Cours d’agriculture (Rozier)/FENOUIL COMMUN

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Hôtel Serpente (Tome quatrièmep. 458-459).


Rozier - Cours d’agriculture, tome 4, pl. 4 fenouil commun.png

FENOUIL COMMUN. (Voyez Planche IV, pag. 411) M. Tournefort le classe dans la seconde section des herbes à fleurs en rose & en ombelle, dont le calice se change en deux petites semences oblongues, & il l’appelle fæniculum dulce majore & albo semine. M. von Linné le nomme anethum fæniculum, & le classe dans la pentandrie digynie.

Fleur D, composée de cinq pétales C, recourbés ; de cinq étamines & de deux pistils. Les étamines environnent l’embryon B, contenu dans un calice à peine visible.

Fruit E, ovale composé de deux semences G, convexes, cannelées d’un côté, & aplaties de l’autre ; elles se séparent & restent suspendues aux deux divisions du pédicule, comme on le voit en F.

Feuilles. Elles embrassent la tige par leur base ; elles sont deux fois ailées ; les folioles simples, ailées, linéaires, comme cylindriques, terminées en pointe.

Racine A, en forme de fuseau, cylindrique, presque blanche.

Port. Tiges de la hauteur d’un homme & souvent plus droites, cylindriques, cannelées, noueuses, lisses. L’ombelle naît au sommet, composée de plusieurs rayons ; les feuilles sont alternativement placées sur les tiges.

Lieu. Les terrains pierreux, ses vignes des pays méridionaux de France ; cultivé dans les jardins au nord de la France. La plante est bienne si on la laisse fleurir, & subsiste autant de temps qu’on lui empêche de fleurir & grainer ; fleurit pendant tout l’été.

Propriétés. Les. feuilles ont une odeur aromatique, douce, une saveur légèrement âcre : les semences sont plus âcres, & la racine est comme les feuilles. Toute la plante est résolutive, carminative, diurétique, stomachique, sudorifique.

Usages. L’eau distillée des semences & des feuilles, jouit bien foiblement de leurs propriétés. L’huile tirée par expression des semences a les mêmes propriétés que les huiles d’olives, de noisettes, & rien de plus. L’huile essentielle à petite dose, & unie avec du sucre, échauffe beaucoup & appaise rarement les coliques venteuses. En onction elle accroît les forces musculaires, & quelquefois la sensibilité. La semence de fenouil est placée parmi les quatre semences chaudes majeures.

Jardinage. On cultive dans les jardins des provinces du nord du royaume, le fenouil commun & le fenouil doux, autrement dit de Florence, dont la tige s’élève moins haut que celle du premier, dont les graines sont plus grosses & d’une odeur plus douce. C’est le fæniculum dulce officinarum de Bauhin. Est-ce une espèce jardinière, (voyez ce mot) bien déterminée & séparée de la première ? Je n’oserois prononcer, & je crois qu’on doit attribuer les changemens à la culture &c sur-tout à la diversité du climat. En effet, la graine de ce second fenouil, même tirée des pays les plus renommés pour cette plante, comme des côtes d’Afrique ou d’Italie, y dégénère promptement. En l’admettant, à la rigueur, comme espèce jardinière, elle ne peut être rangée au nombre des espèces botaniques. L’auteur de l’École du jardin potager, dit qu’on en cultive beaucoup en Languedoc ; cela peut être, mais je ne l’y ai jamais vu. Son plus grand usage seroit dans la lessive des olives, & pour laquelle on emploie tout uniment le fenouil commun, malheureusement trop multipliés dans nos vignes. Il y a plus, ce même fenouil doux des italiens, finocchio dolce, réussit rarement dans nos provinces méridionales, & conserve peu de temps son épithète de dolce. La chaleur de ces provinces n’est peut-être pas suffisante pour lui conserver sa qualité, & le fenouil doux d’Italie, au rapport des voyageurs, est beaucoup moins doux que celui des Açores. Les auteurs de l’ancienne Rome conseilloient de le semer en février ; aujourd’hui on le sème en avril en Italie, & en mars dans le nord de la France.

Si on cultive le fenouil doux pour le faire blanchir comme les céleris, les cardons, on le sème en mai ou au commencement de juin. Lorsque les pieds sont assez forts, on les repique dans une terre bien préparée, de la même manière que les céleris, à 15 ou 16 pouces de distance en tout sens ; enfin, lorsqu’il a une grosseur convenable, on le butte, & il blanchit. Cette plante exige d’être souvent arrosée : ainsi préparée, elle devient délicieuse dans les environs de Rome & de Naples.