Cours d’agriculture (Rozier)/JAVART

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Hôtel Serpente (Tome sixièmep. 91-94).


JAVART. Médecine vétérinaire. Le javart, en général, n’est autre chose qu’un petit bourbillon, ou une portion de eau qui tombe en gangrène, & qui se détache en produisant une légère sérosité.

Dans le cheval, on a donné au javart différens noms, relativement à sa situation ; on l’a appellé javart tendineux, lorsqu’il étoit situé sur le tendon ; javart encorné, quand il occupait la couronne près du sabot ; mais cette dénomination n’étant pas suffisante, nous le distinguerons, d’après M. Lafosse, à raison des parties qu’il attaque, en javart simple, en javart nerveux, en javart encorné proprement dit, & en javart encorné improprement dit.

Les principes qui donnent naissance à ces différentes espèces de javart, sont les contusions, les meurtrissures, les atteintes négligées, l’âcreté des boues, la crasse accumulée, l’épaississement & l’acrimonie de l’insensible transpiration & d’autres humeurs, &c.

Le javart auquel le bœuf & le mouton se trouvent quelquefois exposés, s’appelle fourchet : nous n’en parlerons seulement qu’après avoir donné la description des signes & du traitement de chaque espèce de javart en particulier que l’on observe dans le cheval.

Du javart simple. Celui-ci n’est accompagné d’aucun danger, il attaque seulement la peau & une partie du tissu cellulaire du paturon, plus communément aux pieds de derrière qu’à ceux du devant. Cette espèce de javart est quelquefois si peu apparente, qu’on ne s’en apperçoit que parce que le cheval boite, & qu’en touchant le paturon, on sent une tumeur plus ou moins dure & douloureuse, d’où suinte une matière d’une odeur fœtide.

Faire détacher le bourbillon, faciliter la suppuration, voilà les indications curatives que cette espèce de javart offre à l’article Vétérinaire.

Après avoir donc reconnu que les tégumens du paturon sont les seules parties affectées, coupez-en les poils, & appliquez sur la tumeur un cataplasme de mie de pain & de lait. Le cataplasme fait avec le levain, les gousses d’ail & le vinaigre, recommandé par M. de Soleysel, m’a réussi plusieurs fois ; continuez-le jusqu’à ce que l’abcès s’ouvre, & que le bourbillon soit sorti, ensuite pansez la plaie avec l’onguent basilicum, & terminez la cure en employant l’onguent égyptiac. On doit bien comprendre que si l’ouverture de l’abcès est trop petite, qu’il est important de la dilater avec le bistouri, dans la vue de faire pénétrer mieux les remèdes dans le fond de l’ulcère, de faire sortir le bourbillon avec plus de facilité, & d’opérer une plus prompte cicatrisation.

Du javart nerveux. On donne ce nom à celui qui attaque la gaine du tendon. Cette espèce de javart fixe ordinairement son siège dans le paturon, & reconnoît pour cause la matière du javart simple, qui a fusé ou pénétré jusqu’à la gaine du tendon. Il est aisé de s’en appercevoir, lorsqu’après la sortie du bourbillon il suinte de la plaie une sérosité sanieuse, tandis qu’il reste encore une petite ouverture & un fond qu’on découvre par le moyen de la sonde.

Avez-vous reconnu ce fond ? avez-vous découvert la route que tiennent les matières purulentes ? introduisez une sonde cannelée, sur laquelle vous ferez glisser le bistouri, faites une incision longitudinale, que vous prolongerez jusqu’au foyer du mal, en prenant garde de ne pas intéresser les parties tendineuses : mettez ensuite dans la cavité de l’ulcère des plumaceaux mollets, chargés de digestif simple, à moins que le tendon ne soit lésé ; s’il est affecté, substituez des petits plumaceaux, imbibés d’onguent digestif, animé avec l’eau-de-vie ou la teinture d’aloës, pour accélérer la chute de la partie lésée ; pansez ensuite le reste de l’ulcère avec le simple digestif, & terminez la cure par l’application des plumaceaux secs.

La fistule se trouve quelquefois en-dedans du paturon & vers la fourchette ; dans ce cas, faites une incision en tirant vers le milieu de la fourchette : c’est le vrai moyen de ne pas toucher au cartilage latéral de l’os du pied, dont la carie constitue le javart encorné improprement dit.

Du javart encorné proprement dit. On l’appelle ainsi, parce qu’il établit toujours son siège sur la couronne, ou au commencement du sabot.

Une atteinte négligée, un coup que le cheval se sera donné ou qu’il aura reçu dans cette partie, en sont les principes ordinaires.

La contusion est elle récente ? appliquez-y un léger résolutif, tel que la térébenthine de Venise. La suppuration est-elle établie ? favorisez-la par l’application de l’onguent basilicum. Àppercevez-vous un bourbillon ? faites-le suppurer, afin de le faire détacher plus promptement. Mais la contusion paroît-elle sur la pointe du talon ? le bourbillon tarde-t-il à se détacher ? après quatre ou cinq jours de pansement, faites un peu marcher l’animal ; il est prouvé par l’expérience de M. Lafosse & par la nôtre, que le mouvement facilite & favorise la sortie de la matière dont le séjour pourroit léser les parties voisines ; le bourbillon étant sorti, pansez la plaie comme un ulcère simple, jusqu’à parfaite guérison.

Il arrive quelquefois qu’après la sortie du bourbillon, la plaie fournit une matière liquide ; & qu’on y découvre un fond au moyen de la sonde ; c’est une preuve que la matière a attaqué le cartilage placé sur la partie latérale & supérieure de l’os du pied, d’où résulte le javart encorné improprement dit, dont nous allons parler.

Du javart encorné improprement dit. Celui-ci est une carie du cartilage dont nous avons déjà décrit la situation, avec un suintement sanieux, & un engorgement dans la partie postérieure du pied, à l’endroit même du cartilage ; ce n’est donc plus un javart, puisque c’est une maladie particulière du cartilage : mais pour nous conformer à l’usage reçu, nous avons cru devoir lui laisser ce nom, en y ajoutant les deux mots, improprement dit, pour le faire distinguer du véritable javart encorné, dont le siège est fixé à la couronne, proche le sabot.

Ce mal reconnoît pour causes l’humeur du javart encorné, la matière d’une bleime, d’une seime, d’une atteinte, &c., dont l’humeur aura fusé jusqu’au cartilage, & qui l’aura carié. (Voyez Carie.)

On est assuré de la carie du cartilage par le suintement continuel que l’on observe à cet endroit, par l’enflure du pied, & par le fond qu’on y sent avec la sonde.

Cette espèce de javart est un mal fort grave & très-difficile à guérir ; on peut ajouter même qu’il est incurable, si l’on ignore la structure du pied. Pour le guérir, coupez entièrement tout le cartilage ; l’expérience prouvant que, lorsqu’il est carié seulement dans un de ses points, il est peu-à-peu gagné par la carie dans toute son étendue ; cette opération demande donc un artiste habile & éclairé. Un maréchal de village, ordinairement dépourvu de notions claires & distinctes sur la structure du pied, sans force, sans adresse, auroit donc tort de l’entreprendre. L’extirpation faite, mettez sur la plaie des petits plumaceaux imbibés dans la teinture de térébenthine, que vous contiendrez avec de larges plumaceaux & une bande qui les comprimera doucement contre le fond de la playe. Y a-t-il hémorragie, appliquez sur l’ouverture de l’artère, de l’amadou ou de la poudre de lycoperdon, dont nous avons déjà parlé à l’article Hémorrhagie. (Voyez ce mot) ou bien faites compression, &c.

Au bout de quatre ou cinq jours, levez l’appareil ; en attendant plus tard, on s’expose à faire naître des ulcères sinueux, qu’il est essentiel de dilater, pour donner issue à la matière. À chaque pansement, ne faites pas lever trop haut le pied de l’animal, crainte de l’hémorrhagie ; évitez de le faire marcher ; n’appliquez les premiers jours, après avoir levé le premier appareil, que des plumaceaux imbus de teinture d’aloës ou de térébenthine, ensuite du digestif animé avec plus ou moins d’eau-de-vie ; dilatez tous les sinus qui pourront se former pendant le traitement, tenez la sole de corne toujours humectée avec l’onguent de pied, nourrissez l’animal avec peu de foin, beaucoup de paille & de son mouillé, faites-lui boire souvent de l’eau blanchie, & donnez-lui de temps en temps quelques lavemens émolliens.

Du fourchet. Nous avons dit, au commencement de cet article, que le bœuf & le mouton étoient quelquefois sujets à une espèce de javart, appellé fourchet.

Le pied de ces deux animaux, dont la construction est si différente de celle du cheval, n’est affecté que du fourchet simple & du fourchet encorné.

Le fourchet simple n’est accompagné d’aucun danger ; mais le fourchet encorné, que l’on observe entre la dernière phalange du pied & la corne, mérite un traitement particulier. Dilatez l’abcès formé par le pus, jusqu’au commencement de la corne. L’ulcère ne pénétre-t-il que dans la partie postérieure du pied, sans gagner la corne & l’os du pied de l’un ou l’autre ongle ? la seule dilatation de l’ulcère, avec l’application de la teinture d’aloës & le digestif simple, suffisent pour conduire l’ulcère à parfaite guérison. Mais il n’en est pas de même lorsque l’ulcère a fait des progrès entre l’os du pied & la corne ; craignez alors la chûte de la corne ; évitez-la en faisant une contr’ouverture, ou bien en ouvrant la corne avec la cornière du boutoir dans toute la longueur de l’abcès ; ensuite appliquez sur toute la plaie des plumaceaux imbus de teinture de térébenthine que vous renouvellerez toutes les vingt-quatre heures ; réprimez les chairs fongueuses, molles & baveuses par l’usage de l’onguent égyptiac ; les chairs étant d’un bon caractère, maintenez-les dans leurs justes bornes par des plumaceaux soutenus par un bandage convenable. M. T.