Cours d’agriculture (Rozier)/CROSSETTES

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CROSSETTES, (Jard. Pratique, ) nom que l’on donne à des espèces de boutures qui ont la forme de petites crosses ; elles sont formées du bois de la dernière et de l’avant-dernière sève. Le bois le plus ancien ne doit former que le quart de la longueur de celui de l’année précédente ; et la longueur totale de la fossette ne doit pas passer quinze pouces. Un grand nombre d’arbres et d’arbrisseaux se multiplient par la voie des fossettes, particulièrement ceux dont la consistance du bois est aussi éloignée de l’extrême dureté, que de l’extrême tendreté. On coupe ces fossettes pendant l’hiver, lors de la taille des arbres. On choisit, autant qu’il est possible, des rameaux crus sur es branches vigoureuses, et on les coupe le plus près de la tige qu’il est possible, de manière à emporter avec elles le bourrelet qui les unit ensemble ; on nomme ce bourrelet le talon de la bouture. Ce talon est infiniment utile à la reprise de la bouture ; il est tout disposé à pousser des racines, et l’on ne doit pas négliger de l’obtenir, toutes les fois qu’on en trouve l’occasion. Les fossettes ainsi disposées se lient par bottes, et se placent dans une serre basse, pour attendre le moment favorable à leur plantation. On les enterre de quatre à six pouces de profondeur dans du sable légèrement humide, ou dans de la terre. Lorsque le temps devient plus doux, que les grandes gelées sont passées, et qu’une douce chaleur fait entrer la terre en fermentation ou en amour, on procède à la plantation des fossettes dans une plate-bande à l’exposition du levant, formée d’une terre meuble, profonde, et un peu fraîche ; on trace des sillons de la profondeur de quatre à six pouces, et distans entre eux de huit à dix pouces ; ensuite, avec un gros plantoir, on fait des trous profonds de six à dix pouces, et à la distance de six, huit ou dix pouces les uns des autres ; à fur et à mesure qu’on les fait, on y place une fossette, et on le remplit de terre. Chacune de ces espèces de boutures ne doit avoir que trois ou quatre yeux hors du sol. Lorsque la plantation est faite, on remplit avec du terreau, ou du fumier sans chaleur, une portion de la profondeur des sillons, et on les arrose au besoin. On multiplie de cette manière plusieurs espèces de vitex, de baccharis, de sambucus, de vignes, de platanes, de peupliers, de saules, et quelquefois même des arbres résineux. Les individus obtenus de cette manière ne sont jamais aussi beaux, ni aussi vigoureux que ceux acquis par la voie des semis ; mais, quand il s’agit d’arbustes et de petits arbres qui ne sont pas destinés à former des lignes, cela est peu important. (Th.)