Cours d’agriculture (Rozier)/CHIEN

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Hôtel Serpente (Tome troisièmep. 285-293).
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CHIEN, Économie Rurale. Quand M. de Buffon a dit que le premier art de l’homme a été l’éducation du chien, & le premier fruit de cet art, la conquête & la possession paisible de la terre, il me semble qu’il a oublié le fruit bien plus précieux que toutes ses conquêtes, celui de l’acquisition d’un ami, dans lequel il trouve sans cesse un compagnon fidèle, un aide adroit & industrieux, & un défenseur courageux & prêt à chaque instant à sacrifier ses jours pour les siens. Voilà, je crois, le vrai point de vue sous lequel il faut considérer le chien. Cet être, le chef-d’œuvre & le plus parfait des animaux, puisqu’il réunit une espèce d’esprit, beaucoup de mémoire, & plus que tout cela, du sentiment. Au-dessous de l’homme, parce qu’il ne jouit pas, comme lui, de ce rayon lumineux, de cette ame intellectuelle, qui le sépare des brutes & le rapproche de la divinité ; il est à la tête de la classe immense des animaux, & il semble leur être infiniment supérieur. Quoi de plus beau, de plus régulier, qu’un chien de belle race, & que la domesticité n’a pas fait dégénérer ! Forme élégante & agréable, belle robe, couleur tranchante, souplesse réunie avec la vigueur des membres, la tête haute & l’air courageux. Mais c’est trop peu de le distinguer par des beautés extérieures que le temps, l’éducation, les hasards détruisent & changent nécessairement. Il en est que rien n’efface dans le chien, ce sont ses qualités intérieures. Orgueilleux, fier vis-à-vis des autres animaux, ennemi déclaré de quelques-uns, ou par nécessité ou pour notre plaisir ; terrible même pour ceux qui le surpassent en force & en grandeur ; avec l’homme, c’est un ami qui, pour lui plaire, n’a plus de fierté & de hauteur, qui cherche sans cesse à captiver son attachement par une espèce d’abnégation totale de soi-même ; il n’a plus de volonté, ou plutôt il n’en a qu’une, & qui se renouvelle à chaque instant, celle de servir son maître & de lui prouver son amour. Cette idée l’occupe sans cesse, elle dirige ses actions, anime ses mouvemens, enfante ses talens & développe son esprit.

Aimer & chercher à l’être, voilà son but ; obéir, travailler, souffrir, combattre, mourir, enfin, au service & pour son maître, voilà sa félicité. Ce n’est pas par intérêt qu’il agit ; un meilleur traitement, une nourriture plus abondante ou plus délicate, ne sont pas le but de ses actions ; un regard, un sourire qui annonce qu’il n’est pas indifférent, est sa récompense la plus flatteuse. Son maître, son ami est un ingrat, qui oublie ses services, qui est insensible à son dévouement, qui ne voit en lui qu’un vil esclave qu’il a dompté, & qu’il nourrit pour en être servi : n’importe, son maître est son maître, son ami est son ami ; ce n’est que pour lui seul qu’il vit. Il ne calcule pas si la reconnoissance équivaudra le bienfait ; il a rendu le bienfait, cela lui suffit : quel exemple pour l’homme ! Est-il aimé, au contraire, il croit toujours n’en pas faire assez ; il n’a pas assez de facultés pour témoigner, pour prouver son plaisir. Gestes, actions, regards, voix même, tout parle en lui, tout dit qu’il est heureux. A-t-il déplu par une faute qu’il n’a pu prévoir ? voyez avec quelle soumission il s’approche pour en recevoir le châtiment ; il souffre sans murmurer, il oublie aussitôt les mauvais traitemens qu’il vient de recevoir ; il en profite pour se corriger, pour mieux faire, & trouve encore un nouveau moyen de plaire, par son redoublement d’exactitude & de docilité. La main qui l’a frappé semble lui devenir plus chère, & loin que les justes châtimens aigrissent son caractère & l’éloignent de son maître, il excuse sa sévérité, craint de la renouveler, & s’attache davantage à lui.

Quel est l’animal qui réunisse tant de qualités faites pour être chéries & même adorées ! Pardonnons donc à l’homme de payer quelquefois d’un retour si marqué, d’une préférence presque exclusive, tant de soins, tant de sagacité, tant de talens, tant de services ; disons tout, tant d’amour. Que l’on traite les autres animaux en raison des services qu’ils nous rendent ; ce sont des mercenaires, des esclaves, si l’on veut ; il est de notre intérêt de veiller sur leur conservation, ils sont une partie de nos biens & de notre fortune ; mais il est bien doux de voir dans le chien, un ami qui nous aime pour nous, pour notre personne, pour nos plaisirs : le bien-être qu’il trouve dans notre société, n’entre pour rien dans son calcul. Le malheureux qui doit sa subsistance quelquefois à la générosité, souvent à la pitié que la vue de sa misère inspire, & presque toujours à l’importunité que la nécessité cruelle fait mettre dans ses demandes, partage encore son insuffisante nourriture avec son chien ; il vit avec lui, ils existent ensemble ; son chien le conduit, le flatte & le console, & ses caresses allègent son infortune. Qui m’aimera dans le monde, si vous m’otez, mon chien ! s’écrioit un pauvre abandonné de tout l’univers, qui partageoit avec lui le morceau de pain qu’on lui donnoit, & duquel on exigeoit le sacrifice de son compagnon de peines & de souffrances. Se pliant à tous les caractères, docile à toutes les impressions, il se conforme à toutes les habitudes de son maître ; ses travaux & ses plaisirs sont les siens, & il les partage autant qu’il est en lui.

Mais l’homme veut-il bien lui céder une partie de son empire sur les animaux ? dès cet instant, ennobli, pour ainsi dire, par cette confiance, il commande, il règne par sa vigilance & son exactitude ; son maître dort tranquillement, & se repose sur lui du soin de son troupeau : le chien veille, & comme le dit M. de Buffon, avec tant d’énergie & de vérité, « la sureté, l’ordre & la discipline sont les fruits de sa vigilance & de son activité ; c’est un peuple qui lui est soumis, qu’il protège, & contre lequel il n’emploie jamais la force que pour y maintenir la paix ».

Nous ne nous arrêterons pas ici à faire l’histoire naturelle du chien, sa description anatomique, la généalogie de ses différentes espèces & variétés : on peut consulter l’ouvrage de M. de Buffon, sur les animaux, tome V ; on ne peut rien désirer sur ces divers articles après l’avoir lu. Mais il est deux espèces de chiens, dont nous devons parler, le chien de berger, le chien de basse-cour. Tous les deux habitent la campagne avec l’homme ; tous les deux y partagent son empire. Il est donc essentiel que nous tracions ici le sableau des qualités qu’ils doivent avoir pour que l’on puisse compter sur leur service. Nous y aurions joint celui du chien de chasse, si notre plan n’étoit de ne pas nous occuper de cet amusement champêtre.

Le chien de berger, ainsi nommé parce qu’il sert à la garde des troupeaux, est, de toutes les espèces de chiens, le plus commode à l’homme ; il évite les soins continus & fatigans de la vigilance, les cris, les allées, les venues que seroit obligé de faire un berger en conduisant ses troupeaux. Instruit par ses leçons, & docile à sa voix, c’est un nouveau maître qui, fier de la portion d’empire qu’on lui donne, mérite de plus en plus la confiance, par ses soins toujours renaissans. Il rassemble le troupeau, le ramène près de son conducteur, défend les blés, les vignes, que les moutons auroient bientôt dévastés, s’il leur étoit permis de vaguer çà & là. Dans les pays de plaine, & découverts, où l’on n’a rien à craindre des loups, le chien de berger, plus connu sous le nom de chien de Brie, est plutôt le conducteur, que le défenseur du troupeau ; aussi cette race est-elle plus petite que celle des mâtins. Ces chiens ont les oreilles courtes & droites, & la queue dirigée horizontalement en arrière, ou recourbée en haut, & quelquefois pendante ; le poil long sur tout le corps ; le noir est la couleur dominante. En général, ce n’est pas par la beauté que cette espèce de chien est recommandable ; mais ce léger défaut est bien racheté par ses talens & son industrie. Dans les pays de bois & de montagnes, où les loups sont communs, & font des ravages, on ne doit pas confier le soin du troupeau à un simple guide ; il faut lui donner des défenseurs. Choisissez donc à la place du chien de Brie, ou plutôt, unissez-lui un chien de forte race, vif, hardi, & capable d’attaquer & de terrasser le loup. Vous trouverez ces précieuses qualités dans les mâtins de grosse taille, dont le poil est fourni & épais, les yeux & les narines noirs, les lèvres d’un rouge obscur ; la tête forte, les oreilles pendantes, les dents aiguës, le front & le col gros ; les jambes grandes, les doigts écartés, les ongles durs & courts ; en un mot, tout le corps bien formé. Rarement ces chiens qui réunissent toutes ces qualités extérieures, sont-ils paresseux & lâches, surtout si vous les empêchez de chasser, que vous les nourrissiez toujours avec le troupeau aux champs & à la maison. Du gros pain doit être leur nourriture. Il faut de bonne heure les former au combat, les exciter quelquefois à se battre ; mais sans permettre que le plus foible soit tout-à-fait vaincu, de peur qu’il ne se rebute & se décourage. Que son col soit toujours armé d’un collier de cuir garni de pointes de clous. Surtout si vous prenez un loup, que ce soient vos chiens de troupeau qui les étranglent & les déchirent ; caressez-les ensuite, encouragez-les, c’est un moyen sûr pour qu’ils ne le craignent pas dans les champs, qu'ils le poursuivent & l’attaquent jusque dans sa retraite.

Le chien de basse-cour a un soin plus noble & plus relevé, celui de défendre son maître & de protéger ses possessions ; il semble croire que tout ce qu’il garde est à lui. Il le veille comme son propre bien : lorsque tout le monde se repose sur sa vigilance, lui seul ne se repose sur personne ; l’oreille perpétuellement au guet, le moindre bruit l’inquiète, les soupçons naissent. Apperçoit-il, sent-il seulement des étrangers passant auprès de sa maison ? il les découvre & les annonce par ses aboiemens ; veulent-ils forcer le passage ? il s’élance contr’eux avec fureur, & les combat avec intrépidité, tandis que ses cris sèment l’alarme & avertissent du danger : ni le nombre ni la force ne l’épouvantent, il périra plutôt que de trahir son maître, & se croira trop heureux de mourir en défendant ses intérêts.

Les chiens que vous destinez à la garde de la maison, doivent être forts & vigoureux ; la tête alongée, le front aplati, le corps renversé ; les jambes nerveuses, la gueule grande & fendue, le col court & gros ; les yeux noirs & étincelans, les épaules larges, la voix haute & épouvantante : ajoutez qu’il soit de bonne guette, le sommeil léger, le caractère posé & non vagabond ; enfin médiocrement cruel : le courage tient souvent à cette dernière qualité.

On peut le nourrir avec du pain d’avoine ou de gros seigle, & en général, avec tout ce qui sort de la cuisine. Sa loge doit être placée à côté ou en face de la porte par où l’on passe le plus ; le jour on le tient exactement à l’attache, & on le lâche la nuit. M. M.


Chien, Médecine vétérinaire. Cet animal ne vit point de végétaux ; s’il mange quelquefois le chiendent, ce n’est que pour se purger. Cependant si la faim le presse, il arrache de terre les raves, mange des fruits, & il est très-avide de ceux qui tombent du mûrier, lors de leur maturité. Il n’est même pas rare, à cette époque, de voir les chiens de paysans, ordinairement fort maigres, s’engraisser complètement en quinze à vingt jours. Sa langue est un excellent détersif. Jamais ses plaies n’ont des suites fâcheuses, quand il peut se lécher.

Nous allons traiter au long de cet animal.


CHAPITRE PREMIER. De la variété des Chiens, de leurs allures & de leurs défauts ; des proportions du Chien de berger.
CHAP. II. De l’accouplement, de l’accouchement ; des soins que l’on doit avoir des jeunes Chiens, jusqu'au temps de les dresser ; & de leur éducation.
CHAP. III. Du chenil.
CHAP. IV. De l’âge du Chien, de la durée de sa vie, de son utilité après sa mort.
CHAP. V. Des maladies auxquelles il est sujet.


CHAPITRE PREMIER.

De la variété des Chiens, de leurs allures & de leurs défauts, des proportions du Chien de berger.


I. De la variété des Chiens. M. de Buffon rapporte trente variétés de chiens, sans celles, dit-il, qu’il ne connoît pas. De ces trente, il y en a dix-sept que l’on doit rapporter à l’influence du climat. Notre objet n’étant pas de nous arrêter ici à la description de toutes ces espèces, nous nous contenterons seulement de distribuer les chiens, relativement à leur usage dans l’économie rustique.

Nous les divisons donc en chiens de basse-cour, en chiens de chasse, & en chiens de berger.

Les premiers sont ceux qu’on emploie à la garde des maisons ou des granges ; on leur pratique une loge dans un coin d’une cour d’entrée, on les y tient enchaînés le jour, & la nuit on les lâche.

Ces chiens doivent être grands, vigoureux & hardis ; il faut qu’ils aient le poil noir & l’aboi effrayant, & qu’ils soient médiocrement cruels.

Les seconds sont les chiens de chasse, tels que les bassets, les braques, les chiens couchans, les épagneuls, les chiens courans, les limiers, les barbets & les lévriers.

Les bassets viennent de Flandre & d’Artois. Ils chassent le lièvre & le lapin, mais surtout les animaux qui s’enterrent comme les blaireaux, les renards, les putois, les fouines. Leur poil est ordinairement noir ou roux, & à demi. Ils ont la queue en trompe, les pattes de devant concaves en dedans. On les appelle aussi chiens de terre ; ils donnent de la voix & quêtent bien ; ils sont longs de corsage, très-bas, & assez bien coiffés.

Les braques sont de toute taille ; bien coupés, vigoureux, légers, hardis, infatigables & ras de poil. Ils ont le nez excellent, & chassent le lièvre sans donner de la voix, & arrêtent fort bien la perdrix, la caille, &c.

Les chiens couchans chassent de haut nez & arrêtent tout, à moins qu’ils n’aient été autrement élevés ; ils sont grands, forts, légers. Les meilleurs viennent d’Espagne, & sont sujets à courir après l’oiseau ; ce qu’on appelle piquer la sonnette.

Les épagneuls sont plus fournis de poil que les braques, & conviennent mieux dans les pays couverts ; ils donnent de la voix, ils chassent le lièvre & le lapin, & arrêtent aussi quelquefois la plume. Ils ont le nez excellent, & beaucoup d’ardeur & de courage.

Les barbets sont fort vigoureux & muets ; ils servent à quêter & à détourner le cerf.

Les dogues servent quelquefois à accueillir les bêtes dangereuses. On met les mâtins dans le vautrait pour le sanglier.

Les lévriers sont hauts de jambes, & chassent de vitesse & à l’œil, le lièvre ; le loup, le sanglier, le renard, mais surtout le lièvre. On donne le nom de charmaignes à ceux qui vont en bondissant, soit qu’ils soient francs, soit qu’ils soient métis : de harpés à ceux qui ont les côtes ovales & peu de ventre : dégigotés, à ceux qui ont les gigots courts & gras.

Les chiens courans chassent le cerf, le chevreuil, le lièvre. On dit que ceux qui chassent la grande bête sont de race royale ; que ceux qui chassent le chevreuil, le loup, le sanglier, sont de race commune, & que ceux qui chassent le renard, le lièvre, le lapin, le sanglier, sont chiens baubis ou bigles. De quelque poil qu’on les prenne, il faut qu’il soit doux, délié & touffu : quant à leur forme, il faut qu’ils aient les naseaux ouverts, le corps long de la tête à la queue ; la tête légère & nerveuse, le museau pointu, l’œil grand, élevé, net, luisant, plein de feu ; l’oreille grande, souple, pendante, & comme digitée ; le col long, rond & flexible ; la poitrine large, les épaules chargées, les jambes rondes, droites & bien fournies ; les côtés forts, les reins larges, nerveux, peu charnus, le ventre avalé, la cuisse détachée, le flanc sec & écharné ; la queue forte à son origine, mobile, sans poil à l’extrémité, velue ; le dessous du ventre rude, la patte sèche, & l’ongle gros.

Les troisièmes ou les derniers, sont les chiens de berger. Ils doivent être hardis, vifs, vigoureux, déliés, de belle taille, armés d’un collier, & attachés aux bestiaux.

II. Des allures & des défauts des chiens. Les allures & les défauts des chiens leur ont fait donner différens noms.

On nomme chiens allans, de gros chiens employés à détourner le gibier ; chiens trouvans, ceux d’un odorat singulier, surtout pour le renard, dont ils reconnoissent la pille au bout d’un long-temps ; chiens battans, ceux qui parcourent beaucoup de terrein en peu de temps ; chiens babillards, ceux qui crient hors la voie ; chiens menteurs, ceux qui cèlent la voie, pour gagner le devant ; chiens vicieux, ceux qui s’écartent en chassant tout ; chiens sages, ceux qui vont juste ; chiens de tête & d’entreprise, ceux qui sont vigoureux & hardis ; chiens corneaux, les métis d’un chien courant & d’une mâtine, ou d’un mâtin & d’une lice courante ; clabauds, ceux à qui les oreilles passent le nez de beaucoup ; chiens de change, ceux qui maintiennent & gardent le change ; d’aigail, ceux qui chassent bien le matin seulement ; étouffés, qui boitent d’une cuisse qui ne se nourrit plus ; épointés, qui ont les os des cuisses rompus ; alongés, qui ont les doigts du pied distendus par quelque blessure ; armés, qui sont couverts pour attaquer le sanglier ; à belle gorge, qui ont la voix belle ; butés, qui ont des nodus aux jointures des jambes.

III. Des proportions du chien de berger. La taille que nous exigeons dans le chien de berger, doit être de trois pieds deux pouces de longueur, prise du bout du nez à l’origine de la queue ; six pouces & demi du bout du nez jusque derrière les oreilles ; neuf pouces dans la longueur du col, prise de derrière les oreilles, près du garrot ; un pied quatre pouces dans sa circonférence ; deux pieds quatre pouces du garrot à terre ; deux pieds quatre pouces des hanches à terre ; trois pieds quatre pouces dans la circonférence du corps, prise derrière les jambes de devant, à l’endroit le plus saillant du ventre ; un pied huit pouces de hauteur du ventre à terre ; deux pieds un pouce de distance des jambes de devant à celles de derrière ; huit pouces de largeur d’une des commissures de la gueule à l’autre ; deux pieds six pouces de la pointe de l’épaule à la pointe de la fesse, & deux pieds de longueur dans la queue, prise à son origine.


CHAPITRE II.

De l’accouplement, de l’accouchement ; des soins qu’on doit avoir des jeunes Chiens, jusqu’au temps de les dresser ; de leur éducation.


I. De l’accouplement. Pour avoir de bons chiens, il faut choisir des chiennes de bonne race, & les faire couvrir par des chiens beaux, bons & jeunes.

La chienne entre en chaleur en décembre & janvier ; cet état dure environ quinze jours.

Le chien est un animal très-lascif. On en voit qui s’accouplent en tout temps, & quelquefois avec des animaux d’une autre espèce, contre laquelle ils ont une antipathie naturelle, mais que l’habitude a rendue moins odieuse. En 1769, on vit à Paris un animal né d’un chien & d’une chatte, dont le train de devant étoit d’un chat, & celui de derrière étoit d’un chien ; quoi qu’il en soit, le coït, dans cet animal, est plus long que dans les autres, parce qu’à la racine de son membre génital, il se trouve un corps composé de plusieurs cellules & d’un grand nombre de vaisseaux, où le sang & les esprits se portent avec impétuosité dans l’acte ; le volume de cette partie s’accroît au point qu’elle ne peut sortir du vagin, que lorsqu’elle est affaissée ; ce qui n’arrive que longtemps après que la semence est sortie : aussi voyons-nous que dans l’accouplement, le mâle ne peut se séparer de la femelle, tant que l’état d’érection & de gonflement subsiste, & que l’un & l’autre sont forcés de demeurer unis jusqu’au moment de la consommation de l’acte ; après quoi le mâle change de position, se remet à pied pour se reposer sur ses quatre jambes, & ce n’est qu’après de grands efforts qu’il parvient à se séparer de la femelle.

II. De l’accouchement. La chienne fécondée porte pendant deux mois & quelques jours. Il est possible de se procurer des chiens en bonus saison, en faisant couvrir les lices en janvier ; malgré la rigueur de cette saison, on peut parvenir à mettre ces animaux en chaleur, en les renfermant ensemble dans un chenil : elle fait trois, quatre & jusqu’à huit petits à la fois. Le petit chien naît avec les yeux fermés, & ne les ouvre que neuf jours après la naissance.

III. Des soins que les Chiens exigent depuis le moment de leur naissance, jusqu’au temps de les dresser. On met sur la paille, dans un endroit bien chaud, les chiens qui viennent en hiver. On nourrit bien la mère, en lui donnant de la soupe deux fois le jour. Il faut, au bout de quinze jours, couper le bout de la queue aux petits ; on les laisse avec la mère jusqu’à trois mois. Ce temps arrivé, on donne les jeunes chiens à nourrir au village, jusqu’à l’âge de dix mois. Les personnes chargées d’en avoir soin, ne leur laisseront point manger de la charogne, ni aller dans les garennes, parce que cela leur fait du mal. Leur nourriture sera de pain de froment, & non de seigle, celui-ci passant trop vite, & étant d’une substance trop légère, & par conséquent peu propre à donner du rable aux chiens. Cet entretien doit durer jusqu’à l’âge de dix mois, ou un an, qui est l’époque où on les dresse ; alors on les rend dociles, en les accouplant les uns avec les autres, en les promenant, en leur donnant du cor, & en leur apprenant la langue de la chasse.

IV. Manière de dresser les Chiens, ou de leur éducation. Le jour choisi pour les leçons des jeunes chiens, on place les relais ; on met à la tête de la jeune meute quelques vieux chiens bien instruits, & cette harde se place au dernier relais. Quand le cerf en est là, on découple les vieux, pour dresser les voies aux jeunes ; on lâche les jeunes, & les piqueurs armés de fouets, les dirigent, fouettent les paresseux, les indociles, les vagabonds, & lorsque le cerf est tué, on leur en donne la curée comme aux autres. Les essais doivent se réitérer autant qu’il le faut.

L’éducation du chien courant consiste à bien quêter, à obéir à arrêter ferme. On commence à lui faire connoître son gibier. Quand il le connoît, il faut qu’il le cherche ; quand il le sait trouver, on l’empêche de le poursuivre ; quand il a acquis cette docilité, on lui forme tel arrêt qu’on veut ; quand il sait tout cela, il est élevé, parce qu’il a appris la langue de la chasse en faisant ses exercices ; il s’agit seulement de lui montrer à rapporter, à aller en trousse, & s’enhardir à l’eau.


CHAPITRE III.

Du Chenil.


Ce qu’on entend par Chenil, & de sa construction. Nous entendons par chenil, le lieu destiné à contenir les chiens de chasse.

Il doit être composé de plusieurs pièces à rez-de-chauffée, pour séparer les chiens selon leur espèce ; à côté de ces différentes pièces, doivent être pratiquées des cours pour leur faire prendre l’air, & des fontaines pour les abreuver. Ordinairement aussi l’on pratique de petits fours pour cuire le pain, & des cheminées dans chaque appartement, parce que ces animaux ont besoin de feu pour se sécher, lorsqu’ils viennent de la chasse, froids & humides, sans quoi ils risquent de contracter la gale. (Voyez Gale des Chiens) Il faut aussi que le chenil soit proportionné à la meute, & que les chiens soient bien tenus, bien pansés, & que la paille sur laquelle ils couchent, soit souvent renouvelée.


CHAPITRE IV.

De l’âge du Chien ; de la durée de sa vie, de son utilité après sa mort.


I. De la connoissance de l’âge. Quinze jours après que le chien est né, il lui perce quatre dents, une de chaque côté de la gueule, deux dessus, & deux dessous ; quelques jours après, les incisives lui percent, les unes après les autres, de manière que dans peu la mâchoire est armée de quarante dents, vingt dessus & autant dessous, Les premières ou les dents canines, tombent pour faire place à d’autres plus grandes & d’une couleur moins blanche, & ainsi successivement des autres. Nous observons aux dents incisives, une éminence de chaque côte du corps de la dent, qui, avec l’éminence qui résulte de la pointe de la dent, forment à peu près une fleur-de-lis. Cette pointe s’efface à mesure que le chien avance en âge ; & lorsque cette même pointe se trouve à niveau de deux éminences placées de chaque côté du corps de la dent, & qu’on n’y trouve plus de trace de fleur-de-lis, nous disons que l’animal a atteint l’âge de cinq ans. À six ans, les dents s’accroissent & deviennent jaunes de plus en plus, jusqu’à l’âge de douze ans ; alors des poils blanchâtres qui paroissent sur le museau, & le son de la voix, annoncent sa décrépitude.

II. De la durée de sa vie, & de son utilité après sa mort. La durée de la vie du chien est pour l’ordinaire de quatorze à quinze ans. Il peut y en avoir cependant qui outre-passent ce terme.

Après sa mort, cet animal n’est point inutile à l’homme. Les tanneurs emploient sa peau. Les gants de peau de chien adoucissent les mains. Les médecins font usage de sa graisse ; sa fiente est connue en médecine, sous le nom d’album græcum. Ce remède est irritant & résolutif. On fait encore, des petits chiens qui viennent de naître, une huile résolutive & nervine, dont on frotte les membres attaqués de rhumatisme.


CHAPITRE V.

Des maladies auxquelles le Chien est sujet.


Nous les divisons en maladies intérieures & extérieures.

I. Maladies intérieures. L’étourdissement, l’épilepsie, le vestige, l’esquinancie, la rage, la péripneumonie ou inflammation de poitrine ; les coliques, la rétention d’urine, les vers, le flux de ventre, la pierre & la constipation.

II. Maladies extérieures. Le catarre, la morsure des bêtes venimeuses, le chancre des oreilles, la perte de l’odorat, la démangeaison, la gale, les dartres, la loupe, les fractures, les crevasses aux pieds, le chicot & les épines.

Quant au siége de ces maladies, & au traitement qui leur est analogue, consultez la planche ci-jointe, & l’ordre du Dictionnaire. M. T.

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