Cours d’agriculture (Rozier)/JARRET

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Hôtel Serpente (Tome sixièmep. 85-86).


JARRET. Médecine vétérinaire. Les jarrets du cheval exigent l’attention la plus sérieuse ; quelques légers en effet qu’en soient les défauts, ils sont toujours très-nuisibles. Le mouvement progressif de l’animal n’est opéré que par la voie de la percussion ; la machine ne peut être mue & portée en avant, qu’autant que les parties de l’arrière-main, chassant continuellement celles de devant, l’y déterminent ; or, toute imperfection qui tendra à les affoiblir, & principalement à diminuer la force & le jeu du jarret, qui d’ailleurs par sa propre structure est toujours plus fortement & plus vivement occupé que les autres parties, ne sera jamais raisonnablement envisagée comme médiocre & d’une petite conséquence. Mais passons à l’examen de cette partie.

1°. La situation : le jarret est situé entre le tibia ou la jambe, & le canon de l’extrémité postérieure.

2°. Le volume : il doit être proportionné au tout dont il fait une portion : des petits jarrets sont toujours foibles.

3°. La forme : les jarrets doivent être larges & plats.

4°. La force : des jarrets qui tournent, qui balancent, qui se jettent en dedans quand le cheval chemine, sont ce que nous appellons des jarrets mous ; il est encore des chevaux qui en cheminant portent les jarrets en dehors ; ni les uns, ni les autres ne peuvent être facilement unis, parce que dès que cette partie est hors de la ligne, cette fausse direction la met hors d’état de suffire au poids même de l’animal.

5°. La distance de l’un & de l’autre : des jarrets serrés, & dont la pointe ou la tête est très-rapprochée ou se touche, constituent les chevaux que nous nommons jartés ou crochus, ou clos du derrière. Ils ne peuvent s’asseoir que très-difficilement ; à la moindre descente, leurs jarrets se lient, s’entreprennent l’un & l’autre, & le derrière en eux ne peut avoir aucune force.

6°. Le plis : s’il est trop considérable, si la flexion de cette partie est telle naturellement que dans le repos, le canon se trouve fort en avant & sous l’animal, nous disons que les jarrets sont coudés, & il en résulte une seconde espèce de chevaux crochus. La courbure extrême de ceux-ci met l’animal hors d’état de mouvoir la partie avec aisance ; l’un & l’autre de ses pieds sont trop près du centre de gravité, & pour peu que le derrière soit passé, ils outre-passent ce point, de manière que le cheval ainsi conformé, ne peut conserver le juste équilibre d’où dépend la mesure & la facilité de son action. Ainsi, telle est la source de la foiblesse commune à ces sortes de chevaux, & le vice est bien plus grand encore, si, par une erreur de la nature, il se trouve joint à celui des reins trop longs, des hanches trop étendues, &c. &c.

7°. La substance : elle doit être sèche ; nous disons alors que l’animal a les jarrets bien évidés : des jarrets charnus, des jarrets pleins ou gras sont toujours chargés d’humeurs, & sujets par conséquent à une multitude de maux.

Ces maux, outre les engorgemens & les enflures qu’un travail excessif peut y produire, & que dans les jeunes chevaux le soin & le repos peuvent garantir, sont le capelet ou passe-campane, la salandre, le vessigon, la varice, la courbe, l’épervin, le jardon. (Voyez tous ces mots, suivant l’ordre du dictionnaire, quant au traitement). On doit bien comprendre que tous ces maux différens, survenant à une partie chargée des plus grands efforts à faire, sont toujours fort à craindre, sans parler de ceux auxquels elle peut être sujette, conséquemment à ces mêmes efforts, & qui n’ont point encore reçu de dénominations propres & particulières.