Cours d’agriculture (Rozier)/CORALLINE BLANCHE

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CORALLINE BLANCHE, (Coranilla officinalis L.) genre de polypiers qui a pour caractère une tige bipiunée et les articulations presque turbinées ; sa forme est celle d’une plante composée de branches, minces subdivisées en ramifications tenues, articulées, friables craquant sous la dent, d’une odeur forte de marée, d’une saveur salée et désagréable, d’un blanc sale, quelquefois d’une teinte verdâtre, grise ou rougeâtre.

Les espèces de corallines connues sont au nombre de trente ou quarante, parmi lesquelles la plus remarquable est celle dont il s’agit ici. On la trouve pl us communément dans la mer qui baigne les côtes de Brest, sur des rochers qui ne sont autre chose qu’un granit formé de différens grains de nature silicée et de spath fusible. Une remarque particulière, c’est que cette production ne se trouve jamais fixée à sa base sur les bancs d’huîtres, mais toujours sur les rochers.

L’analyse de la corallien blanche a déjà été publiée dans le huitième volume des Annales de Chimie, page 306, par Bouvier ; je me dispenserai par conséquent de parler de celle que vient de me communiquer M. Baunach : les différences que présentent les résultats de ces deux chimistes, sont dues seulement à leur manière de procéder. Mais je ne passerai pas sous le silence le phénomène que ce dernier a observé au mois d’août 1788. Un jour où la chaleur étoit excessive, ayant découvert de prodigieuses productions de corallines, et la mer s’étant retirée suffisamment pour en approcher, il détacha, à l’aide du ciseau, un fragment de granit couvert de ces substances, hautes de quatre pouces, et d’un volume proportionné ; elles étoient de la forme la plus élégante, ornées des plus belles couleurs, rouges, vertes, cendrées, jaunes, violettes. Mais quelle a été sa surprise lorsque sa vue fut frappée, dans la nuit, d’une lueur qui se répandit sur toute leur surface ! chaque faisceau, représentait un buisson luisant qui sembloit étinceler à mesure qu’il le touchoit, et les ayant agités plus fortement, ils parurent aussitôt comme autant de vergettes lumineuses, vives et parsemées de points brillans et azurés. Spallanzani, qui s’est occupé de l’examen de la nature de plusieurs corps marins, spécialement des alcyons, madrépores, millépores, corallines, éponges, etc., a remarqué que la lumière que l’on voit sur le zoophyte, appelé plume de mer, est produite par les polypes qui l’habitent.

Une autre observation, c’est que, pour conserver la coralline dans toute sa beauté, il est essentiel de la laver au sortir de la mer, à plusieurs reprises, dans de l’eau un peu chaude, et de l’arroser ensuite avec du vin blanc ; sans cette précaution, toutes ses ramifications se rapprochent, se contractent, elle perd sa forme élégante, et il n’est plus possible de la préparer pour un herbier, ni de la faire servir pour orner les cabinets des curieux. Dans l’article que Rozier a consacré à la coralline, il n’est question que du fucus helminthocorton, zoophyte en forme de mousse, que l’on trouve dans le commerce sous le nom de mousse de Corse, et mêlée avec le fucus purpureus varec, et qu’il faut bien distinguer de la coralline blanche, dont la texture est fragile, et qui sert d’habitation à des polypes qu’aucun naturaliste, et Ellis même, qui a fait un si beau travail sur les corallines, n’a pas décrits. Les anciens les avoient pris pour des plantes cryptogames qu’ils ont figurées dans leurs ouvrages sous le nom de mousses marines ou de fucus, à cause de leur ressemblance avec les lichens.

À l’égard des propriétés médicinales de la corallien blanche, un excellent praticien m’a certifié qu’entre ses mains elle a voit une réussite constante chez les enfans affectés de vers et d’aigreurs en même temps ; ce qui ne seroit pas surprenant, vu que l’examen chimique a fait découvrir dans cette production l’existence d’une grande quantité de matière absorbante ou calcaire.

Depuis que la mousse de Corse a acquis une grande célébrité, l’usage de la coralline blanche est presque tombé en désuétude ; cependant les habitans des côtes où cette dernière se recueille, l’emploient avec un grand succès pour chasser les ascarides des chevaux qu’ils élèvent, et dont ils font un grand commerce ; plusieurs médecins habiles prétendent que ses effets anthelmintiques surpassent ceux de l’helminthocorton, et ils la regardent comme le spécifique le plus assuré contre les maladies vermineuses, sur-tout quand elle a été recueillie dans l’année, qu’elle se trouve encore pourvue de son odeur forte et qu’on la donne en substance, en infusion dans l’eau 4 plusieurs fois dans le jour,

La coralline, administrée de cette manière, expulse promptement les différentes espèces de vers du corps humain ; il suffira, pour prouver son efficacité, de s’arrêter à un seul exemple : Un soldat, entré à l’hôpital militaire de Morlaix, avoit tous les symptômes qui caractérisent la présence des vers ; après avoir pris en vain des décoctions de fougère et des lavemens analogues, on lui donna de l’infusion de coralline blanche, et le quatrième jour qui suivit ce traitement, le malade rendit des extrémités de vers cucurbitins de différentes longueurs, qui tomboient d’eux-mêmes encore vivans. Le seizième jour, la sortie du cucurbitin entier eut lieu : il avoit sept aunes et quelques pouces de long. (Parmentier.)