Cours d’agriculture (Rozier)/JAUNISSE

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Hôtel Serpente (Tome sixièmep. 95-100).


JAUNISSE. C’est un épanchement de bile sur toute l’habitude du corps, qui change en jaune sa couleur naturelle.

Cette maladie se reconnaît d’abord au blanc des yeux, qui se teint insensiblement en jaune ; cette couleur se répand bientôt sur toute l’habitude du corps. Les urines que les malades rendent sont très-jaunes, & impriment au linge une couleur saffranée ; les excrémens sont au contraire pâles ; le pouls est foible, lent & quelquefois fébrile ; la peau est sèche & âpre au toucher ; les malades éprouvent une démangeaison assez vive, qui ressemble parfaitement bien à celle des piqûres d’épingles sur le corps ; ils ont la bouche amère ainsi que la salive ; les alimens qu’ils prennent acquièrent de l’amertume dans la mastication ; quelquefois ce goût est si piquant, qu’il leur semble avaler de l’absynthe, ou le fiel le plus amer ; les objets qu’ils regardent leurs paroissent jaunes. À tous ces symptômes se joignent le dégoût, des rapports, une sombre tristesse qui participe de la mélancolie, une douleur mordicante au creux de l’estomac, une difficulté de respirer, une tension aux hypocondres, une pression & une pesanteur à la région du foie.

Elle dégénère quelquefois en ictère noir, si la bile qui en est la principale cause, contracte une espèce de putridité acide. Les mêmes symptômes le caractérisent ; la seule différence est dans la couleur du malade, qui tire sur le bleu, le verdâtre, le livide, l’obscur ou le plombé ; la conjonctive des yeux est d’un jaune plus foncé ; & les urines ont la couleur de cassé brûlé.

La jaunisse reconnoît une infinité de causes ; elle dépend le plus souvent de l’obstruction du foie, d’un engorgement de la bile dans ses propres couloirs. Les ouvertures des cadavres des personnes mortes de cette maladie ont toujours démontré des vices dans le foie.

Elle est quelquefois produite par des pierres trouvées dans la propre substance de ce viscère ; elle vient aussi souvent à sa suite des fatigues excessives, d’un travail forcé, d’une longue exposition aux ardeurs du soleil.

Une vie trop molle & oisive, les passions vives, un régime de vie trop échauffant, l’usage des liqueurs & des vins qui n’ont point fermenté, les alimens de haut goût, l’inflammation du foie, une mélancolie très-longue, un amour malheureux, des désirs effrénés. & rendus vains, sont autant de causes éloignées qui peuvent déterminer la jaunisse.

Elle paroît quelquefois à la suite de quelque maladie aiguë, & des fièvres intermittentes trop tôt arrêtées, & conséquemment mal guéries, surtout lorsqu’on s’est hâté de donner du quinquina & des astringens. Elle est alors très opiniâtre, & cède difficilement aux remèdes qu’on lui oppose. Il n’est pas rare de la voir dégénérer en hydropisie.

La suppression des règles, des hémorroïdes, d’un cautère ; la répercussion des erruptions cutanées, comme les dartres, la gale, peuvent encore lui donner naissance,

La jaunisse, qui paroît avant le septième jour d’une maladie aiguë, est toujours symptomatique ; celle qui vient beaucoup plus tard, & qui termine la maladie est toujours critique.

La dureté de l’hypocondre droit est toujours d’un mauvais augure dans la jaunisse ; la démangeaison qui survient à la peau est un bon signe, & annonce toujours la guérison prochaine du malade, surtout si les urines sont chargées, épaisses, & déposent un sédiment. La jaunisse ne doit pas être regardée comme une maladie dangereuse : il est rare, lorsqu'elle est simple, d’y voir succomber les malades : lorsqu’il y a du danger, il est toujours produit par des causes accidentelles & particulières qui ont déterminé la jaunisse.

Résoudre les obstructions du foie, évacuer la bile surabondante, & fortifier la constitution énervée par le vice de la bile, sont les seules indications curatives que l’on doit se proposer dans cette maladie.

On parviendra à fondre & à résoudre les embarras du foie, en donnant des apéritifs & des résolutifs propres à l’organe affecté ; mais il faut plutôt faire précéder les émolliens & les bains. Ce n’est que dans la détente qu’on donnera les fondans. Le savon est un remède très-efficace ; la gomme ammoniac, dissoute dans l’oximel, a très bien réussi ; mais je ne connois pas de meilleur remède, dont les effets soient plus salutaires & plus prompts, que le suc des plantes chicoracées, de pissenlit, 8 autres plantes lactescentes qui sont de vrais savons naturels. Quand leur action est trop lente, on y combine le sel de glauber à la dose d’une drachme pour chaque verre, & de dix grains de terre foliée de tartre. L'infusion des feuilles de chélidoine dans du vin blanc sec, le petit lait bien clarifié & mêlé au suc de quelque cloporte, méritent les plus grands éloges. Les eaux minérales, gazeuses, aiguisées avec le sel de glauber sont souveraines dans leur effet contre l’ictère chaud ; mais on ne doit pas trop se presser de faire usage des apéritifs & des fondants ; en causant une fonte trop précipitée des humeurs, ils peuvent occasionner les accidens les plus graves.

L’émétique doit être donné de très-bonne heure, pour enlever les matières muqueuses & glutineuses qui obstruent les conduits biliaires. On doit même le répéter, s’il a déjà produit de bons effets.

On doit s’en abstenir lorsqu’il y a constriction spasmodique & érétisme dans les canaux biliaires, quoiqu’il semble indiqué par les nausées & le désir des malades ; il porteroit à l’excès la crispation & l’inflammation.

Il est encore contr’indiqué par la présence des pierres dans la vésicule du fiel, parce qu’il pourroit les faire passer dans le conduit choledocque, par les diverses secousses qu’il procure.

Les purgatifs ne doivent jamais être donnés dans le principe, ils seroient dangereux, & augmenteroient l’inflammation ; il faut attendre que la bile ait acquis une certaine fluidité ; ils doivent être pris dans la classe des minoratifs. On pourra purger les malades avec le tamarin, le sel policreste de Glaser, la crème de tartre & la rhubarbe ; celle-ci pourroit être nuisible, si elle étoit donnée seule ; mais, en la combinant avec le nitre & le sel de Glauber, elle ne peut qu’être très-utile, en favorisant une plus grande évacuation de bile.

On appliquera sur la région du foie, des emplâtres résolutifs, tels que celui de savon camphré & celui de ciguë ; on y fera quelques frictions sèches, ou bien avec l’huile de rhue ou de camomille.

Il est encore très-avantageux de faire brosser la peau des malades, afin de terminer une transpiration plus abondante. Les martiaux, le quinquina, l’extrait de gentiane, propres à fortifier la constitution énervée, sont aussi dangereux quand ils sont donnés trop tôt, surtout quand il y a surabondance de bile. La petite centaurée produit de bons effets dans l’ictère, lorsque l’obstruction commence à se résoudre. M. AMI.


Jaunisse. Médecine vétérinaire. Si, dans un animal quelconque, la langue, les lèvres, l’intérieur des naseaux, & principalement la conjonctive présentent une couleur jaune, si les urines déposent un sédiment jaunâtre, les fonctions des organes de la digestion sont dérangées, en un mot, si l’animal rend ordinairement par l’anus des excrémens jaunes & fluides, quelquefois durs & secs, nous disons qu’il est atteint de l’ictère ou de la jaunisse.

Cette maladie arrive toutes les fois que la bile, préparée dans le foie, & reçue par les conduits biliféres, au lieu de passer continuellement de ce viscère dans les petits intestins, est obligée de rentrer dans le torrent de la circulation, & de passer en partie par les vaisseaux exhalans qui se terminent à la surface extérieure des tégumens, & en partie par les autres conduits excrétoires.

Nous distinguons trois espèces de jaunisse ; nous allons les décrire. Première espèce. Jaunisse avec chaleur.

Elle se manifeste par les signes suivans. L’animal est pesant, triste, accablé ; la chaleur de la superficie du corps est considérable, les veines qu’on apperçoit sur les tégumens, & principalement sur la cornée opaque, sont gonflées, sa langue est très-chaude, l’animal témoigne beaucoup de désir de boire frais dans les premiers jours de la maladie, ensuite la fièvre augmente, l’appétit diminue, la respiration est plus laborieuse, les oreilles deviennent froides, le poil se herisse, la conjonctive, la commissure des lèvres prennent une couleur jaune, les urines se colorent & sont plus ou moins troubles, en tirant ordinairement sur le brun obscur, & les excrémens sont plus souvent durs, secs & noirs, que fluides & de couleur jaune.

Les principes les plus fréquens de la jaunisse avec chaleur, sont l’eau impure & marécageuse, la longue exposition aux ardeurs du soleil, le passage subit d’un air chaud dans une atmosphère froide, un bain pris lorsque l’animal est couvert de sueur, enfin l’usage immodéré des plantes âcres & trop nutritives, &c.

Le bœuf & le mouton sont plus sujets à cette espèce de jaunisse que le cheval & l’âne ; le bouc & le cochon échappent rarement à cette maladie, s’ils sont foibles & âgés ; mais s’ils sont jeunes, & le mal récent, on peut compter sur une parfaite guérison par l’usage des remèdes que nous allons indiquer.

Dès l’apparition des premiers symptômes, tels que la perte d’appétit, la chaleur, la couleur jaune de la conjonctive, & la difficulté de respirer, saignez l’animal à la veine jugulaire ; & réitérez la saignée selon la plénitude des vaisseaux, l’âge, l’espèce du sujet, & la constitution de l’air, donnez quelques lavemens composés de décoction d’orge & de sel de nitre, administrez des breuvages de petit lait, de l’infusion des feuilles d’aigremoine aiguisée avec du nitre ou du vinaigre ; mettez l’animal dans une écurie sèche & bien aérée, & donnez-lui pour nourriture du son humecté avec de l’eau nitrée, quant au bœuf & au cheval, & de sel marin pour le mouton. Si, cinq à six jours après ce traitement, la couleur jaune de la conjonctive se soutient, si l’appétit ne revient pas, si les excrémens deviennent jaunes & fluides, si la chaleur des tégumens & celle de la langue disparoissent, administrez les remèdes que nous allons prescrire dans la jaunisse de l’espèce suivante.

Deuxième espèce. Jaunisse froide.

Celle-ci s’annonce par la diminution des forces, la tristesse de l’animal, la perte de l’appétit, la couleur jaune des yeux, les vaisseaux de l’œi1 variqueux, la langue jaunâtre, la difficulté de respirer, la contraction plus ou moins forte des muscles du bas ventre, la froidure des tégumens, la petitesse des vaisseaux superficiels, la fluidité & la couleur jaune des matières fécales,, la répugnance de la boisson, & les battemens de l’artère maxillaire plus petits que dans l’état naturel.

Le bœuf, & encore plus le mouton, sont plus exposés à cette espèce de jaunisse que les autres animaux.

Nous rangeons parmi les causes les plus connues de la jaunisse froide, le passage subit du chaud au froid, les bains, la pluie après une course violente, la suppression de la transpiration, ou une sueur tout-à-coup arrêtée, une diarrhée suspendue par l’usage des remèdes astringens, les eaux impures & stagrantes pour boisson, les pâturages marécageux, la boisson trop copieuse, surtout chez le mouton, le long séjour dans les écuries humides & mal disposées, & les concrétions pierreuses dans le foie.

Loin de prescrire ici la même méthode de la jaunisse avec chaleur, nous recommandons au contraire l’usage du suc exprimé des feuilles de chélidoine, incorporé avec parties égales de miel, le savon incorporé avec suffisante quantité d’extrait de genièvre, de ciguë, à la dose de demi drachme pour le cheval, délayé dans une décoction de pariétaire, ou de garance, ou d’asperges, continués pendant neuf à dix jours, sans oublier les lavemens indiqués dans la jaunisse précédente.

Troisième espèce. Jaunisse par les vers.

Le foie du cheval, du bœuf, du mouton, contient des vers dont la figure & la grandeur varient selon l’espèce de l’individu. Leur multiplication est souvent si dangereuse, que la sécrétion de la bile se trouvant dérangée, son transport dans les vaisseaux bilifères est gêné, de-là le reflux de cette humeur dans le torrent de la circulation, & la jaunisse.

On doit bien comprendre que cette espèce de jaunisse n’étant qu’accidentelle, on ne peut parvenir à la faire cesser, & à rétablir l’animal, qu’en ôtant ou détruisant les vers par les remèdes appropriés. (Voyez l’article Vers, maladies vermineuses) où nous nous proposons de traiter au long des espèces de vers qui affectent les animaux, de ce qui les produit, de leurs désordres, des différentes maladies qu’ils occasionnent, & de la préparation de l’huile empyreumatique pour les détruire. M. T.


Jaunisse. (Maladies des plantes & des arbres). Elle est quelquefois subite, & plus souvent elle se prépare de loin.

La jaunisse subite est plus fréquente dans le printemps, que dans le reste de l’année. Elle tient à un passage trop prompt du chaud au froid, & par conséquent à une suppression ou diminution de transpiration. La sève regorge dans toutes les parties supérieures de l’arbre, redescend avec peine & lenteur vers les racines, & reste confondue avec la matière excrétoire de cet engorgement & de ce mélange ; la sève se détériore ; & si la chaleur ne rétablit promptement le cours de l’excrétion, en un mot, si la sève tarde à suivre sa route naturelle, le mal-être devient général dans toutes les parties de la plante. Le parenchyme des feuilles est vicié, & de vert qu’il étoit auparavant, il passe à la couleur jaune, plus ou moins claire, suivant le degré de son altération.

La greffe trop enterrée, & surtout dans les sols naturellement gras & humides, est une des causes de la jaunisse lente.

L’arbre surchargé de lichen & de mousse est sujet à cette maladie.

Si l’amandier, par-exemple, a ses racines chargées de nodus, d’exostoses, la jaunisse fait de grands progrès & fait périr l’arbre, si avant l’hiver on n’a pas le soin de fouiller tout autour de ses racines, & de supprimer ces excroissances contre nature qui vicient la sève du moment qu’elle s’introduit dans la plante.

On voit souvent des arbres forts & vigoureux pendant plusieurs années depuis leurs plantations, commencer à jaunir. Si on fouille jusqu’à la plus grande profondeur des maîtresses racines, on trouvera ou que leurs extrémités plongent dans l’eau stagnante, ou qu’elles ne peuvent pénétrer un tuf par couche, ou enfin que les vers du hanneton (Voyez ce mot) se sont acharnés à ronger les maitresses racines. Enfin si l’arbre est trop vieux & tend à sa fin, il n’est pas surprenant que ses feuilles jaunissent & tombent avant le temps.

Les arbres plantés dans des terrains arrides, sablonneux, & qu’on ne peut arroser pendant les grandes chaleurs, jaunissent. Un mélange d’argille bien sèche, divisée en poussière, mêlée avec ces sables, leur donnera du corps, parce qu’à la première pluie elle se mêlera avec eux, laissera moins évaporer l’humidité de la terre, & retiendra plus longtemps l’humidité occasionnée par les eaux pluviales. S’il n’est pas facile de se procurer de l’argile, on la suppléera par une couche entre deux terres, faite avec des feuilles d’arbres, & surtout avec la bâle des blés, orge, avoine &c. Si on est privé de ces secours, le dernier parti à prendre, est de couvrir le pied de l’arbre, à une circonférence de trois à quatre pieds avec des cailloux, des pierres, qu’on enlèvera dès que les grandes chaleurs ne seront plus à redouter.

Si le fond du sol est trop humide naturellement, c’est un grand malheur pour un jardin fruitier ; le seul remède est d’ouvrir de grands fosses d’écoulement dans la partie la plus basse du iardin, ou non loin des arbres & à une profondeur au dessous de leurs racines dont on remplira le fond avec des pierrailles & des cailloux.

Si l’arbre jaunit par vieillesse, il faut le suppléer par un autre, & si la terre est épuisée, changer & transporter l’ancienne, enfin remplir le grand creu avec de la nouvelle. Les gazonnées produisent de très-bons effets.

L’arbre dont on a étronçonné, mutilé les racines avant de le planter, est très-sujet à la jaunisse, parce qu’il ne peut plus produire que des racines latérales, peu profondes, & par conséquent sujettes à éprouver les effets de la sécheresse. Les pommiers & poiriers greffés sur coignassiers, sont dans le même cas par la même raison.

Les jeunes arbres exposés au gros midi contre un grand mur, éprouvent trop de chaleur dans leur tronc, & leurs feuilles jaunissent. Une planche, une douve, dont on recouvrira le tronc, préviendra la maladie.

Lorsqu’on découvre les racines pour connoître la cause du mal, produit soit par les insectes, soit par la moisissure & noirceur des racines, &c. il faut commencer par visiter celles d’un côté, & procéder ainsi de suite ; mais à chaque fouille remettre de la terre neuve & bonne. Lorsque l’on trouve l’origine du mal, il faut tuer les vers avec la serpette, enlever les parties mâchées, & cerner jusqu’au vif ; enfin supprimer jusqu’au vif les racines chancies, noires, &c. On doit bien se donner de garde de découvrir toutes les racines à la fois. Après ces opérations, on donne un bouillon à l'arbre (Voyez ce mot), afin de lui aider à réparer ses forces.