Cours d’agriculture (Rozier)/CHARBON ou ANTHRAX

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Hôtel Serpente (Tome troisièmep. 27-34).


CHARBON ou ANTHRAX, Médecine rurale. Le charbon est une tumeur rouge, dure, ronde, élevée ou plate, & qui fait ressentir une douleur brûlante au malade : on remarque à son sommet une ou plusieurs petites vessies qui deviennent promptement noires & cendrées.

Le charbon naît sur toutes les parties du corps, dans la peau seulement. On en distingue trois : le simple, le compliqué, & le pestilentiel.

Le charbon a son siége dans les glandes de la peau : le simple est le produit des lueurs rentrées indiscrétement & qui s’altèrent dans les glandes de la peau ; le compliqué vient avec les fièvres malignes. Dans ce dernier on remarque des cercles violets & noirs autour de la tumeur, & la gangrène ne tarde pas à s’en emparer. (Voyez Peste, pour le charbon pestilentiel).

Le charbon simple est toujours une maladie qui exige de prompts secours à l’extérieur & à l’intérieur.

À l’intérieur, il faut faire boire abondamment au malade de l’eau de bourrache & de veau, le faire saigner du pied, proportionner ces moyens à la force de la fièvre & des douleurs, le faire vomir pour débarrasser l’estomac des matières corrompues qui alimentent le foyer du charbon.

À l’extérieur ; il faut sans tarder, après l’emploi de ces moyens, toucher le sommet de la tumeur avec la pierre à cautère, afin de brûler cette partie & occasionner une escarre ; panser ensuite avec un digestif ordinaire, le baume d’arceus, le baume vert & la poudre de térébenthine pour cicatriser la plaie. (Voyez Fièvre maligne, pour le charbon compliqué, & Peste, pour le charbon pestilentiel.) M. B.

Charbon, Médecine vétérinaire. L’inflammation la plus vive & la plus prompte à dégénérer en abcès de mauvaise qualité ou en gangrène, constitue le caractère essentiel des tumeurs inflammatoires auxquelles nous donnons le nom de charbon, sans doute à cause de la vive chaleur dont elles sont accompagnées.

Le bœuf y est beaucoup plus exposé que le cheval.

Nous en distinguons de deux espèces : le charbon simple, & le charbon malin ou pestilentiel.

Une élévation sensible & prompte sur la peau de l’animal, accompagnée d’une grande chaleur, caractérise le commencement du charbon simple ; peu de temps après, le milieu de la tumeur s’affaisse, devient moins sensible & douloureux, & se remplit d’une humeur plus ou moins sanieuse, ensuite la gangrène s’y manifeste si l’on n’y remédie, & les bords de la partie gangrenée restent durs & enflammés pendant quelque temps. Pendant tout le cours de la maladie, les fonctions vitales languissent un peu, sans que les fonctions de l’estomac souffrent une altération bien marquée, car le bœuf rumine & mange ; mais nous avons observé que le cheval paroît un peu plus affecté, puisqu’il est dégoûté, & qu’il refuse même toute espèce d’alimens.

Le charbon simple ne se communique pas communément d’un bœuf qui en est attaqué, à un bœuf sain, & encore moins d’un bœuf affecté, à un cheval, à un âne ou à un mouton qui jouissent d’une bonne santé.

Le trop long séjour dans des étables ou des écuries mal-propres & mal construites, les mauvaises qualités des eaux & des alimens, la trop grande chaleur de l’atmosphère, & la disposition particulière de l’animal, sont les principes ordinaires du charbon simple.

Douze heures après l’apparition de la tumeur, il faut faire le poil & appliquer sur la partie un onguent fait avec demi-once de mouches cantharides, & autant d’euphorbe, incorporées dans trois onces d’onguent de laurier : ce remède est-il sans effet, on doit alors pratiquer dans différens endroits de la tumeur, de profondes scarifications, & appliquer de nouveau les vésicatoires, en ayant soin de les faire entrer dans les incisions, & augmenter l’action de l’onguent, en présentant à la partie une pelle chauffée au point de rougir. L’escarre étant tombée, on panse l’ulcère avec le digestif animé avec l’eau-de-vie camphrée, jusqu’à parfaite guérison.

Le charbon de la seconde espèce, c’est-à-dire, le charbon pestilentiel, s’annonce par le dégoût, la perte d’appétit, le tremblement, l’abattement des forces musculaires, la fièvre, & par une chaleur assez manifeste aux oreilles, aux cornes, au front, aux extrémités, qui précède l’éruption, & qui persiste quelquefois après l’éruption. D’autre fois, cette chaleur ne se manifeste que dans l’endroit où la tumeur doit se montrer, par l’inflammation de la membrane pituitaire, si la tumeur doit se former sur la mâchoire antérieure ; par la chaleur interne de la bouche, si, au contraire, elle établit son siége sous la ganache ; en un mot, la seule partie du corps qui se montre le plus chaude, est en général & toujours le siége de la tumeur. Elle est dans peu si fortement engorgée, tendue & tuméfiée par l’abord & l’affluence de l’humeur, que tout passage est interdit au sang & aux esprits, de manière que la mortification s’empare promptement de la partie, ce qui arrive quelquefois au bout de vingt-quatre heures. Quoi qu’il en soit, toutes ces variations, tous ces changemens, tous ces efforts doivent être regardés comme des mouvemens & des ressources que la nature emploie pour se débarrasser de l’ennemi qui l’opprime ; mais souvent trop foible, elle ne peut triompher de la surcharge, & cette foiblesse indique alors au vétérinaire la marche qu’il a à tenir, pour seconder son action & ses vues.

Dès l’apparition de la tumeur, il faut procéder sur le champ à l’amputation : c’est le vrai moyen d’enlever la matière morbifique, & de ne se point mettre dans le cas de voir disparoître le charbon, comme nous l’avons vu arriver assez souvent, pour se montrer sur d’autres parties du corps, tant internes qu’externes ; la suppuration qui se forme alors est louable, & produit très-rarement la destruction des parties voisines. L’amputation faite, on doit toucher les taches, qui sont des taches de gangrène, au moyen du cautère actuel, autrement dit le feu ; laisser séjourner le fer chaud sur la partie, jusqu’à ce que les particules ignées aient atteint les parties vives ; panser ensuite l’ulcère avec un onguent antiputride de deux onces de stirax, de deux drachmes essence de térébenthine, & d’une drachme de quinquina en poudre. Ce traitement extérieur étant fait, on passe au traitement interne. Celui-ci est dicté par l’état des parties extérieures : ainsi, la tumeur tend-elle à suppurer, ou l’ulcère suppure-t-il, les breuvages d’une once de thériaque, de demi-livre de décoction d’oseille, & de demi-once de camphre dissous dans l’eau-de-vie ou l’esprit-de-vin, suffisent pour entretenir la détermination de la matière du centre à la circonférence. La suppuration est-elle imparfaite, le pus est-il sanguinolent : est-il dissous & fétide, il convient alors d’avoir recours aux breuvages d’assa-fœtida, de gomme ammoniac, à la dose de demi-once de chaque, bouillie dans une livre de bon vinaigre. La mortification fait-elle des progrès, malgré tous ces remèdes, les anti-gangreneux, tels que le quinquina, l’hipécacuanha, le camphre dans une décoction de baies de genièvre macérées dans le vinaigre, doivent être administrés. Séparée des parties saines & vives, la plaie demande d’être pansée avec le digestif plus ou moins animé, suivant les cas & les circonstances, & cela jusqu’à parfaite cicatrisation : les dessiccatifs sont proscrits. L’ulcère cicatrisé, on achève la cure par la médecine suivante : une once de feuilles de séné, sur laquelle on jette une livre d’eau bouillante, & à laquelle on ajoute une once d’aloës & deux drachmes de camphre, afin d’entraîner au dehors un reste d’humeur, qui peut avoir été apporté dans le sang par les vaisseaux absorbans de l’ulcère.

Ce qui caractérise essentiellement cette espèce de charbon, c’est qu’il est épizootique, & qu’il se transmet facilement à un animal sain. Si un bœuf, qui en est atteint, communique avec un troupeau de bœufs ou de vaches, aussi-tôt la contagion gagne, & la plupart de ces animaux sont infectés, quoiqu’ils habitent un ciel pur, qu’ils mangent d’excellens fourrages, qu’ils boivent de la bonne eau, & qu’ils habitent des étables propres. L’homme contracte également le charbon, pour avoir touché seulement un animal semblable. En 1776, un paysan d’une paroisse de notre département, après avoir tué un bœuf atteint de ce mal, & dont le foie & les poumons se trouvoient viciés, fut attaqué d’un charbon au bras droit, accompagné d’une fièvre aiguë, avec vomissement & diarrhée putride, qui lui donna la mort dans trois jours ; un autre & deux chiens moururent le second jour, pour avoir mangé de sa chair. Tous ces exemples ne devroient-ils pas bien rendre les habitans de la campagne un peu plus attentifs aux dangers de la contagion ? M. T.

Charbon à la langue, Médecine vétérinaire. Cette maladie se manifeste par une vessie à la langue, qui en occupe tantôt le dessous, tantôt le dessus, & quelquefois les côtés. Elle est d’abord blanche, ensuite rouge, & en très-peu de temps elle devient livide & noire. Elle augmente considérablement en grosseur, & dégénère en ulcère chancreux, qui ronge toute l’épaisseur de la langue, ce qui conduit l’animal à la mort ; le mal est si prompt, qu’en moins de vingt-quatre heures, on voit quelquefois le commencement, les progrès & la fin de la maladie. Aucun signe extérieur ne l’annonce, il n’y a que l’inspection de la langue qui la fasse connoître ; ce qu’il y a de surprenant, c’est que l’animal mange, boit, fait toutes ses fonctions comme à l’ordinaire, jusqu’à ce que la langue soit tombée par pièces & par lambeaux.

Ce mal attaque les ânes, les mulets, les chevaux & les bœufs. Il se communique non-seulement par le contact immédiat de l’humeur qui sort de la plaie, mais encore par les instrumens dont on se sert pour la panser. Comme il est épizootique & très-contagieux, le premier soin est de s’occuper d’abord d’administrer aux animaux sains, les remèdes préservatifs. Dans cette intention, la saignée à la veine jugulaire est indiquée. Cette opération doit être suivie des lotions fréquentes à la langue, de boissons acidules nitrées & de parfums. Ces lotions consistent dans du vinaigre, du poivre, du sel, de l’assa-fœtida concassé, dont on frotte la langue & toutes les parties de la bouche. Quelquefois il est bon d’ajouter à chaque lotion, une demi-once de sel ammoniac, suivant les circonstances. Les boissons doivent être de l’eau blanchie, suivant la méthode que nous avons prescrite (Voyez Boisson), à laquelle on ajoute une once de cristal minéral, & du fort vinaigre, jusqu’à une certaine acidité. Les parfums ne sont autre chose, que l’évaporation du vinaigre sur des charbons ardens, dans les écuries, ou bien de trois poignées de baies de genièvre macérées dans le vinaigre, & exposées sur un réchaud.

Dans les lieux où la contagion est extrême, les breuvages composés de deux poignées de rue infusées dans demi-pinte de bon vin, auquel il faut ajouter quelques gousses d’ail, des baies de génièvre, & trois drachmes de camphre pour chaque breuvage, ne doivent point être oubliés.

Quant aux animaux malades, le traitement est différent ; la saignée est proscrite ; les mêmes parfums sont indiqués : & en ce qui concerne le charbon, nous croyons qu’il est préférable & plus sûr de l’emporter avec le bistouri ou des ciseaux, que de le ratisser simplement, ainsi qu’on le pratique ordinairement. La tumeur emportée, on étuve cinq à six fois par jour, la partie & la langue entière, avec de la teinture de myrrhe ou d’aloës, ou avec de l’eau-de-vie chargée de sel ammoniac & de camphre, à la dose de demi-once de l’un & de l’autre, sur demi-livre de cette même eau. Le camphre s’y dissout insensiblement, en triturant peu à peu dans un mortier, & en augmentant la dose d’eau-de-vie, à mesure que la dissolution se fait. Du reste, des lotions faites avec le vinaigre, dans lequel on a délayé de la thériaque, & ajouté un peu d’eau-de-vie camphrée, sont aussi très-bien indiquées. Il est même nécessaire d’en faire avaler à l’animal un demi-verre chaque fois qu’on le panse, car nous ne saurions nous persuader que, dans la circonstance d’une maladie dont les effets sont si rapides & si cruels, puisque la langue des animaux peut être rongée & tombée en moins de vingt-quatre heures, il suffise de la traiter par des remèdes extérieurs : aussi trouvons-nous à propos de prescrire des breuvages à donner à l’animal, dans le cours de la maladie, lesquels consistent à prendre deux onces de racine d’angélique, de la faire bouillir dans deux livres de bon vinaigre, jusqu’à diminution d’un tiers, d’ajouter à la colature deux onces de thériaque, de partager ce breuvage en deux doses, dont une est donnée le matin à jeun, & l’autre le soir, ayant soin de bien couvrir les malades pendant l’effet du remède : par ce moyen, on n’a point à redouter que le mal ait des retours, quelquefois d’autant plus funestes qu’il se présente ensuite sur d’autres parties, & sous une forme différente, ainsi que nous en avons été convaincus par l’expérience. Il importe, au surplus, de bien panser & de bien étriller les animaux, tant sains que malades, d’en visiter plusieurs fois le jour la bouche, pour juger de son état ; car cette espèce de charbon, nous le répétons, ne s’annonce par d’autres signes extérieurs, que par la seule inspection de la langue. M. T.

Charbon Musaraigne, Médecine vétérinaire. Cette espèce de charbon est particulière au cheval & au mulet. Il commence par une petite tumeur non circonscrite, qui a son siége à la place du bubon, c’est-à-dire, aux glandes inguinales, à la partie supérieure & interne de la cuisse, lequel dégénère en gangrène si l’on n’y remédie promptement. Il diffère du vrai bubon & des autres abcès, en ce qu’il ne suppure point. Les vaisseaux lymphatiques de la partie sont très-gonflés, & le tissu cellulaire est plein d’une humeur lymphatique épaisse, grumeleuse & noirâtre ; la jambe & la cuisse sont souvent enflées : cet état est accompagné de dégoût, de tristesse, d’abattement & de frissons.

Le plus sûr moyen de remédier à ce mal est de scarifier promptement & profondément, de répandre d’abord dans les scarifications, de l’essence de térébenthine, & de panser ensuite la plaie avec le digestif animé. Si, en scarifiant, il arrive que l’on coupe une artère ou une veine considérable, il faut appliquer sur l’ouverture du vaisseau, de l’amadou, ou bien une pointe de feu, pour se rendre maître du sang ; fomenter la jambe, si elle est enflée, avec une décoction de feuilles de sauge & de sureau ; donner pour toute nourriture & pour boisson de l’eau blanche nitreuse ; ensuite administrer par degrés insensibles, du son, de la paille & du foin ; faire prendre, les quatre premiers jours de la maladie, deux breuvages, l’un le matin, l’autre le soir, composé de deux onces de nitre, demi-once de camphre, de deux onces de miel, dans environ une livre de décoction d’oseille, & tenir le malade dans une écurie sèche, ni trop chaude, ni trop fraîche.

Les accidens du charbon musaraigne sont si rapides, que les maréchaux l’attribuent à la morsure d’une bête venimeuse, qu’ils soupçonnent être la musaraigne. Cet animal ressemble plus à la taupe qu’à la souris ; son nez est plus alongé que ses mâchoires ; ses yeux sont cachés & plus petits que ceux de la souris ; ses pieds sont munis de cinq doigts ; sa queue, ses jambes & sur-tout les jambes de derrière, sont plus courtes que celles de la souris : d’ailleurs il a les oreilles & les dents de la taupe ; la grandeur de sa bouche, la situation, la figure de ses dents, le mettent dans l’impossibilité de mordre le cheval & le mulet ; il est donc faux que la musaraigne soit dangereuse. M. la Fosse en a eu la preuve contraire dans la dernière guerre de Westphalie : la quantité de ces animaux étoit si prodigieuse, que le soldat sous la tente ne pouvoit dormir : on les voyoit parler & repasser à tout moment sous les chevaux, sans qu’il en arrivât le moindre mal, & sans même que l’on fît attention à ce prétendu danger. Les principes les plus communs de cette maladie doivent, au contraire, être rapportés à la dépravation des humeurs, aux mauvaises qualités de l’air, des alimens & de la boisson, aux exercices outrés, au trop grand repos, & au long séjour dans les écuries mal-saines & mal construites. M. T.

Charbon des Moutons, Médecine vétérinaire. Cette maladie est enzootique, & paroît particulière aux moutons & aux brebis de certaines provinces, telles que la Provence, le Languedoc & le Roussillon.

Elle est quelquefois compliquée avec la clavelée, (Voyez ce mot) ce qui la rend presque toujours mortelle. Elle se manifeste d’abord sur ces animaux, aux parties dénuées de laine, telles que le ventre, l’intérieur des cuisses, des épaules, au col & sur les mamelles, par un gros bouton dur & âpre, dont le centre est noir, qui fait bientôt des progrès sensibles, & parvient à la grandeur d’un écu de six livres, & même plus. Vers le milieu, & tout autour de cette tumeur enflammée, il s’élève des vessies remplies d’une sérosité âcre, caustique, qui, en coulant, fait l’effet d’un corrosif sur les tégumens, & communique le mal aux parties voisines ; quelquefois les environs de cette tumeur sont de couleur livide, & donnent des marques visibles de la gangrène. Ce mal est toujours contagieux parmi les moutons, & rarement il est sans fièvre ; le plus souvent il en est accompagné, & lorsque cela arrive, l’animal est abattu, dégoûté, ne rumine plus, & meurt quelquefois le second jour ; la mort arrive surtout lorsque le charbon s’affaisse tout à coup, ou qu’il fait des ravages dans l’intérieur de l’animal.

Le danger de ce mal est relatif à l’intensité des symptômes, sur-tout de la fièvre, & à la partie qui en est attaquée. Plus le charbon est éloigné du centre ou des parties essentielles à la vie, moins il est dangereux.

Le peuple des environs de Perpignan attribue la cause de cette maladie à l’usage des eaux dans lesquelles les perdrix ont bu, & s’imagine que lorsque les moutons vont boire après elles dans quelque fosse où l’eau a séjourné quelque temps, c’est alors qu’on l’observe dans les troupeaux. Cette opinion est un préjugé populaire sans fondement ; mais il y a apparence que la vraie cause de ce mal existe ou dans les eaux corrompues, ou dans les herbes chargées de quelque principe vénéneux.

Lorsque le charbon se manifeste, il faut le scarifier avec un bistouri ou un canif, pour le faire dégorger & empêcher les progrès de la gangrène ; le cerner ensuite avec l’esprit de vitriol, ou le beurre d’antimoine, & étuver la partie avec de l’eau-de-vie camphrée, ou bien avec une décoction de rue ou de quinquina, ou une infusion de sabine, & de sauge saturée de sel ammoniac, dans du bon vin ; toucher toutes les parties livides avec l’esprit de vitriol, faciliter la chute de l’escarre avec du beurre ; & l’escarre tombée, panser la plaie avec le digestif ordinaire ; laver toujours la plaie à chaque pansement avec du vin chaud ; donner dans le cours de la maladie, si la fièvre n’est pas forte, des breuvages de deux drachmes d’extrait de genièvre, dans un verre de vin, & terminer la cure par un purgatif de deux drachmes de feuilles de Séné, de pulpe de tamarin, & de Sel de nitre, sur lesquels on verse environ demi-livre d’eau bouillante. On peut encore Substituer aux scarifications, la méthode que nous avons indiquée pour le charbon pestilentiel des bœufs, c’est-à-dire, l’amputation de la tumeur : elle nous paroît même préférable, parce qu’elle n’est point Sujette aux inconvéniens des remèdes escarrotiques, & que d’ailleurs le délabrement & la douleur qui résultent de l’amputation, ne sont rien en comparaison du danger & des progrès qu’entraîne ordinairement avec lui un charbon qui rentre dans l’intérieur. M. T.