Cours d’agriculture (Rozier)/CLOU DE RUE

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Hôtel Serpente (Tome troisièmep. 411-413).


Clou de rue, Médecine vétérinaire. C’est un clou que le cheval prend à l’écurie, ou dans la rue, ou à la campagne, qui pénètre dans la sole de corne, dans la sole charnue, & quelquefois jusqu’à l’os du pied.

Nous distinguons, d’après M. Lafosse, trois sortes de clous de rue ; le simple, le grave, & l’incurable.

I. Clou de rue simple. Le clou de rue simple, ou le premier, ne perce que la sole ou la fourchette charnue.

Traitement. On connoît qu’un clou de rue est simple, lorsqu’il ne sort pas du sang de l’endroit qui a été percé. Dans ce cas, on peut se dispenser d’appliquer aucun remède, parce que la guérison s’opère d’elle-même. Il en est de même de celui qui perce la fourchette, & qui va de biais pour gagner le paturon. La fourchette n’ayant point de sensibilité, il ne peut en résulter aucun danger. Quand même le clou auroit atteint la sole charnue, avec légèreté, l’expérience nous apprend que, sur vingt chevaux piqués ainsi, il y en a la moitié qui guérissent sans aucune application. Il est néanmoins prudent de pratiquer une petite ouverture, pour y introduire de petits plumaceaux, imbibés d’essence de térébenthine : il faut aussi ne pas manquer d’appliquer des cataplasmes émolliens sur la sole, dans la vue de l’humecter.

Mais si le clou a atteint l’os du pied, dans ce cas, il est essentiel, & même indispensable de faire une bonne ouverture à la sole de corne, ayant préalablement paré le pied bien profondément, parce que c’est là le vrai moyen de donner issue à l’esquille de l’os. L’ouverture faite, il faut mettre sur l’os, de petits plumaceaux imbibés d’essence de térébenthine. Le premier appareil ne doit être ôté qu’au bout de cinq à six jours, & le pansement renouvelé de deux jours l’un, jusqu’à ce que l’exfoliation soit faite ; ce qui se porte jusqu’au quarantième jour. La dessolure est bien souvent le moyen le plus sûr & le plus efficace pour avancer la guérison.

II. Clou de rue grave. Celui-ci, ou le second, est appelé grave, lorsque le tendon fléchisseur du pied a été percé dans le moment.

Traitement. Lorsque le tendon a été percé par le clou, il sort quelquefois de la sinovie par le trou, ou non. Le maréchal, pour s’assurer si le tendon est offensé, doit se munir d’une sonde ; s’il sent l’os, c’est une preuve que le tendon a été percé ; le plus court parti à prendre alors, est de dessoler l’animal. La dessolure faite, il faut emporter tout ce qui a été piqué dans la fourchette, & débrider, au moyen d’un bistouri dirigé sur la rainure d’une sonde cannellée, le tendon dans une direction longitudinale, & non transversale. L’opération finie, il convient de garnir sa sole, à l’exception de l’endroit de la plaie, avec des petits plumaceaux imbibés d’essence de térébenthine ; de remplir le dedans de la plaie avec ces mêmes plumaceaux, & de couvrir le tout de même. Cet appareil doit rester pendant trois jours sur la plaie : ce temps expiré, il faut la panser une fois tous les jours en hiver, & deux fois en été. Les plumaceaux, appliqués sur la sole charnue, ne seront levés que cinq à six jours après la dessolure, le maréchal ayant eu soin, pendant ce temps, de les humecter journellement, avec de l’essence dont nous nous avons parlé ci-dessus.

Une autre attention encore, de la part du maréchal, est de faire lever le pied de l’animal, très-doucement, à chaque pansement. Si, après dix-huit ou vingt jours de ce traitement, il n’y a point de soulagement ; si le cheval boite toujours de même, si le paturon s’engorge, il faut en revenir à la première opération, c’est-à-dire, à débrider la plaie jusqu’au paturon, de la même manière ci-dessus indiquée. Il est même avantageux de passer un séton qui traverse de la plaie au paturon, en imbibant la mèche avec l’essence de térébenthine. Il faut bien se garder de se servir, à l’exemple de certains maréchaux que nous connoissons, des onguens caustiques & corrosifs, qui, attaquant les cartilages de l’os de la noix, causent un plus grand mal, en rendant la maladie incurable.

Le tendon, une fois piqué, s’exfolie, & l’escarre tombe. « Les tendons piqués, dit M. Lafosse, ne s’exfolient pas de la même manière que les os : ce qui le prouve, c’est qu’après l’exfoliation du tendon lésé, l’animal reste quelquefois longtemps boiteux, tandis qu’après l’exfoliation de l’os blessé, il est parfaitement guéri, & marche sans boiter. »

Il y a un ligament qui unit l’os de la noix avec l’os du pied. Ce ligament peut aussi avoir été piqué : dans ce cas, on doit panser le cheval soir & matin, sans quoi ce ligament pourroit se gâter par le séjour de la matière.

Le clou a-t-il pénétré dans la partie concave du pied ? Il faut pratiquer une ouverture, afin de donner issue à l’esquille ; mais un moyen plus sûr encore, est de dessoler l’animal, de couper le bout de la fourchette charnue avec le bistouri, de la même manière ci-dessus rapportée, en évitant, surtout, de fendre le tendon, de crainte qu’il ne s’exfolie à l’endroit de son insertion ou de son attache.

L’artère située dans cette même partie concave, a-t-elle été piquée ? l’hémorragie ne tarde pas à paroître, la dessolure convient également. On fait ensuite une ouverture ; on prend de petits plumaceaux chargés de térébenthine de Venise ; on les applique sur l’artère, en faisant compression, pour arrêter le sang. Cet appareil doit être seulement renouvelé au bout de cinq jours, & le pansement fait ensuite, tous les jours, de la manière déjà prescrite.

Le clou a-t-il percé l’arc-boutant, & même le cartilage à sa partie inférieure ? le plus court moyen, alors, est de procéder à l’opération du javart encorné. (Voyez Javart)

Clou de rue incurable. Le clou de rue est réputé incurable, 1°. lorsque le tendon fléchisseur du pied a été piqué, & que la matière, par son séjour, a rongé le cartilage de l’os de la noix ; 2°. lorsque le maréchal a appliqué des onguens caustiques & corrosifs, qui, à peu près, opèrent le même effet que la matière sur l’os, 3°. lorsque le clou a touché l’os de la noix ou de la couronne : les os étant revêtus d’une partie cartilagineuse, qui se ronge petit à petit, sans exfoliation, la plaie ne se cicatrise jamais, & le mal devient incurable.

Le maréchal veut-il s’assurer de la lésion du cartilage, ou de la carie de l’os ? qu’il prenne une sonde, qu’il l’introduise dans la plaie. S’il sent que la surface de l’os est égale, unie & polie, c’est un signe non équivoque qu’il touche le cartilage, & qu’il n’y a pas carie de l’os ; mais s’il sent, au contraire, qu’elle soit inégale & raboteuse, c’est une preuve que l’os est carié, (Voyez Carie) & que, conséquemment, à cet état de l’os, il n’y a aucun espoir de guérison. M. Lafosse a cependant devers lui plusieurs exemples d’une guérison parfaite dans de vieux chevaux : il faut l’en croire d’après ses témoignages, & s’empresser toujours de lui rendre le tribut d’hommage qui appartient à un praticien aussi estimable.

Nous avons cru devoir indiquer ici les lignes qui caractérisent l’incurabilité du clou de rue dans les jeunes chevaux, dans la vue d’empêcher les cultivateurs de les mettre entre les mains des maréchaux, dont les remèdes & les opérations deviendroient pour eux un objet d’une dépense onéreuse & inutile. M. T.