Cours d’agriculture (Rozier)/DISTILLATION (supplément)

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DISTILLATION, (Addition.) Tout ce qui a été dit à l’article Distillation, étant suffisant pour mettre au fait de cet art ceux qui désirent en apprendre la pratique, nous nous bornerons à faire connoître ce qu’il a gagné en perfection depuis quelques années ; nous y ajouterons aussi les observations qui nous sont particulières, et nous indiquerons les changemens que l’expérience nous a démontré nécessaires de faire dans la forme des chaudières, et dans la construction des fourneaux.

On ne peut se dissimuler que notre manière de distiller les vins en France n’est pas à beaucoup près, arrivée au degré de perfection où certains peuples de l’Europe ont porté cet art.

Les améliorations qui ont eu lieu depuis quelques années, dans les ateliers de distillation, en Écosse, doivent sur-tout exciter l’étonnement des hommes instruits de tous les pays. En effet, n’est-il pas surprenant de voir que ce peuple industrieux, qui, le premier, avoit trouvé le moyen de vider son alambic cinq à six fois en vingt-quatre heures, soit ensuite parvenu à le vider vingt fois dans le même espace de temps ? Depuis, ce même peuple a trouvé le moyen de distiller soixante-onze fois en vingt-quatre heures. Enfin, tout récemment, il est tellement parvenu à perfectionner son alambic, qu’en vingt-quatre heures il fait quatre cent quatre-vingts distillations.

Lorsqu’on compare cet immense produit avec le nôtre, on ne conçoit pas comment en France, où l’industrie n’y est pas en retard, on ne fait nulle part, en moins de vingt-quatre heures, la distillation d’une seule charge.

L’objet sur lequel les Écossais ont particulièrement porté leur attention a été l’alambic ; ils lui ont ôté en profondeur pour lui donner en surface ; car, comme l’évaporation est en raison de la surface du liquide, et non en raison de sa hauteur, ce principe a été ce qui les a dirigés dans les changemens à faire à leur chaudière ; et c’est à son application qu’ils doivent la supériorité qu’ils ont acquise dans l’art de distiller promptement.

Cependant, en s’occupant de la perfection de leur alambic, ils ont négligé celle relative à la construction du fourneau.

Nous allons donc fixer l’attention des propriétaires de distilleries sur ces deux objets aussi important par les bénéfices qu’ils assurent, que par le temps qu’ils épargnent. Ainsi, après avoir indiqué les moyens de perfectionner l’alambic, nous ferons connoître les principes que nous avons appliqués tout récemment à chaque espèce de fourneau, et d’après lesquels on obtient, avec trois fois moins de combustibles, six fois plus de produits. Cette amélioration, dans nos ateliers de distilleries, sera d’une haute importance pour la France, et particulièrement pour les distillateurs ; car, le combustible entre pour beaucoup dans les frais de la distillation.

De l’alambic en général. La forme de l’alambic doit varier suivant la nature des substances qu’on se propose de distiller.

Par exemple, l’alambic qui est destiné à la distillation des vins, doit différer de celui qui sert à la distillation des lies, ou des liquides qui, pendant l’ébullition, laissent déposer au fond de la chaudière des substances susceptibles de s’y brider. Enfin, l’alambic qui doit servir à la distillation des marcs de raisin doit également différer des deux précédens. Nous avons été conduits à cette innovation, parce que nous avons reconnu que la méthode usitée pour ce genre de distillation est absolument défectueuse, et ne produit que des eaux-de-vie d’un goût désagréable.

De l’alambic pour la distillation des vins et des liqueurs spiritueuses qui ne se troublent point pendant l’ébullition. Nous avons donné à cet alambic le plus de surface possible, et une profondeur qui soit en rapport avec sa surface.

Les dimensions qui nous ont paru les mieux proportionnées pour un alambic ordinaire, sont dix pieds de long, quatre de large, et dix pouces de haut, ce qui donne une capacité intérieure de quarante pieds cubes. Ainsi, une chaudière de cette dimension contiendra cinq muids, et lorsqu’elle sera en activité, on pourra la renouveler huit fois en vingt quatre heures.

On pourroit, à la rigueur, distiller beaucoup plus promptement ; mais alors il ne faudroit pas agir sur cinq muids à la fois ; ainsi, d’après cette remarque, il n’y a pas d’avantage à renouveler trop souvent la liqueur de l’alambic, puisque c’est toujours aux dépens de la quantité que l’opération se trouve accélérée.

De l’alambic pour la distillation des lies, ou de toute autre substance visqueuse. Cet alambic ne diffère du premier que par la forme qu’on a donnée à la partie du fond, perpendiculaire au foyer, et par une manivelle qui sert à faire circuler une chaîne au fond de l’alambic, afin d’empêcher que la matière n’y brûle.

Ainsi, sauf ces deux additions, la chaudière est absolument semblable à celle pour la distillation des vins. Nous observerons que cet alambic peut servir indistinctement à la distillation de toutes sortes de liquides, et que sa forme n’est nullement opposée au succès de l’opération, au contraire.

De l’alambic pour la distillation des marcs de raisin. La forme de cet alambic n’a rien qui se rapproche de celle des deux précédens. C’est en surface que sont nos deux premiers appareils, et celui-ci est en profondeur.

Nous avons donné à ce vaisseau distillatrice une forme particulière, afin d’éviter que l’eau-de-vie obtenue de cette substance ne se ressentît de la mauvaise odeur qu’on lui communique par les procédés ordinaires.

Démonstration des vices des fourneaux actuels. Quelques tentatives qu’on ait faites jusqu’à ce jour pour apporter de l’économie dans l’emploi du combustible nécessaire aux manufactures, on n’est pas encore parvenu à l’employer sans perte ; par-tout on consomme beaucoup plus de bois qu’il n’en faut pour entretenir l’ébullition dans les fourneaux d’évaporation, ou pour élever la température dans ceux qui ont une autre destination. On conçoit combien cette consommation superflue dans les grands établissemens doit être préjudiciable aux entrepreneurs, et combien, à l’avenir, elle peut avoir d’influence sur la rareté du combustible : il importe donc, sous ces deux rapports, de chercher à prévenir une disette dont les générations futures pourroient avec juste raison nous accuser d’être les auteurs, si nous ne nous occupions pas de chercher les moyens de brûler le bois avec plus d’économie. À la vérité, depuis quelques années, on est parvenu à apporter, dans la construction des fourneaux, des améliorations très-remarquables ; mais ce ne sont là que des perfections relatives, et bien éloignées encore d’être portées au degré absolu ; il en sera de même des changemens que je vais proposer de faire aux fourneaux en général, parce que, mettant à portée de faire de nouvelles observations, elles pourront conduire à des innovations de plus en plus utiles.

Des fourneaux d’évaporation. L’impossibilité physique qu’il y a d’élever la température dans les fourneaux d’évaporation, tels qu’ils sont construits aujourd’hui, est une des causes qui m’ont toujours paru contraires à leur perfection ; car il ne faut pas croire que l’intensité de chaleur soit en raison de la masse du corps en ignition, ni qu’une même quantité de bois ne doive pas plus produire de calorique dans telle circonstance que dans telle autre ; par exemple, là où la température est déjà très-élevée, les résultats caloriques d’un combustible seront infiniment plus énergiques que ceux du même combustible qu’on incinéreroit dans un fourneau où le degré de chaleur seroit toujours modifié par l’évaporation du liquide contenu dans la chaudière.

Pour prouver que ce n’est qu’à la faveur d’une température déjà élevée qu’on peut avoir une combustion avantageuse, je vais prendre pour exemple, les lampes d’Argan ; elles nous fournissent un objet de comparaison en petit, de l’effet que produit l’intensité de chaleur pendant l’acte de la combustion. Lorsque ces lampes ont leur cheminée en verre, elles donnent une très-belle clarté, et l’huile, en brûlant, ne répand nullement de fumée. Mais si on vient à ôter leur cheminée, l’huile aussitôt brûlera mal, la lumière sera moins intense, et la mèche répandra beaucoup de fumée. Ceci prouve donc évidemment que c’est le courant d’air dans la cheminée, et la chaleur qu’elle entretient autour de la mèche, qui contribuent à donner de l’énergie à la combustion. Ce qui vient encore à l’appui de cette opinion, c’est que la perfection qu’on est parvenu à donner à ces sortes de lampes, dépend particulièrement de la forme et de la proportion de la cheminée en verre.

Ces observations, qui sont parfaitement d’accord avec tous les phénomènes de la combustion, prouvent que l’oxigène qui entre dans la composition de l’air atmosphérique n’agit efficacement sur les corps combustibles que dans les cas où ces derniers sont environnés d’une haute température, et que pour appliquer à une chaudière d’évaporation une chaleur toujours égale, très-intense et sans perte de combustible, elle doit être produite dans un foyer à courant d’air, et assez distant de la chaudière pour que la température puisse s’y élever graduellement et à volonté ; ce sera alors que tous les principes du corps combustible seront dans un état favorable à leur oxigénation, et que tout le calorique rayonnant et résultant de la réaction de l’oxigène sur le combustible sera dégagé et employé sans perte.

Ce qui, dans une semblable circonstance, concourt encore à augmenter l’action de l’oxigène, c’est son renouvellement successif ; car, plus la température d’un fourneau est élevée, et plus l’air extérieur y pénètre facilement ; aussi, lorsque l’incandescence est portée à un haut degré, est-il nécessaire et très-avantageux de ralentir le courant d’air, non pas en fermant l’ouverture du foyer, comme on le pratique ordinairement, mais bien en diminuant ou fermant même l’ouverture supérieure de la cheminée : par ce moyen, on concentre le.calorique dans l’intérieur du fourneau, et on le force à n’avoir d’autre issue qu’au travers du liquide de la chaudière.

Cette observation sur la manière d’arrêter le courant d’air par le haut de la cheminée, peut également avoir son application dans les hauts fourneaux de fusion, et dans les cas où l’on a besoin d’entretenir la chaleur d’un métal, sans qu’il soit exposé à l’action oxigénante d’un courant d’air incandescent. J’ai déjà fait sentir la nécessité d’élever la température autour du combustible toutes les fois qu’on veut avoir une combustion complète et énergique. Un autre exemple qui prouve qu’on peut augmenter l’intensité de la chaleur, sans augmenter la masse du corps combustible, c’est celui que fournit la lampe d’émailleur. En effet, si on examine le jet de flamme d’une lampe d’émailleur, on verra que l’intensité de son action dépend du courant d’air qu’on dirige sur la flamme de la mèche, on verra également que ce n’est qu’à l’extrémité de son jet que réside la plus grande énergie des rayons calorifiques, et dont l’intensité est telle, qu’à la faveur de cette lampe on peut produire des effets comparativement aussi puissans que ceux qu’on obtiendroit dans nos meilleurs fourneaux.

Cette manière d’agir du calorique prouve donc qu’on peut en augmenter les effets en augmentant la rapidité de son courant, et en le dirigeant à propos vers le corps à échauffer. Telles sont les conditions que j’ai cherché à réunir dans ma nouvelle construction, et qui, d’après l’application que je viens d’en faire, vont servir à étayer une opinion à laquelle il falloit l’expérience en grand pour n’être pas mise au rang des hypothèses.

Ayant été consulté sur la construction d’un fourneau de brasseur, je profitai de cette circonstance pour y démontrer comme très-avantageux les changemens que mes observations m’avoient paru rendre nécessaires, et pour engager le propriétaire à faire construire son fourneau d’après mes principes.

Voici le résultat des expériences qui constatent les avantages que le fourneau qui vient d’être construit a sur celui qu’il a remplacé.

L’ancien fourneau, pour porter à 50 degrés de Réaumur la température de 2500 litres d’eau de puits, étoit deux heures , et il consommoit, dans une opération qui se répète tous les jours, 625 kilogrammes de bois neuf sec.

Le fourneau actuel, au contraire, ne consomme, dans la même opération, que 450 kilogrammes de bois, et il n’est qu’une heure à élever à 50 degrés la température de 2600 litres d’eau de puits ; d’où il résulte que cette nouvelle construction procure évidemment sur le temps une économie des , et sur le combustible un bénéfice de près d’un tiers.

De tels avantages m’ont paru d’une assez haute importance pour mériter d’être connus et pour faire désirer qu’on tirât parti d’une nouvelle méthode qui peut avoir la plus grande influence sur économie du combustible nécessaire aux manufactures.

Observations générales sur la construction des fourneaux. La partie du foyer qui doit supporter la plus grande chaleur, doit être faite en briques très réfractaires. Le meilleur mortier pour briqueter et pour employer dans tous les cas où on veut avoir un mauvais conducteur du calorique, c’est un mélange de parties égales en volume de tannée et d’argile. La tannée empêche le mortier de se fendre, et lui procure une onctuosité qui, par la dessiccation, lui donne beaucoup de fermeté.

Les fourneaux en général peuvent également être construits avec un semblable mortier, et d’après les mêmes principes que ceux d’évaporation dont je vais donner la description.

Les fourneaux qui sont destinés à être fortement échauffés doivent être revêtus extérieurement d’un mur très-épais et construit avec le mortier de tannée : par ce moyen on ne perd que très-peu de calorique. On doit également, dans les fourneaux en général, les construire de manière à pouvoir fermer à volonté le haut de la cheminée, afin de ralentir les effets de la combustion, et de concentrer le calorique dans l’intérieur du fourneau, lorsque cela est nécessaire. C’est sur-tout au moment où la température est très-élevée, qu’il convient de régler l’issue du courant d’air, afin de l’empêcher de traverser l’intérieur du fourneau avec trop de rapidité, ce qui, dans certains cas, est nuisible au succès de l’opération.

En réunissant toutes ces conditions dans les fourneaux en général, on est assuré d’économiser près d’un quart de combustible, et d’opérer une combustion sans aucune apparence de fumée. J’insiste particulièrement sur celle observation, parce qu’il est constant et physiquement démontré qu’un corps combustible n’est complètement brûlé que dans les cas où il ne répand aucune fuliginosité.

Du fourneau pour la distillation des liqueurs spiritucuses. La forme que nous avons donnée à notre alambic exige un fourneau tout autrement construit que ceux qu’on fait ordinairement ; car, comme je l’ai déjà observé, ce n’est pas la grande quantité de combustible qui chauffe le mieux, mais bien la manière de le brûler.

Aussi il est prouvé que les fourneaux d’évaporation, tels qu’ils sont construits aujourd’hui, ne peuvent avantageusement servir aux usages auxquels on les destine. J’ai démontré, dans un Mémoire que j’ai eu l’honneur de lire à l’Institut, que le fond de la chaudière est continuellement entretenu au même degré de chaleur par l’évaporation du liquide en ébullition, et qu’il s’opposoit constamment à l’élévation de la température, d’où il résultait que la chaleur, qui est insuffisante pour favoriser la combustion totale des principes inflammables, devoit plutôt en opérer la gazéification que l’oxigénation. Ce sont ces observations qui, d’accord avec les phénomènes de la combustion, m’ont conduit à faire les changemens qu’on remarque dans tous les fourneaux, dont j’ai fait connoître la construction. J’avois annoncé que cette innovation dans la manière de construire les fourneaux, conduiroit à faire de nouvelles observations ; ce qui, probablement, ajouteroit encore à leur perfection. J’ai été assez heureux pour être celui qui, depuis, a reconnu qu’on pouvoit augmenter les effets du calorique sans augmenter sa masse. L’application que j’ai faite de ce principe aux fourneaux en général a fourni la preuve de la solution de ce problème.

Le fourneau que nous allons décrire sera donc construit d’après ces nouveaux principes. Nous assurons d’avance que l’économie qu’il procurera sur le combustible sera de plus des trois quarts, et que le temps qu’il abrégera sera de plus de moitié. Certainement, c’est un beau présent fait à l’économie manufacturière que de lui procurer économie de temps et économie de combustible. Alors, ce qui ne se brûlera pas dans les ateliers, servira avantageusement à la société. Je ne doute pas que la propagation de ces principes, et leur application dans les arts et aux usages domestiques, ne procurent annuellement à la France une économie de combustible de plus de 500 millions. Alors, d’après des moyens aussi efficaces pour réduire ainsi la consommation du bois, on n’aura plus craindre que la disette nous en arrive de sitôt.

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Description du fourneau et de l’alambic pour la distillation des vins et des liqueurs spiritueuses, qui ne se troublent point pendant l’ébullition. Pl. XV, fig. i. A, porte du foyer : elle a quatorze pouces de large, et autant de hauteur.

B, ouverture de la voûte du foyer : elle a un pied de large sur deux pieds de long ; ce qui donne à cette ouverture la forme d’un sphéroïde, dont le plus grand axe se dirige dans le sens de la profondeur de la voûte du foyer.

Le foyer a deux pieds de large : trois pieds et demi de profondeur ; de l’angle b à l’ouverture B, il y a vingt pouces de hauteur.

Le rétrécissement qu’on observe à l’ouverture B est destiné à augmenter l’énergie des rayons caloriques : une plus grande ouverture en diminueroit l’action, même en augmentant la masse du corps en ignition. C’est donc dans la construction de cette partie du fourneau qu’il faut porter toute son attention, si l’on veut tirer partie de toute la chaleur qui résulte de la combustion.

C’était déjà beaucoup que d’avoir trouvé le moyen d’obtenir les plus grands effets de chaleur dans les fourneaux d’évaporation ; mais il restait encore à trouver les moyens de l’utiliser dans le même fourneau, après avoir exercé sa première action sur le fond de la chaudière. C’est dans la manière de diviser l’intérieur du fourneau que j’ai le mieux réussi pour obtenir, de la chaleur, tous les effets qu’elle peut produire avant son émission au dehors. L’exemple le plus frappant que je puisse fournir pour prouver combien je perds peu de chaleur, c’est qu’un thermomètre placé dans la cheminée, est constamment au même degré que celui placé dans la chaudière. Ainsi, jamais la chaleur perdue n’est à un degré plus élevé que celui que prend le liquide soumis à l’évaporation ; dans les fourneaux actuels, au contraire, la chaleur des cheminées y est presque toujours égale avec celle du foyer. Ainsi, d’après cela, combien de bois perdu, ou plutôt combien de bois économisé, en appliquant mes moyens aux fourneaux, en général !

À partir de l’ouverture B, les deux lignes c. c. vont toujours en s’approchant du fond de la chaudière, de manière à ce que chaque angle n’en soit distant que d’un pouce et demi : ces deux angles sont à cinq pieds l’un de l’autre. D est une feuille de tôle qui traverse la largeur du fourneau : elle a huit pouces de large ; sa partie supérieure touche le fond de la chaudière, et sa partie inférieure est à trois pouces du fond du fourneau.

E, C’est également une feuille de tôle, mais celle-ci est éloignée de deux pouces du fond de la chaudière, et la partie inférieure touche le fond du fourneau ; cette disposition alternative force successivement le courant d’air chaud à monter et descendre, ce qui lui donne le temps, avant qu’il n’arrive à la cheminée, de déposer, sur les parois de la chaudière, toute la chaleur qu’il retenoit encore.

Ainsi, à droite et à gauche de l’ouverture B, il y a des feuilles de tôle disposées comme nous venons de l’indiquer ; nous avons même prolongé cette division, de manière à l’appliquer à des bassins posés à chaque extrémité du fourneau ; ce qui assure que toute la chaleur produite dans le foyer ne peut s’échapper qu’après avoir perdu toute son énergie. Ainsi, ceux qui seront jaloux de ne rien perdre, pourront faire pratiquer, à chaque extrémité du fourneau, deux bassins H : ils serviront à remplir l’alambic de liqueur déjà chaude, à chaque fois qu’on le renouvellera.

Chacun de ces bassins a quatre pieds de long, et trois pieds de large.

F, Chaudière de cuivre de dix pieds de long, quatre de large, et dix pouces de hauteur.

G, Ouverture du chapiteau : elle a un pied de diamètre. Le conduit du chapiteau se prolonge jusqu’au serpentin, à la manière de ceux des autres alambics. Le chapiteau n’est pas la partie la moins essentielle d’un alambic ; c’est lui qui entretient, à l’état de gaz permanent, le liquide évaporé, qui reconduit jusqu’au lieu où il doit reprendre l’état fluide par la soustraction de son calorique.

Mais, comme dans notre nouvelle construction, la surface du chapiteau est égale à celle de notre alambic, il contribuera, en raison de cette grande surface, à refroidir le liquide évaporé ; d’où il résultera condensation et retard dans les effets de la distillation.

Pour parer à cet inconvénient, nous avons couvert le chapiteau de tous nos alambics avec une couverture de laine ; et, avec cette enveloppe qui doit être fort grossière, on conserve, dans le chapiteau, assez de chaleur pour empêcher que le liquide évaporé ne s’y condense, et ne retombe ensuite dans la chaudière.

K, Chapiteau de même longueur et largeur que la chaudière. On a donné à sa surface une plus grande élévation au milieu de la chaudière qu’aux extrémités ; ce qui augmente le vide intérieur, et favorise conséquemment l’évaporation du liquide en ébullition.

M M, sont deux soupapes à clef, qu’on ouvre et ferme à volonté pour arrêter le courant d’air, lorsqu’on le juge convenable.

O O, sont les deux cheminées par où s’échappent les gaz qui résultent de la combustion.

L L, sont des massifs élevés extérieurement, en brique.

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Description du fourneau et de l’alambic pour la distillation des lies. Fig. 2. L’alambic et le fourneau sont absolument construits d’après les mêmes principes que ceux pour la distillation du vin ; seulement nous avons changé la forme de la chaudière, dans l’endroit où la chaleur exerce la plus forte action ; et, pendant l’opération, nous y faisons circuler une chaîne, afin d’empêcher que les matières qui se déposent n’y brûlent.

A. Cette partie de la chaudière, qui est perpendiculaire au foyer, est bombée : son élévation au dessus du fond de la chaudière est de six pouces, et son diamètre de trois pieds.

B, Morceau de fer courbé suivant la courbure du fond de la chaudière : il supporte une chaîne qui est disposée de manière à frotter le fond de la chaudière. Ce grattoir est combiné avec une tige verticale D, qui, au moyen d’une force motrice quelconque, lui donne un mouvement continuel de rotation : cette tige traverse l’ouverture C, laquelle est recouverte d’un tampon qui empêche la vapeur de s’échapper. Cette manière de faire circuler ainsi un grattoir au fond d’un alambic, est une invention fort ingénieuse ; ce sont les Écossais qui, les premiers, l’ont mise en usage.

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Description de l’appareil pour la distillation des eaux-de-vie de marc. Fig. 3. Cet appareil diffère essentiellement des deux précédens : c’est en surface que sont nos alambics pour la distillation des eaux-de-vie. de vin, et de tous les liquides spiritueux ; celui-ci est en profondeur.

A, Porte du foyer : elle a dix pouces de large, et neuf pouces de haut.

B. Cette partie du foyer est disposée de la même manière que celle des fourneaux déjà décrits ; car nous pouvons changer la forme de la chaudière, sans varier les moyens de la chauffer.

C, représente le fond de la chaudière : elle est bombée en dedans, au lieu de l’être en dehors. Cette forme est infiniment préférable à celle ordinaire : elle favorise l’action du calorique, au lieu de le laisser échapper librement, si cette partie étoit arrondie.

D, Chaudière de seize pouces de profondeur, et de trois pieds de diamètre : à l’ouverture de cette chaudière, il y a une gorge pour recevoir le envier.

E, Cuvier de trois pieds de haut, et de même diamètre que la chaudière.

Dans l’intérieur du cuvier, il y a, de neuf pouces en neuf pouces, des tasseaux pour recevoir une grille en bois. Chaque grille en bois est traversée par plusieurs conduits de chaleur ; K L O représentent trois de ces conduits dans un cuvier de ce diamètre ; il en faut neuf, un au milieu, et huit autour. Ces conduits de chaleur sont destinés à porter les vapeurs d’eau bouillante alternativement de case en case, lesquelles sont échangées par la partie spiritueuse contenue dans le marc.

Ainsi, on suppose que la chaudière soit à moitié remplie d’eau, aussitôt que cette eau aura acquis le degré de l’ébullition, elle traversera les conduits de chaleur, et se répandra uniformément sur toute la masse du marc contenue dans la première case ; alors la partie spiritueuse gazéifiée s’élèvera, de préférence à l’eau, en vapeur, et ne tardera pas ensuite à gagner le chapiteau. Ce qui se sera passé à cette première case, se passera à la seconde, et alternativement de même. De cette manière, l’eau-de-vie n’a aucun des goûts désagréables que lui communique la méthode usitée.

M N, Chapiteau de l’appareil : il se termine à la manière de ceux en usage ; a a, indique l’endroit du fourneau où il faut donner issue à l’air qui a traversé le foyer du fourneau.

b, Ouverture pour la cheminée : elle est pratiquée dans le mur extérieur du fourneau.

c, Soupape destinée à arrêter le courant d’air, lorsque le fourneau chauffe trop fort.

d, Cheminée du fourneau : son diamètre doit avoir le tiers de l’ouverture de la porte du foyer. (Curaudau.)


Fin du Tome onzième.