’eau. Ces racines sont sorties de presque tous les points de la surface du pétiole ; elles étoient nombreuses, assez longues, simples & blanches ; il y avoit lieu de s’attendre que des feuilles si enracinées vivroient long-tems ; cependant elles ont passé au bout d’une semaine environ. J’ai essayé d’en transplanter dans des vases pleins d’une terre préparée, mais elles n’y ont fait aucun progrès.

Les feuilles du haricot à bouquets incarnats, plongées dans l’eau par leur pétiole, y ont fait des racines, mais seulement à l’extrémité inférieure de ce dernier. Une feuille de cette espèce mise en expérience à la fin d’Août, avoit poussé le vingt-quatre Septembre plusieurs racines, dont une avoit environ trois pouces de longueur. Cette racine a cru de six lignes dans l’espace de vingt-quatre heures, le thermomètre, (voyez ce mot) de M. de Réaumur étant à dix-huit degrés. Le 14 Octobre la maîtresse racine s’étoit prolongée ; de petites racines en sortoient de tous côtés. D’autres racines, du nombre des principales, montroient à leur extrémité un renflement. Depuis cette époque, elle n’a pas fait de progrès sensibles, & vers le commencement de Décembre elle a perdu ses folioles. J’avois pourtant jeté dans le vase de la terre de jardin très-divisée, & qui a rendu l’eau fort trouble.

À l’égard des feuilles du chou, dont le pétiole a été plongé dans l’eau, elles ont commencé vers le 25 Septembre, c’est-à-dire, vingt-trois jours après avoir été mises en expérience, à pousser des racines. À l’extrémité de celui-ci, soit en dedans de la coupe, soit en dehors, il en a paru de nouvelles de jour en jour, & toutes ces racines se sont divisées & sous-divisées au point de remplir la capacité du vase.

Une des feuilles de belle de nuit qui avoient été plongées dans l’eau par leur pétiole, a commencé à prendre racine dans le même tems que celle du chou. Cette racine étoit très-blanche, fort unie, & de l’épaisseur d’un gros fil ; elle est sortie de l’extrémité du pétiole & du bord intérieur de la coupe. Ayant mesuré cette racine exactement, j’ai trouvé qu’elle s’est prolongée de trois lignes dans l’espace d’environ douze heures. Deux jours après, sa longueur alloit à deux pouces ; elle ne fit depuis aucun progrès, & le 20 Octobre la feuille avoit passé.

Quoique ces expériences soient jusqu’à présent plus curieuses qu’utiles, elles confirment la théorie des boutures, c’est-à-dire, la présence des mamelons ou petits boutons répandus sur toute la surface intercutanée de l’arbre, jusque même dans le pétiole des feuilles ; car personne ne doute, & l’expérience journalière le prouve, qu’un brin de baume des jardins, ou menthe, &c. mis dans l’eau, y pousse des racines, y végète, & que la plante ainsi formée, enterrée ensuite, continue à y végéter comme celle qui est venue de graine.

Sixième genre de boutures. Je dois à M. Descemet, médecin de la faculté de Paris, la connoissance de ce genre, & qui sera très-utile aux fleuristes, sur-tout des plantes liliacées. On appelle ainsi toutes les plantes à oignon qu’on nomme encore bulbe. (Voyez ces deux mots) Tous les oignons sont un composé de tuniques ou écailles appliquées les unes sur les autres, & attachées par leur base sur un bourrelet. C’est de ce bourrelet que sortent les cayeux (voyez ce mot) qui multiplient l’oignon. Il n’en sort pas toujours autant que le fleuriste le desire, sur-tout quand l’espèce est belle & rare ; mais s’il détache de l’oignon plusieurs de ces écailles, & qu’il les plante perpendiculairement dans une terre fine & bien préparée, & que cette terre ne soit point trop humide, il se formera un bourrelet à la partie inférieure de la tunique ; ce bourrelet jettera des racines ; il se formera de nouvelles tuniques ; enfin cette simple tunique deviendra un oignon parfait.

Septième genre de boutures. Dans les endroits où l’on craint les inondations, veut-on multiplier promptement les osiers, les peupliers, &c. non pour former des arbres, mais pour avoir beaucoup de broussailles ? prenez les pousses de l’année, flexibles & minces ; pliez-les sur elles-mêmes de la même manière que les apothicaires préparent les paquets de gramen ou chiendent, sans casser les branches ; vous aurez un petit fagot de huit à dix pouces de longueur ; & avec l’extrémité d’une des branches, liez-le tout-autour sans trop le serrer ; enterrez ce petit fagot de manière qu’il n’excède le sol que d’un ou deux pouces tout au plus, & au printems il poussera une quantité étonnante de jeunes bois. Pour peu qu’on les multiplie, on est sûr de former en peu de tems une oseraie bien fournie.

V. Des soins que les boutures exigent. Il ne s’agit pas ici de ces boutures grossières, telles que celles du saule, du peuplier, &c. ; elles n’exigent aucun soin particulier ; la nature fait tout : il n’en est pas ainsi de celles des arbres plus délicats.

Les boutures faites avant l’hiver, n’ont pas besoin d’être arrosées avant le printems, à moins que l’on n’habite nos provinces méridionales. Si l’on couvre la terre avec de la mousse, de la paille hachée, on empêche l’évaporation de l’humidité ; mais les effets de la gelée seront plus sensibles avec la mousse, à cause de l’humidité qu’elle retient. Pendant le grand froid, il sera prudent de les couvrir avec de la paille hachée, ainsi que les tiges, afin de donner de l’air autant qu’on le pourra, crainte de la moisissure & de la pourriture. Il ne faut pas non plus que les boutures soient exposées à un grand courant d’air ; il dessèche la tige, fait évaporer l’humidité qu’elle contient : des paillassons préviendront cet inconvénient, & serviront même quelquefois, si le besoin l’exige, à les garantir de certains coups de soleil trop ardens. Si la bouture est foible & délicate, elle demande un tuteur, afin de n’être point ébranlée & détachée de la terre.

Règle générale & indispensable ; toutes les fois que l’on met en terre une bouture, on doit la couper à un ou deux pouces au plus au-dessus du niveau du sol, c’est-à-dire, lui laisser un ou deux yeux non-enterrés. La plaie faite par l’amputation sur la tige, sera aussitôt couverte d’onguent de S. Fiacre. (Voyez ce mot) On sent aisément sur quoi cette loi est fondée. La bouture n’est entretenue fraîche que par son union avec la terre ; or, la partie qui resteroit hors de terre seroit desséchée par les vents, par le soleil, puisqu’il n’existe encore aucune racine pour faire monter la séve jusqu’au haut de la tige, & aucune feuille sur la tige pour la faire descendre à l’endroit des racines. Si on suppose actuellement que quelques racines commencent à pousser, les sucs qu’elles pomperont de la terre ne seront pas suffisans pour monter jusqu’au sommet de la tige, sur-tout lorsque le hâle a oblitéré les canaux conducteurs de la séve. Au contraire, en coupant la tige à un œil ou deux au-dessus du sol, l’humidité de la terre entretient fraîche la partie saillante, & la séve se porte directement & sans peine, au premier ou au second bouton. Pour vérifier ce fait, j’ai mis en terre cinquante boutures de platanes ; quarante-huit sont restées dans toute leur longueur, & deux ont été coupées près de terre. Les quarante-six sont mortes, les deux autres ont poussé au sommet un bourgeon maigre & grêle, tandis que les deux boutures coupées ont poussé des bourgeons de quatre à cinq pieds de longueur. J’ai répété la même opération sur des oliviers, & le résultat a été le même. Il est inutile de dire que les soins donnés à ces boutures ont été uniformes, & que toutes ont été plantées dans un terrain égal.

En terminant cet article, il est bon de rapporter la cause d’une contestation au sujet de la manière de préparer les boutures, & dont certains papiers publics s’occupèrent il y a quelques années. La question se réduisoit à savoir, s’il falloit tailler en pointe les boutures, en laissant un côté franc avec l’écorce, ou s’il falloit tailler l’extrémité inférieure parfaitement circulaire. Il ne s’agissoit que de s’entendre, & les deux méthodes sont bonnes. Si la bouture est d’un bois commun, comme le saule & le peuplier, & qu’il faille l’enfoncer profondément en terre, il est presque indispensable, pour accélérer l’opération, de tailler en pointe le plançon ou plantard, parce que taillé circulairement à sa base, il resteroit peut-être des vides au fond du trou qu’on avoit préparé pour le recevoir ; d’ailleurs, celui qui est taillé en pointe s’enfonce plus aisément, plus profondément ; & si en descendant, il trouve un obstacle, comme une pierre, &c. il est facile de l’éviter en tournant la pointe du plançon du côté opposé à la pierre ; mais si la bouture est d’un bois délicat, si elle est mise dans une terre légère, alors la coupe circulaire à la base a l’avantage de présenter plus d’écorce, par conséquent moins de parties du bois seront à découvert ; il y aura plus d’écorce, & par conséquent plus de place pour former le bourrelet, & plus de bourrelet pour pousser des racines.

Les jardiniers pépiniéristes appellent boutures, les branches qui sortent de terre au pied de l’arbre. Les unes naissent du tronc, les autres des racines, Elles sont nommées ainsi, parce qu’elles poussent des racines, & qu’en les séparant & les mettant dans la terre, elles reprennent & forment des sujets pour la greffe. Tels sont les pommiers, les pruniers. Ces boutures se manifestent communément sur les vieux arbres, parce que la force de la séve n’est pas assez active pour monter entiérement dans les branches. Il y a alors plus de séve descendante que de séve ascendante. La quantité qui se trouve rassemblée à la base de l’arbre, est obligée, ou d’y pourrir, ou de se porter vers les boutons ou mamelons répandus sous toute l’écorce de l’arbre. Alors un ou plusieurs boutons percent l’écorce ; il pousse, s’alonge & forme une branche nommée bouture.

Si la bouture naît sur le tronc, il faut déchausser celui-ci, & couper la bouture ras du tronc ; il en est ainsi pour la bouture qui pousse des racines. Les pêchers greffés sur pruniers, sont fort sujets à en produire, ainsi que les poiriers & les pommiers greffés sur coignassiers & sur paradis. Si l’arbre ne mérite pas la peine d’être conservé, on peut laisser pousser ces boutures ; on sera bien aise de les avoir l’année suivante. En les mettant en pépinière, elles donneront des sujets.