Cours d’agriculture (Rozier)/DYSSENTERIE

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Hôtel Serpente (Tome quatrièmep. 43-50).


DYSSENTERIE. Médécine rurale. La dyssenterie est cet état dans lequel, à la suite de violentes tranchées, il sort par le fondement des matières sanguinolentes & glaireuses.

Cette maladie est moins meurtrière de nos jours, qu’elle l’étoit du temps des anciens ; ils n’avoient pas, comme nous, la connoissance de l’ipécacuanha ; d’ailleurs, ils étoient plus ternpérans que nous, & cette maladie étoit rare.

La dyssenterie est très-commune de nos jours, &, grâces aux remèdes que nous avons découverts, elle se guérit assez surement, excepté la dyssenterie épidémique : cette dyssenterie est un véritable Prothée, elle prend toutes les formes ; tel moyen qui l’a guérie une année, est nul, sans effet, & dangereux même l’année qui suit. C’est à cette bizarrerie qu’il faut attribuer la perte considérable des malheureux attaqués de la dyssenterie, dans ses commencemens.

Toutes les espèces de dyssenteries peuvent se réduire à deux classes ; l’une blanche & l’autre sanguine ; le sang est mêlé aux matières dans l’une, & il ne paroît pas dans l’autre. Ces deux espèces peuvent être compliquées avec la fièvre ; elles peuvent être simples ou malignes, épidémiques ou non.

La dyssenterie est maligne, lorsque les effets ne sont pas proportionnés aux causes, c’est-à-dire, lorsque les malades ne rendent qu’une portion très-petite de matières glaireuses & ensanglantées, tandis qu’ils éprouvent des mouvemens convulsifs dans les membres, & des syncopes répétées.

La cause première de la dyssenterie est une fausse inflammation du canal intestinal ; toutes les causes disposantes sont, la mauvaise constitution du sang & des humeurs qui sortent de son sein, les sabures, crudités & putridité de l’estomac, l’intempérance & la disette.

Les causes qui déterminent la dyssenterie, sont des coups reçus sur le ventre, l’intempérance, la suppression de quelques évacuations sanguines, l’usage immodéré des alimens de mauvaise nature, des fruits nouveaux, des liqueurs qui n’ont pas encore fermenté.

Avant l’apparition de la dyssenterie, le malade ressent des douleurs très-vives de coliques qui reviennent par intervalles, ces douleurs naissent de l’impression que font sur les intestins déchirés, les humeurs acrimonieuses qui passent sur ces petites plaies : dans la dyssenterie blanche, les matières sont coagulées & roulées sur elles-mêmes comme des oublis : dans la dyssenterie rouge, les matières sont d’une puanteur insoutenable ; les urines coulent en petite quantité, parce que la sérosité du sang s’échappe par le fondement ; le ventre est quelquefois élevé du côté du foie, quand ce viscère est attaqué, & alors les malades sont un peu jaunes, quelquefois le vomissement existe, & c’est ce qui a fait prendre la dyssenterie jour le Cholera-morbus.

La dyssenterie est une maladie grave qui, dans les campagnes & dans les armées, fait périr, lorsqu’elle règne épidémiquement, un très-grand nombre de victimes. D’ailleurs, si les malades ne succombent pas dans la force de l’attaque, ils traînent une vie malheureuse & souffrante ; les intestins languissent dans une foiblesse qui s’oppose à leur action ; & la nutrition, cette fonction qui seule entretient & fait la vie, est languissante pendant long-temps, & finit par cesser entièrement : les différens intestins sont attaqués de la suppuration, la fièvre lente s’empare du malade, & il succombe aux effets destructeurs de cette fièvre.

On a observé que la dyssenterie qui paroissoit à la suite de la jaunisse & du scorbut, étoit mortelle.

Les travaux forcés du corps & les peines de l’ame font dégénérer une dyssenterie simple en dyssenterie maligne & mortelle : la dyssenterie épidémique est la plus dangereuse de toutes, parce que, dans le temps de son apparition, on n’est pas encore instruit des causes qui la font naître, & que d’ailleurs, comme nous l’avons observé plus haut, c’est un Prothée qui prend toutes sortes de formes, & qui élude tous les moyens.

C’est un fort mauvais signe dans les dyssenteries, quand l’écoulement des matières est peu considérable, tandis que les autres accidens sont multipliés, quand le ventre s’élève ou se tend, quand le pouls se concentre, quand la langue se sèche, quand le vomissement paroît sur la fin de la maladie ; & lorsqu’il redouble dans la proportion que les urines diminuent ; lorsque la fièvre redouble le soir ; elle prend alors le caractère de fièvre consomptive ; quand les foiblesses paroissent & se suivent, quand les douleurs deviennent plus vives, le malade périt souvent dans une foiblesse : lorsque la gangrène attaque les intestins, les malades ne résistent pas long-temps à cet ennemi destructeur : la présence de la gangrène se fait connoître par les signes suivans : les yeux du malade se couvrent de nuages, ils languissent, s’obscurcissent & s’éteignent entièrement par degrés, l’haleine devient d’une fétidité cadavéreuse, le pouls se perd sous le doigt qui le cherche, les douleurs disparoissent entièrement, & le malade tombe enfin dans un accablement qui le plonge au tombeau.

Nous venons de détailler les signes qui annoncent l’état fâcheux du malade dans la dyssenterie, nous allons maintenant nous occuper des signes favorables, avant de parler des moyens qu’il faut employer pour guérir cette maladie.

C’est un signe de favorable augure, lorsque les symptômes diminuent, mais d’une manière lente ; quand les urines redeviennent couleur de citron, & coulent en plus grande abondance ; quand le ventre redevient souple. Cette maladie est aussi bizarre dans sa durée, qu’elle est singulière dans sa nature : telle dure neuf & quinze jours, telle dure huit & dix semaines : celles qui présentent les apparences les plus flatteuses deviennent quelquefois tout à coup dangereuses.

Pour guérir les dyssenteries il faut avoir égard aux causes, aux caractères & aux circonstances différentes qui les accompagnent. Il s’en faut de beaucoup que toutes les dyssenteries se guésistent de la même manière ; les autres coliques & maladies du bas-ventre se guérissent avec les mêmes remèdes, dont on augmente ou diminue les doses : dans les dyssenteries, il faut quelquefois employer les remèdes les plus opposés entr’eux.

Il faut faire sortir par le vomissement les matières âcres fixées dans les intestins & dans leurs vaisseaux, afin de donner de l’action aux intestins ; on se sert de l’ipécacuanha : le peuple oppose la plus forte résistance à l’emploi de ce remède ; son imagination bornée ne peut pas concevoir comment on peut parvenir à guérir une douleur fixée dans le ventre, en faisant vomir, & son obstination le rend, sur cet article comme sur bien d’autres, victime de l’ignorance. L’ipécacuanha ne réussit pas quelquefois, quand les dyssenteries sont épidémiques ; alors il faut employer un émétique plus fort, le tartre stibié : on est quelquefois obligé de réitérer plus d’une fois l’usage de l’ipécacuanha ou du tartre stibié : si le sujet attaqué de dyssenterie est foible, on se contente de lui donner vingt grains d’ipécacuanha, on laisse un jour ou deux d’intervalle, & on réitère ce remède ; si le sujet est fort, on lui donne dans le même jour deux ou trois doses d’ipécacuanha : si les dyssenteries sont épidémiques, il faut employer en premier l’ipécacuanha, ensuite le tartre stibié, jusqu’à ce qu’on ait rencontré l’émétique qui convient ; il ne faut pas se laisser séduire par le calme qui suit l’effet de l’émétique, il faut en réitérer l’usage ; sans cette précaution, le mal renaît avec plus de férocité.

Quand on donne l’ipécacuanha aux soldats & aux gens épuisés, il est bon de le joindre avec les cordiaux & les aromatiques, dans des décoctions de sassafras, parce qu’avant de donner aux vaisseaux des secousses propres à chasser les matières âcres, il faut qu’ils aient repris un peu de vigueur ; chez les personnes fortes, ces précautions sont inutiles.

On a demandé si la saignée étoit utile ; nous répondons qu’en général elle est nuisible, & qu’il existe peu de circonstances qui puissent en permettre l’usage : jamais il ne faut l’employer dans les dyssenteries malignes, & chez les sujets foibles & épuisés ; elle ne convient que dans les cas où l’inflammation est violente, & où les vaisseaux tendus & irrités, se romproient infailliblement dans les efforts du vomissement occasionné par les émétiques ; dans ces cas la saignée doit précéder l’émétique.

Les purgatifs sont utiles, mais il faut saisir les instans favorables : les amers conviennent aux personnes épuisées ; les aigrelets, la limonade, l’orangeade, &c. conviennent quand on craint la malignité ; on y joint les tamarins en lavage avec des fractions de tartre stibié, mais ces moyens nuisent quand la dyssenterie est simple.

Les purgatifs ne doivent être placés que lorsque la saignée & les émétiques ont procuré du calme, il faut craindre ce calme, & saisir ce moment pour purger : on se sert de teinture de rhubarbe, de catholicon double ; on évite les sels, & la raison de cette conduite est aisée à saisir.

Les douleurs ne se calment pas toujours après l’usage des moyens que nous venons d’indiquer ; alors on emploie les cataplasmes émolliens, les vessies pleines de lait, des boissons adoucissantes, le petit lait, l’eau de poulet, de veau, les décoctions de racine de guimauve, de grande consoude, de gomme arabique fondue dans ces eaux, les gelées de coings étendues dans l’eau ; on fait boire souvent, mais en petite quantité, afin d’éviter le retour du vomissement qui accompagne le plus souvent cet état ; on fait prendre des clystères adoucissans : si le malade éprouve des difficultés d’urine, on applique sur la vessie, des vessies pleines de lait tiède.

Les malades sont tourmentés par un autre accident, compagnon inséparable des douleurs, par l’insomnie, & il faut calmer cet état, en sollicitant doucement l’arrivée du sommeil ; mais jamais il ne faut en faire usage dans la dyssenterie maligne, & dans les autres il ne faut l’employer qu’après les remèdes que nous venons d’indiquer : on craint avec raison les effets de l’opium ; il faut préférer le syrop diacode, la liqueur anodine d’Hoffman ; on donne ces calmans dans des émulsions avec la plus grande sobriété, afin d’éviter des dépôts d’humeur, qui ne manqueroient pas de se faire dans des parties engourdies.

La chute du fondement, les maux de tête violens, les douleurs fixes dans le ventre, & le délire, sont encore des accidens de la dyssenterie qu’il faut combattre.

Pour la chute du fondement, on le frotte avec du cérat & de la pommade de concombre, & on l’expose aux vapeurs de l’eau bouillante.

Pour les maux de tête & le délire, il faut saigner du pied, malgré le préjugé barbare, & appliquer des sangsues à la tête ; toutefois il faut que la dyssenterie soit bénigne, & que le sujet soit sanguin ; mais si ces accidens surviennent dans une dyssenterie maligne, il faut bien se donner de garde de verser le sang, il faut appliquer de grands & légers vésicatoires ; l’expérience prouve journellement combien cette méthode est utile. Si le malade éprouve, dans une dyssenterie maligne, des douleurs fixes dans le ventre, il faut appliquer les vésicatoires sur cette partie douloureuse.

Pour arrêter le progrès de la dyssenterie épidémique, il faut empêcher que les personnes saines aillent visiter les malades ; il faut brûler dans les asiles des malades du vinaigre ; il faut renouveler & purifier l’air, & jeter promptement les matières qu’ils rendent.

Les personnes qui voudront se préserver de la dyssenterie épidémique, feront diète pendant quelques jours, boiront des tisanes adoucissantes & aigrelettes, prendront une prise d’ipécacuanha pour les faire vomir, & se purgeront ensuite deux ou trois fois, ne feront d’excès dans aucuns genres, & fuiront la compagnie des malades.

La dyssenterie laisse quelquefois après elle des accidens qu’il est très-utile de combattre ; tels sont une grande sensibilité dans les entrailles, & qu’on fait cesser par l’usage des eaux minérales de Balarue, & les infusions aromatiques, & en tenant le ventre chaudement. La thériaque le diascordium, la confection d’hyacinte à petite dose, conviennent dans cet état, pour donner aux parties plus de force ; l’écorce de cimarouba en décoction, à la dose d’un gros ou deux dans une pinte d’eau ; à chaque fois il faut en boire un demi-septier ; la menthe, la mélisse en infusion, sont aussi fort utiles.

Si malgré ces précautions, la suppuration paroissoit, il faut faire prendre la térébenthine en lavement & en pilules, les eaux de Barège & de Bagnères, données à petite dose ; on donne aussi de l’huile d’ippéricum en lavement, & la décoction de cette plante en boisson.


Dyssenterie, Médecine Vétérinaire, ou flux de ventre fréquent & sanguinolent, causé par l’ulcération des intestins, accompagné de coliques, des épreintes, du frisson, de la fièvre, de la soif, & souvent de la prostration des forces. Cette maladie est tantôt aiguë, tantôt chronique, l’une & l’autre sont souvent épizootiques. Les animaux qui y sont sujets, en sont ordinairement attaqués vers la fin de l’été & pendant l’automne.

La dyssenterie est aiguë, lorsque ce flux commence par être glaireux, graisseux, bilieux, & devient ensuite sanguinolent, purulent, à mesure que les abcès qui se sont formés dans les intestins, s’ouvrent & se vident dans leur canal ; alors les déjections se chargent de ces matières purulentes & sanglantes. On juge qu’elles sont plus ou moins âcres, par le ravage qu’elles occasionnent dans les viscères de l’abdomen, & par les signes extérieurs qui se manifestent par des coliques plus ou moins violentes, qu’on reconnoît à l’agitation des pieds du bœuf ou de la vache, ou du veau qui en est atteint, qui d’ailleurs se couche, se lève à tout moment. On le connoît aussi aux efforts considérables & multipliés qu’il fait pour expulser par l’anus, les corpuscules qui, en irritant l’intestin rectum, l’obligent de se contracter coup sur coup, pour ne se débarrasser souvent que d’une très-petite quantité de matière âcre & visqueuse.

Lorsque dans cette maladie le frisson commence à paroître, le pouls devient petit, fréquent & quelquefois intermittent, le poil s’hérisse, un froid subit & violent, secoue & agite le dyssentérique. Ce froid est remplacé par un pouls plein, dur, précipité, & par une chaleur plus ou moins grande, qui se manifeste graduellement sur toute l’habitude du corps de l’animal ou sur certaines parties seulement. La durée en est indéterminée, mais elle est quelquefois accompagnée d’une si grande soif, que j’ai vu des bœufs attaqués de cette maladie, s’échapper de leurs écuries, courir à toutes jambes aux abreuvoirs publics, & se jeter dans des ruisseaux, où il sembloit qu’ils vouloient boire jusqu’à la dernière goutte d’eau.

C’est de la formation des abcès, de leur ouverture dans la cavité des intestins & de la nature des ulcères qui en résultent, que dépend le plus ou moins de malignité de la dysenterie purulente, & ce qui en même-temps la rend plus ou moins abondante & en détermine la durée ; car, si ces tumeurs & ces ulcères sont l’effet d’une matière âcre, putride, fétide, ichoreuse, gangreneuse, &c. retenue dans les vides & dans les valvules des intestins, elle les tiraille, les enflamme, les ronge, & les symptômes les plus cruels l’accompagnent. On apperçoit alors dans les excrémens, des filamens, des lambeaux du velouté des intestins, & & souvent même des portions considérables de leurs membranes.

Si malgré l’usage des remèdes, il ne paroît aucun signe de guérison, que le pouls reste foible, intermittent ; que l’écoulement du flux dyssentérique répande des exhalaisons fétides, que l’animal n’éprouve plus aucune douleur, & que les extrémités soient froides, on aura lieu de croire que les intestins sont attaqués de la gangrène, & de s’attendre à voir bientôt périr le sujet.

Dès que l’on appercevra le cheval ou le mulet, ou le bœuf affecté d’un flux de ventre glaireux, graisseux, bilieux, on le mettra au régime. (Voy. le mot Régime) La force, la plénitude du pouls & le caractère de l’épizootie, détermineront le médecin sur le nombre des saignées qu’il sera à propos de faire, ou de suspendre, ou de supprimer. On fera boire au malade, plusieurs fois dans un seul jour, de l’eau tiède nitrée, quelquefois foiblement acidulée ; ainsi que des décoctions de mauve, de guimauve, de graine de lin, de grande consoude, de pimprenelle, de riz, d’orge, & le petit lait. Les lavemens seront de la même nature, & aussi multipliés que les breuvages. On placera sous le ventre du dyssentérique, une chaudière remplie de la décoction bouillante de quelqu’une des plantes désignées ci-dessus, & on y contiendra les vapeurs qui s’en exhaleront avec des couvertures. L’usage des purgatifs est indispensable dans cette maladie ; mais pour qu’ils aient quelques succès, il est non-seulement nécessaire que le volume des excrémens qui sont contenus dans les gros intestins du cheval, ou de la vache, soient parfaitement délayés par les breuvages ; mais il faut encore que l’inflammation des intestins soit appaisée avant que de les administrer. On pourra employer la manne, les tamarins, la rhubarbe, le catholicon, le polypode de chêne, l’huile de lin, auxquels on ajoutera le nitre, le camphre. (Voyez Méthode purgative)

Après les évacuations nécessaires, s’il n’y a aucun soupçon de gangrène, on passera aux décoctions de figues, de jujubes, de dattes, de navet, de tussilage & de pavot. Les fleurs de mille-pertuis, la verge d’or, la pervenche, le lierre terrestre, le baume de copahu conviennent beaucoup à ce traitement, ainsi que les coings, les roses rouges, les racines de quinte-feuille, de bistorte, de tormentille, l’alun, les eaux de forges ; mais ils ne doivent être employés qu’avec la plus grande circonspection.

Et si la dyssenterie aiguë prenoit le caractère de la fièvre maligne, ce qu’on reconnoîtra, si le bœuf a de fréquentes convulsions, la respiration puante, le pouls languissant, foible, irrégulier, quelquefois naturel, ou véhément, le ventre presque toujours tendu, les sueurs fétides, froides, les excrémens chargés de vermine, &c. on combineroit avec les remèdes proposés, la crème de tartre, la casse avec les purgatifs, les décoctions d’absynthe, de tanaisie, avec les breuvages. On donneroit vers la fin de la fièvre, le quinquina, & on appliqueroit les vésicatoires sur la nuque, & aux deux cuisses.

Mais si, dans la dyssenterie, là lymphe est trop épaisse, trop visqueuse, qu’elle s’arrête dans les vaisseaux, qu’elle s’y endurcisse comme du plâtre, alors cette maladie est chronique & d’une nature toute différente de celle de la dyssenterie aiguë.

On connoît cette espèce de dyssenterie, en comparant ses symptômes avec ceux de la précédente. L’inflammation est plus longue, moins violente, la matière morbifique ne se résout point par les médicamens indiqués contre la dyssenterie aiguë ; elle tient l’animal comme engourdi ; dans le commencement l’appétit ne manque point, la respiration est libre, mais elle est gênée dans la suite au moindre exercice, le pouls devient petit, fébrile plus sensiblement le soir que le matin, le dégoût survient, la foiblesse s’empare des jambes, la peau s’amincit, se dessèche, les yeux s’enfoncent ; l’épine dorsale, les côtes, les hanches, sortent tous les jours de plus en plus ; les cuisses se décharnent, les flancs, pleins, tendus, quelquefois avalés, n’offrent plus que de foibles ondulations. Les progrès de ces signes extérieurs sont proportionnés aux désordres que le skirre ou la matière plâtreuse opère dans les intestins ; car à mesure qu’elle y augmente de volume, elle en rétrécit le canal, elle s’oppose au passage des excrémens & du chyle, & dans tous ces degrés d’accroissemens qui sont toujours fort lents, elle trouble de plus en plus les fonctions des parties qui l’avoisinent, & produit enfin l’inflammation, la suppuration, la gangrène, le marasme, l’atrophie & la mort.

Le vice que l’on auroit d’abord à combattre, seroit l’épaississement de l’humeur lymphatique ; mais il est d’autant plus difficile à détruire que la fièvre lente, dont est travaillé l’animal, ne se manifeste que lorsque la maladie a fait de certains progrès. De sorte que le résultat de l’administration des remèdes les mieux indiqués reste presque toujours sans effet, & ne peuvent tout au plus servir qu’à prolonger la vie languissante de l’animal. D’ailleurs, comme il est possible que cette maladie se communique à d’autres animaux, (voyez Préservatifs) c’étoit dans les vues d’intercepter cette communication, que j’ai souvent fait tuer les bœufs qui étoient attaqués de la maladie que je viens de décrire ; on m’a même assuré que dans ce nombre il s’en trouvoit qui en étoient atteints depuis près de deux ans.

En les ouvrant, j’ai trouvé le mesentère farci d’une matière blanchâtre, solide, quelquefois pierreuse, suppurée, putride ; l’épiploon collé aux intestins, skirreux, ou pourri ; le colon ulcéré, skirreux, calleux, souvent rempli de pus & de vers. Les autres intestins éprouvent pareillement divers désordres ; les estomacs du bœuf, celui du cheval, n’en sont pas même exempts. Je les ai vu ulcérés, skirreux, percés, parsemés de tubercules, & d’hydatides. La cavité de l’abdomen est quelquefois même remplie d’un épanchement séreux, purulent.

Cette marche n’est pas la seule par laquelle la dyssenterie chronique se termine ; car, si le skirre, en augmentant le volume de sa masse, ronge & détruit les vaisseaux sanguins qui le touchent, l’acrimonie que le sang, les excrémens, le chyle & toutes les humeurs qui l’entourent ont acquises par leur séjour, produit une dyssenterie très-âcre qui enflamme & corrode les lieux par où elle passe, cause en même temps des convulsions très-violentes & la mort. Pour ne pas confondre la dyssenterie chronique avec le flux hépatique, on observera que ce dernier leur ressemble un peu par la teinture rouge des déjections qu’il produit, & par un léger ténesme qui l’accompagne quelquefois, qu’il est inséparable de la fivre lente ainsi que cette espèce de dyssenterie, que les animaux qui en sont atteints perdent peu à peu l’appétit : mais il en diffère en ce que les animaux qui en sont atteints, jettent beaucoup de vents, que leurs urines sont chargées de bile, qu’ils toussent, qu’ils ont la respiration pénible, & que la couleur jaune qui paroît sur la surface extérieure de l’anus, est un des signes qui caractérisent le flux hépatique, & le distinguent absolument de la dyssenterie chronique. (Voy. Jaunisse des Bœufs) M. BRA.