Cours d’agriculture (Rozier)/GALE

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Hôtel Serpente (Tome cinquièmep. 196-205).
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GALE, Médecine Rurale. Éruption cutanée qui attaque toutes les parties du corps, le visage excepté, & dont le siège principal est aux poignets, entre les doigts, aux cuisses, aux jarrets, aux jambes & aux mains. Cette maladie se communique d’homme à homme, par le simple contact d’un galeux ou des linges & des habillemens quelconques qui ont servi à le vêtir. Elle le communique encore des animaux aux hommes, & des hommes aux animaux ; telle fut celle dont parle Tite Live, qui fut en même-temps épizootique & épidémique à Rome, l’an 415 avant l’ère-chrétienne : en Vestphalie à peine resta-t-il un nombre suffisant de chats pour en perpétuer l’espèce. Il y a des pays où la gale est si familière, qu’elle se transmet de père en fils, & des régions où elle est endémique, comme en Italie, en Corse, en Bretagne, en Franche-Comté, en Lorraine, &c. ; quelle en est la véritable cause ? on l’ignore. Il faut cependant avouer qu’elle est moins commune dans ces cantons, depuis que le peuple est vêtu plus proprement, qu’il change plus souvent de linge, & que son habitation est tenue plus nette & plus aérée.

On distingue deux sortes de gales ; la première est appelée sèche ou canine, la seconde est nommée grosse gale ou gale humide.

La première a été appelée sèche ou canine, parce qu’elle ne suppure jamais, & que les chiens y sont fort sujets ; elle est toujours accompagnée d’une démangeaison très-vive ; ceux qui en sont affectés se grattent continuellement, ils y trouvent même un certain plaisir ; mais pour l’ordinaire il est de peu de durée, & à ce sentiment voluptueux succède une douleur très-forte.

La gale humide est celle où les cloches qui paroissent sur la peau sont grosses comme les pustules de la petite vérole, & où il se forme des gerçures qui suppurent.

Outre ces deux différences, on peut distinguer la gale en érysipélateuse, quand elle approche de l’érysipèle, & gale dartreuse, quand elle ressemble à la dartre.

Les causes de la gale sont externes ou internes ; dans les externes, on compte le contact immédiat d’une personne galeuse, sur quelque partie du corps de celle qui ne l’a pas ; il n’y a pas de maladie plus contagieuse, & qui se communique plus aisément, soit en couchant avec une personne qui en est attaquée, en s’essuyant les mains à la serviette d’un galeux, ou en s’enveloppant dans ses draps ; tout contact la communique.

Parmi les causes internes on compte l’âcreté des humeurs, & tout ce qui peut la déterminer ; telles que l’abus des viandes salées, épicées, & de haut goût, l’usage des liqueurs échauffantes ou trop spiritueuses ; elle peut encore reconnoître pour cause interne un vice héréditaire, un vice véronique ; un diathèze scorbutique, &c.

La gale est une maladie plus incommode que dangereuse.

La gale sèche est plus rebelle, & est très-difficile à guérir. La gale humide résiste moins à un traitement méthodique.

On a vu survenir les plus grands maux d’une gale répercutée ; aussi on ne doit pas se presser de faire des applications sur la peau : avant d’en venir aux frictions, il convient d’attaquer la cause qui l’a produite ; dans la curation interne de la gale, l’indication que l’on doit avoir en vue, est de corriger ou du moins d’adoucir l’âcreté du sang.

Sous ce point de vue, on peut commencer par les remèdes généraux, la saignée, & un purgatif.

Après cela, si la gale est humide, (comme le sang est suffisamment séreux) il faut alors corriger la salure & l’âcreté qui dominent. Pour cet effet on prescrira au malade l’eau de poulet, ou l’eau de veau, des bouillons altérans, mucilagineux & adoucissans, préparés avec le cerfeuil, les écrevisses, la fumeterre, le cresson, la chicorée, la bourrache, un jeune poulet, & quelques escargots de vigne : après l’usage de ces bouillons, celui du lait d’ânesse ou du petit lait, ou des bouillons de tortue, ou de grenouilles, continué pendant quelque temps, produira les effets les plus salutaires.

Si la gale est sèche, il faut insister plus long-temps sur l’usage des remèdes dont on vient de parler ; enfin, les bains domestiques d’eau douce sont extrêmement utiles pour humecter le sang, & en modérer la chaleur & l’acrimonie, pour laver & relâcher la peau, & en adoucir les démangeaisons ; enfin, pour ouvrir les pores & préparer l’entrée aux topiques qu’on doit employer.

Après cette préparation, on en vient aux topiques, dont le nombre est infini ; il est inutile de rappeler ici les différentes préparations que chaque auteur a proposées ; nous nous contenterons d’indiquer seulement celles qui sont le plus usitées, le plus communes, & qui réussissent le mieux, telles que l’onguent citrin dont on se frotte les aines & les jointures devant un petit feu clair, avant de se coucher ; il suffit qu’on s’en frotte trois fois pendant trois jours consécutifs pour en être débarrassé ; mais il faut avoir le soin de faire porter la chemise galeuse nuit & jour ; la dose de l’onguent cassin est depuis deux drachmes jusqu’à demi-once, & même six drachmes chaque fois.

Un autre remède qui a du succès, est une décoction légère des feuilles de tabac dans le vin blanc, dont on étuve chaudement les endroits les plus galeux.

Le sel ammoniac, dont on mêle une partie sur huit de savon de Venise, où l’on ajoute une suffisante quantité d’huile d’amandes douces, pour en faire un onguent ou liniment.

Les galeux, pendant le temps des frictions, doivent se tenir chaudement, éviter les intempéries de l’air qui pourroit répercuter la gale ; on a vu beaucoup de personnes galeuses mourir de mort subite, pour s’être exposées au trop grand froid ; j’ai vu un capitaine de vaisseau mourir d’apoplexie par la répercussion de la gale.

Il faut, au contraire, aider la nature en favorisant la transpiration ; je ne saurois assez recommander l’usage de la racine de bardane dans cette maladie, & sur-tout dans le temps où il faut exciter ou soutenir cette fonction si nécessaire à l’économie animale.

La racine de cette plante, outre sa vertu diaphorétique, est dépurative, & on la prescrit jusqu’à une once pour chaque livre de décoction, & sèche, la dose est d’une demi-once pour la même quantité d’eau.

Quand les malades ont fini leur traitement, il convient de les laver dans un bain d’eau tiède, où l’on dissoudra du savon avec du son mouillé dans cette même eau ; on essuie bien leur corps, & on les fait changer de linge ; on doit alors rejeter les hardes dont ils se servoient pendant le traitement. M. AM.


Gale des animaux domestiques, Médecine vétérinaire.

I. Tous les animaux domestiques sont sujets à la gale ; mais celui de tous qui y est le plus exposé, & en qui cette maladie est la plus opiniâtre, c’est le chien ; le mouton y est aussi très-sujet, ainsi que le bœuf, le bouc & le cochon. Les causes en sont les mêmes que celles de la gale du cheval.

II. La gale des chiens est d’autant plus rebelle qu’elle est plus ancienne ; le dos est ordinairement la partie qui en est le siége ; celle qui affecte le bord des oreilles est encore plus opiniâtre, & si l’on ne s’oppose à l’action des ongles de l’animal sur la partie malade, le virus s’étend, ronge & corrode la peau & les cartilages, comme le feroit un véritable chancre. (Voyez Chancre).

III. La gale, au surplus, de tous ces animaux, se guérit plus facilement en été qu’en hiver, plus commodément & plus facilement dans les pays tempérés que dans ceux du midi & du nord ; elle est plus rebelle dans les terrains bas & marécageux que dans les lieux élevés & secs ; plus dangereuse & plus difficile à guérir dans les tempéramens bilieux & phlegmatiques, que dans les tempéramens sanguins, &c.

Soins & régime. La nourriture sera en proportion de l’état actuel des animaux ; celle des bœufs qui seront maigres, sera donc de nature à les restaurer ; l’eau blanchie par le son ou la farine de froment, l’orge grué & macéré dans l’eau, le meilleur foin, la meilleure paille, & une légère quantité d’avoine bien nette, leur seront donnés en proportion de leur taille, de leur appétit & de leur maigreur ; on la diminuera au contraire à ceux qui seront en bon état, elle pourra être la même que celle dont ils faisoient précédemment usage, si elle est saine & bien récoltée. Quant à ceux qui seront trop gras, & dans l’obésité, leur nourriture sera composée d’eau nitrée, de paille & d’avoine en petite quantité, les bœufs qui pourront aller aux champs seront conduits de préférence sur les terrains secs & élevés ; ils seront abreuvés de l’eau la plus claire & la plus pure possible ; on aura les mêmes soins pour les moutons, la chèvre & le bouc.

Le cochon sera nourri avec des alimens sains, tels que le gland, l’orge cuite, &c. l’eau qu’il boira sera limpide & renouvelée souvent.

La nourriture que l’on donnera au chien sera la chair crue très-fraîche, le pain sec & l’eau pure ; les proportions de ces alimens seront toujours relatives à la force des sujets & à l’état d’embonpoint ou de maigreur ; on donnera aux chiens voraces, de gros os, autour desquels on aura laissé un peu de viande. Il faut tenir les bœufs couverts & à l’abri du contact de tout air froid, & s’opposer à ce qu’ils ne portent les dents sur les parties malades, & atteignent les corps voisins pour se frotter ; enfin, on ne doit pas omettre que les couvertures, la litière, & généralement tout ce qui les entoure, doit être nettoyé, lavé & renouvelé souvent ; on mettra des muserolles aux chiens qui en seront susceptibles, pour les empêcher de se lécher, de se mordre, &c.

Cette maladie étant au surplus contagieuse, la première attention est de séparer les animaux sains des malades ; on doit bien concevoir que la poussière qui s’élève des bœufs affectés de la gale, que l’on brosse & que l’on étrille, pouvant tomber sur les sains, les premiers doivent être pansés dans des lieux très-éloignés des seconds.

Traitement externe ou local. Tous les animaux doivent être tenus dans la plus grande propreté, la gale étant une maladie qui tend à infecter la masse des humeurs ; on ne sauroit donc trop en favoriser la sortie. Quant aux grosses bêtes à cornes, par le pansement de la main, par les lotions & fomentations émollientes, N°. 1. (Voyez les formules médicinales, à la fin de cet article.) au moyen desquelles on lavera fortement & pendant long-temps les parties des tégumens tuméfiées, après les avoir bien bouchonnés & étrillés à fond. On se sert pour les bœufs d’un gros mâchefer très-raboteux, à la faveur duquel on frotte & racle fortement les endroits endommagés par le virus. On répète ces opérations matin & soir ; mais si la gale est plus incommode, & que l’animal soit très-avide de se gratter, on la répète plus souvent, on est même quelquefois forcé d’excorier les tégumens, à force de passer l’étrille, à l’effet de faire cesser le prurit ; en ce cas on maintient des compresses imbibées de décoctions mucilagineuses & calmantes (N°. 2.) pour appaiser la douleur & l’inflammation qui suivent un frottement aussi long-temps continué ; on renouvelle les compresses souvent, & on les maintient sur les parties galeuses constamment imbibées de cette liqueur tiède.

Lorsque la gale n’affecte que les extrémités, on se contente de les brosser & bouchonner, de les faire tremper dans un baquet ou un seau rempli de décoction émolliente d’une chaleur un peu plus que tiède.

Les moutons seront tondus, le sacrifice de la laine est indispensable. On doit d’autant moins hésiter à le faire, que la laine des parties affectées de la gale tombe toujours spontanément. Au lieu de frotter leur peau avec un tesson ou un morceau de brique, on se servira du grattoir imaginé par le célèbre M. Daubenton ; c’est une sorte de bistouri dont la pointe est à deux tranchans & sert de lancette ; le manche est terminé par une lame d’os ou d’ivoire, qui fait un grattoir ; ensuite on onctionnera les endroits galeux avec le beurre frais ou l’onguent populeum. Les bergers se servent ordinairement du goudron, de l’huile de cade, de la dissolution de vitriol vert, &c ; mais ces topiques employés seuls, répercutent la gale, & ne la guérissent qu’en apparence, la maladie change de face, & se convertit presque toujours en d’autres plus sérieuses, à moins que les animaux guéris par cette méthode ne soient vendus promptement au boucher, ainsi qu’il n’arrive que trop souvent ; d’ailleurs, l’expérience prouve que l’huile de cade, & les dissolutions des sels, sont contraires à l’état de la peau galeuse, en ce qu’ils augmentent & font durer son épaississement, sa sécheresse & sa dureté, qu’ils nuisent par cet effet à l’accroissement & aux bonnes qualités de la laine ; qu’au surplus, l’huile de cade donne à la laine des teintes rousses & noirâtres qui la gâtent, & qu’elle lui communique une mauvaise odeur qui reste dans la toison après la tonte.

On coupera la soie du cochon sur tous les endroits galeux, on les frottera avec le mâchefer dont nous avons déjà parlé, & on les onctionnera ainsi qu’il est prescrit pour les moutons.

On fera la même chose à l’égard du chien, du bouc & de la chèvre. Cependant on a observé que ces animaux, d’un tempérament plus vif & plus irritable, se trouvoient très-bien d’un bain tiède, fait d’une décoction de son que l’on fait prendre aux chiens sur-tout, deux fois par jour, & si la démangeaison est très-considérable, le bain sera composé d’une décoction de pavot, ou d’une infusion de fleurs de coquelicot.

Traitement interne. On ne doit avoir recours à celui-ci que lorsque la gale est des plus rebelles & a échoué contre les topiques que nous venons d’indiquer.

Après deux ou trois jours du régime ci-dessus prescrit, il faut saigner le bœuf ; on ne répétera pas cette opération, à moins qu’il ne survienne quelque accident : on lui fera prendre, trois fois le jour, un breuvage composé des substances délayantes & tempérantes (N°. 3.) ; outre les breuvages, on donnera trois lavemens émolliens (N°. 4.) par jour : on continuera ce traitement pendant quatre à cinq jours, c’est-à-dire, jusqu’à ce que le ventre soit libre, que les symptômes inflammatoires qui accompagnent ordinairement la gale, & une partie du prurit soient dissipés. On mettra ensuite les animaux à l’usage des breuvages & bols dépuratoires (N°. 5.), pendant l’espace de quatre à cinq jours ; on reviendra à l’emploi des breuvages tempérans & délayans (N°. 3.), pendant trois à quatre jours. Après ce temps écoulé, pendant lequel on n’aura rien négligé de tout ce qui est prescrit pour le régime, les soins & le traitement local, les parties des tégumens qui seront affectées du virus de la gale, seront indubitablement souples, flexibles, & même dépouillées de cette sensation prurigineuse qui se dissipe la dernière ; tel est le moment à saisir pour employer à l’extérieur les topiques antipsoriques proprement dits ; l’onguent mercuriel préparé, ainsi qu’il est formulé (N°. 7.), sera appliqué en friction de la manière suivante :

En supposant qu’un bœuf de forte espèce ait de la gale, sur toute la surface du corps, la dose pour chaque friction sera de deux gros, & les frictions seront répétées tous les jours dans l’ordre suivant :

Les premières se feront sur la tête, le poil ayant été coupé très-près, ensuite sur l’encolure, le dos, ainsi de suite jusqu’aux extrémités, sans omettre aucune des parties affectées du virus.

Même chose s’observera à l’égard des petits animaux ; les chiens seront ceux qui exigent la plus légère dose de cet onguent ; elle sera d’un gros tous les trois jours ; l’ordre des frictions sera le même que pour les autres animaux.

Cet onguent a peu d’effet sur la peau des moutons & des cochons, & ne réussit bien que sur les parties dépouillées de laine & de soie ; on peut l’employer à la dose d’un gros, & dans le cas de son insuffisance, on aura recours à celui décrit (N°. 8.), dans lequel entre le sublimé ; les autres parties affectées de la gale seront lotionées & bassinées avec la liqueur antipsorique, formulée (N°. 9.) ; elle sera très-chaude ; il suffit qu’elle ne brûle pas.

On se servira encore de cette liqueur sur les parties des tégumens des bœufs dont la gale auroit résisté aux frictions mercurielles : ces lotions seront renouvelées matin & soir, & seront continuées jusqu’à entière cessation du prurit.

Les simples démangeaisons des jambes des bœufs seront bassinées avec de l’eau végéto-minérale (N°. 10.) ; elle sera employée chaude, & les lotions seront renouvelées & répétées en proportion que les démangeaisons seront plus grandes ; mais, nous le répétons, les topiques ne doivent être mis en usage que lorsque les parties seront bien assouplies & relâchées.

On sait que le mercure donné intérieurement, ou appliqué à l’extérieur, porte aux glandes salivaires ; cet effet est encore plus marqué dans les animaux que dans l’homme ; ainsi l’on doit user de précautions ; cet accident se manifeste par l’inflammation & la tuméfaction de l’arrière-bouche, par l’engorgement des glandes parotides ; l’animal salive, la respiration est gênée, & la déglutition est interrompue. Il est urgent de remédier à cet événement. Dès l’apparition des premiers symptômes, on doit supprimer toute friction, ôter l’onguent mis précédemment, laver à fond toutes les parties avec une décoction de son, injecter dans la bouche de l’animal une décoction d’orge miellée & camphrée (N°. 11.), réitérer les injections toutes les heures, & en faire avaler le plus qu’il sera possible ; si elles sont insuffisantes, on aura recours à la saignée, aux lavemens & breuvages purgatifs (N°. 12. & 13.), & si les accidens sont encore plus pressans, que la respiration soit très-laborieuse, il n’y a pas temps à perdre, il faut procéder à l’opération de la bronchotomie ; (Voyez Esquinancie, où il est fait mention de cette opération) mais il est rare d’être forcé d’y avoir recours, sur-tout si l’on a été attentif, & li l’on a mis à temps en usage les moyens indiqués.

Quant aux ulcères psoriques qui affectent les cartilages des oreilles des chiens braques & courans, on doit, les parties ayant été bien détuméfiées, les amputer à quelques lignes du bord de la plaie, & tenir les parties opérées dans une espèce de béguin propre à les renfermer, après avoir été enveloppées de plumaceaux chargés d’onguent mercuriel (N°. 14.) ; on renouvelle le pansement tous les jours, jusqu’à parfaite guérison : même opération à l’égard de la queue ; lorsque cette partie est affectée, on l’enveloppe de même, mais on place de plus un cerceau léger, que l’on garnit d’une toile, laquelle est percée pour laisser passer la tête du chien, loger le col ; on fixe le cerceau à cette partie ; son étendue s’oppose à ce que l’animal ne puisse atteindre sa queue avec les dents, ce qui facilite infiniment la cure ; du reste, le cerceau étant très-léger, ne s’oppose pas à ce que l’animal ne se promène, ne boive, ne mange, &c.

Les animaux qui feront usage des frictions mercurielles, auront des breuvages dépuratoires (N°. 5.) ; on les purgera de temps en temps avec la formule (N°. 13.), & ces purgatifs seront donnés de préférence aux chiens, chez lesquels la gale est toujours très-rebelle : il en sera de même de ceux pour lesquels on sera obligé d’avoir recours aux lotions antipsoriques (N°. 9.). Ces lotions étant toutes plus ou moins répercussives, on doit prévenir les effets qui résulteroient de la rentrée de la gale, par un ou deux purgatifs (N°. 13.), ainsi que par des lavemens de la même nature (N°. 11.), & par l’usage des sudorifiques (N°. 15), pendant l’emploi de ces topiques & dans l’intervalle des purgatifs.

Tel est l’ordre du traitement général que l’on doit suivre pour la destruction de la gale des animaux qui sont le sujet de cet article ; il est préférable à tous les topiques que l’on a employés jusqu’à présent ; tous ces remèdes peuvent, à la vérité, arrêter les gales récentes ; mais la somme des maux qu’une guérison aussi prématurée fait naître est d’une conséquence infiniment plus grande que la maladie que l’on vient de dissiper. J’ai vu une mule périr à la suite d’une gale rentrée par l’emploi des lotions où entroit l’arsenic ; le poumon fut le viscère qui me parut avoir souffert le plus de l’action de ce minéral.

Formules Médicinales.

N°. 1. Fomentation émolliente. Prenez feuilles de mauve, de violette & d’épinards, de chaque deux fortes poignées ; faites bouillir dans trois pintes d’eau commune jusqu’à ce que ces végétaux soient cuits ; coulez & faites usage de cette liqueur étant encore chaude & non brûlante, pour laver & fomenter ainsi qu’il est dit ci-dessus.

N°. 2. Fomentation mucilagineuse & calmante. Prenez racines d’althéa coupées par tranches, quatre onces ; graines de lin, une poignée ; fleurs de coquelicot, deux poignées ; faites bouillir dans même quantité d’eau que ci-dessus.

N°. 3. Breuvage délayant & tempérant. Prenez décoction de la formule (N°. 1.), une pinte ; ajoutez sel de nitre, une once ; tartre de vin, deux onces : faites bouillir jusqu’à ce que ce dernier soit dissous, & donnez-en une seule dose pour un breuvage aux grands animaux ; un quart de dose suffira pour le mouton, la chèvre, le cochon, & le chien de la forte espèce.

N°. 4. Lavement émollient. Prenez une pinte de décoction (N°. 1.) ; ajoutez huile d’olive, une once ; miel, deux onces ; & donnez pour un lavement au bœuf.

N°. 5. Breuvage dépuratoire. Prenez fumeterre, deux poignées ; racines de patience & d’aunée coupées par tranches, de chaque une once : faites bouillir dans deux pintes d’eau commune, jusqu’à la réduction d’un quart ; retirez du feu ; ajoutez sel ammoniac, une once ; laissez refroidir ; donnez à la dose du breuvage (N°. 3.), après avoir fait avaler le bol suivant.

N°. 6. Bol dépuratoire. Prenez fleurs de soufre, une once ; mercure doux, deux gros ; antimoine diaphorétique non lavé, quatre gros ; miel commun, suffisante quantité pour incorporer ces substances ; & en faire un bol que vous donnerez le matin, l’animal étant à jeun.

La dose de ce bol est fixée pour les bœufs de la forte espèce ; elle sera réduite en proportion de leur espèce & de leur taille ; le mercure doux sera supprimé pour les chiens & les moutons ; la fleur de soufre peut leur être donnée jusqu’à trois gros, & l’antimoine diaphorétique, d’un à deux gros & demi : cette dose sera diminuée en proportion de la foiblesse des animaux.

N°. 7. Onguent mercuriel. Prenez mercure coulant, graisse de porc, parties égales ; mettez dans un mortier de marbre ou de fer ; triturez à l’aide d’un pilon de bois ou de fer, le mercure avec un peu de térébenthine, jusqu’à ce qu’il soit parfaitement divisé ; on reconnoît que la division est parfaite, lorsqu’en prenant un peu de mélange, & en le frottant sur la main, on n’aperçoit plus des globules ; alors on ajoute peu à peu la graisse que l’on a fondue à une douce chaleur, & on triture jusqu’à ce qu’elle soit parfaitement refroidie.

N°. 8. Prenez onguent mercuriel ci-dessus, demi-livre ; huile de laurier, quatre onces ; fleurs de soufre trois onces ; sublimé corrosif en poudre très-fine, demi-once : mêlez le tout ensemble en broyant exactement dans un mortier de marbre avec un pilon de bois. Si ce mélange avoit trop de consistance, ajoutez quelques gouttes d’huile d’olive, ou du sain-doux, ou du beurre frais.

N°. 9. Lotion antipsorique. Prenez urine humaine, trois pintes ; lait de vache, une pinte ; tabac en feuilles, quatre onces : faites bouillir à petit feu dans un vase de terre, pendant quinze à vingt minutes ; retirez du feu, laissez infuser, & conservez pour l’usage.

Cette liqueur se conserve sept à huit jours en hiver, quatre en été ; on l’emploie chaude : les feuilles de tabac servent d’éponge ; on a soin de les remettre dans la liqueur après s’en être servi.

N°. 10. Eau végéto-minérale. Prenez eau commune la plus pure possible, huit livres ou quatre pintes ; extrait de saturne, une once ; eau de vie, quatre onces : battez & agitez ces liqueurs ensemble ; elles blanchiront comme du lait[1].

N°. 11. Orge miellée & camphrée. Prenez orge entière, une bonne poignée ; faites bouillir pendant un quart d’heure dans quatre pintes d’eau commune ; coulez : ajoutez miel commun, demi-livre ; eau de vie camphrée, deux onces.

N°. 12. Lavement purgatif. Prenez séné, trois onces ; jetez dans eau bouillante, une pinte ; laissez infuser deux heures ; coulez : ajoutez sel commun, deux onces ; faites dissoudre, & donnez pour un lavement au bœuf.

N°. 13. Breuvage purgatif. Prenez aloès, une once & demie ; vinaigre tartarisé, quatre onces ; miel commun, trois onces : mêlez, broyez, & donnez en une seule dose le matin, l’animal étant à jeun, & n’ayant pas eu à souper la veille ; faites prendre par dessus quelques cornées d’eau commune.

Cette dose est pour les bœufs & vaches de la grande taille ; on aura à la diminuer d’un quart pour ceux d’une taille moyenne, & de moitié pour les petits.

Pour les moutons, les cochons, les boucs & les chiens de la forte espèce, prenez aloès un gros ; vinaigre tartarisé, demi-once ; miel, une once : mêlez, broyez, & donnez comme ci-dessus. On diminuera encore la dose pour ceux d’une taille moyenne, & ainsi en proportion pour les petits & les plus foibles.

Manière de faire le vinaigre tartarisé. Prenez sel de potasse, deux onces ; eau commune, quatre onces : faites dissoudre & filtrez, vous aurez l’eau alcaline : ajoutez à cette eau, vinaigre, une livre & demie ; vous aurez le vinaigre tartarisé, ou terre foliée de tartre liquide.

N°. 14. Prenez onguent mercuriel (N°. 7.), quatre onces ; huile de laurier, deux onces ; fleurs de soufre, une once ; précipité rouge, deux gros : mêlez & incorporez.

N°. 15 Breuvage sudorifique. Prenez fleurs de sureau, une forte poignée ; bois de gayac coupé par tranches, deux onces : faites bouillir le bois dans trois chopines d’eau commune, jusqu’à réduction d’une pinte ; retirez du feu ; ajoutez la fleur de sureau, plus sel ammoniac & fleurs de soufre, de chaque une once. La dose de ce breuvage sera la même que celle de la formule (N°. 3.). M. T.


Gale, Maladie des arbres. Ses premiers signes visibles se font appercevoir sur l’écorce dont elle change la couleur, la rend raboteuse, ridée, écailleuse. L’origine de cette maladie tient à la répercussion de transpiration de l’arbre, dans la masse de la circulation de la sève, occasionnée par un froid subit, une gelée, ou un coup de soleil pendant un temps bas, un jour chaud, & lorsque le soleil darde ses rayons à travers une atmosphère vaporeuse ; cette matière perspirable rentrée & mêlée avec la masse de la sève convenue dans les branches, la rend âcre, corrosive & la vicie. Comme les pores de l’écorce sont obstrués, & qu’ils ne peuvent plus donner issue à une nouvelle transpiration, l’acrimonie de la sève attaque les parties ligneuses des branches, les branches se dessèchent, & l’arbre périt partie par partie. Quoique ces effets aient beaucoup de ressemblance avec ceux de la brûlure, (voy. ce mot) peut-être que la même cause agit, mais d’une manière différente, & qui cependant conduit à la même fin. Les arbres fruitiers à écorce tendre, les jeunes branches & les bourgeons de l’année précédente y sont plus sujets ; certains fruits n’en sont pas exempts. Le remède à ce mal est, dès qu’on s’en apperçoit, de ratisser fortement l’écorce afin d’enlever les écailles les rides, les gerçures galeuses, & d’aller jusqu’au vif ; puis recouvrir le tout légèrement avec l’onguent de saint-fiacre. (Voyez ce mot)


  1. M. Brazier, qui nous a fourni, & qui continue à nous envoyer d’excellens articles relatifs à la Médecine Vétérinaire, a vu que l’on employoit très-fréquemment dans les campagnes, soit pour les hommes, soit pour les animaux, la litharge dissoute par le vinaigre ; d’où résulte l’extrait de saturne, ou l’eau végéto-minérale de M. Goulard, lorsque cet extrait est étendu dans beaucoup d’eau. M. Goulard, dans son Traité des effets des Préparations du Plomb, conseille comme topique l’eau blanchie par l’extrait de saturne, & quatre ou cinq jours après, lorsque l’éruption est finie, d’ajouter demi-once de sel marin à deux livres de la même eau, & continuer d’en laver les parties affectées de la gale. La gale humide & canine, continue M. Goulard, s’évanouissent dans l’espace de dix jours par ce seul remède, qui ne cause ni puanteur ni danger.

    Ce remède, devenu un peu trop familier entre les mains des maréchaux & des chirurgiens de campagne, exige une singulière attention, parce qu’il peut répercuter l’humeur, & causer les plus grands désordres. Deux ou trois exemples pris dans les Ouvrages du Docteur Percival, seront la preuve la plus démonstrative de la circonspection que ce topique exige. Un jeune homme, qui avoit à l’épine du dos une tumeur qui avoit résisté à tous les topiques, eut recours à l’extrait de saturne : quelques heures après il eut de violentes coliques, & des crampes aux extrémités… On appliqua sur les contusions d’une femme renversée par une voiture, de l’extrait de saturne ; elle eut des spasmes d’estomac & des coliques violentes… Un homme avoit à la jambe un ulcère considérable ; il fut lavé plusieurs fois avec l’eau végéto-minérale, quatre jours après il fut atteint de coliques & de paralysie dans les membres… Que d’exemples pareils on pourroit citer ! N’employez donc jamais ni l’extrait de saturne, ni l’eau végeto-minérale que sur la fin de la maladie, & encore faut-il avoir fait précéder les remèdes généraux & internes.