Cours d’agriculture (Rozier)/JASMIN

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Hôtel Serpente (Tome sixièmep. 86-90).


JASMIN BLANC COMMUN. Tournefort le place dans la première section de la vingtième classe destinée aux arbres dont le pistil devient un fruit mou, à semences dures ; & il l’appelle jasminum vulgatiùs flore albo ; Von Linné le nomme jasminum officinale, & le classe dans la Diandrie Monogynie.

Fleur, d’une seule pièce, divisée en cinq folioles, ayant pour base un tube cylindrique, un calice à cinq dentelures ; le tout renferme deux étamines & un pistil.

Fruit, baie molle, ovalle lisse, à deux loges, renfermant deux semences, enveloppées d’une membrane.

Feuilles, ailées : les folioles ovales, en forme de fer de lance, terminé par une impaire plus longue que les autres.

Racine, rameuse, ligneuse.

Port, arbrisseau à tiges sarmenteuses, qu’on élève en palissade. L’écorce des troncs est brune, celle des rameaux verdâtre ; le bois jaune & dur ; les fleurs à l’extrémité des tiges ; feuilles opposées.

Lieu, originaire des Indes, naturalisé sur-tout dans nos provinces méridionales, où les plus grands froids peuvent faire périr les tiges, & non pas les racines.

Ce jasmin prouve ce que j’ai dit au mot espèce & ailleurs, qu’avec le temps & des soins, il est possible de naturaliser en France les plantes les plus indigènes. On le cultiva d’abord dans des vases qui furent renfermés avec soin dans les serres pendant l’hiver ; quelques drageons furent ensuite confiés à la pleine terre, & bien abrités ; enfin on voit aujourd’hui ce charmant arbrisseau servir aux palissades, aux tonnelles dans presque tous les jardins des provinces du midi & du centre du royaume : on le multiplie par marcottes, par drageons ; ils reprennent facilement. On greffe sur cet arbuste les autres jasmins.

Jasmin d’Espagne ou de Catalogne, ou à grandes fleurs. C’est le jasminum grandiflorum de Von Linné ; le jasminum Hispanicum flore majore externe rubente de Tournefort. Quelques curieux ont un jasmin d’Espagne à fleurs semi-doubles, ce qui établit une jolie variété à multiplier par la greffe : il diffère du premier par sa fleur du triple plus large, & dont les folioles sont moins allongées au sommet ; par le dessous de ces folioles, qui est rouge ; par ses feuilles plus larges, plus ovales. Von Linné observe que les trois dernières proviennent de la dilatation de leur queue ou pétiole ; de sorte qu’elles tombent toutes à la fois. Le tronc de cet arbrisseau ne s’élève pas ; ses rameaux sont courts & non sarmenteux. Il fleurit pendant l’automne & même dans la serre, si on a soin de lui donner de l’air. On le greffe en fente sur le jasmin commun. Un auteur dit que ce jasmin greffé est moins délicat que celui qu’on élève de graines : sans doute des graines apportées du Malabar, d’où il est originaire ; car il est on ne peut plus rare de le voir grainer, même dans nos provinces méridionales. Les habitans de Nice & des bords de la rivière de Gènes, font un commerce de ces arbustes ; ils nous les apportent tous greffés : la tige & le tronc sont couverts de mousse, qu’ils ont le soin de tenir fraîche. La première chose à examiner en les achetant, est de voir si la greffe est verte ; si elle est brune ou flétrie, il ne faut pas acheter le pied.

Dans les provinces du midi & du centre du royaume, on les plante dans des vases avec une terre bien substantielle, telle que la terre franche mêlée avec moitié de terreau, & on recouvre le dessus du vase avec du fumier bien consommé. Le grand point est de faire en sorte que les racines soient bien étendues & touchent de tous leurs points les molécules de la terre. On donne une petite mouillure, afin de faire tasser la terre ; enfin l’arbre est planté, de manière qu’après le tassement de la terre, le colet des racines reste au niveau de la surface du vase. La partie devenue vuide, est remplie de nouvelle terre. Si le colet des racines est enterré, il en sort des branches qui sont sauvageonnées, & qui absorbent la sève, au grand détriment de la greffe. Le jasmin planté, si c’est dans l’hiver, on place le vase dans un lieu à l’abri des gelées, qui ait beaucoup d’air & ne soit pas humide. Si le soleil y donne, un peu de mousse tout autour du pied empêchera que ses rayons ne le dessèchent : la greffe ne doit point être recouverte.

Dans les provinces du nord, on fera très-bien d’enterrer les vases dans une couche vitrée, & de l’ouvrir autant de fois & pendant aussi long-temps que la saison le permettra. La couche les rend délicats, sensibles au froid, & on ne les en retire que lorsque la saison est assurée, & qu’ils sont en pleine végétation : l’hiver suivant on les reporte dans l’orangerie.

Ce jasmin est en culture réglée, c’est-à-dire cultivé en pleine terre à Grasse, Vence, Antibes, Nice & toute la rivière de Gènes ; la fleur se vend aux parfumeurs. L’arbre commence deux mois plutôt à y fleurir que dans le nord ; les gelées seules arrêtent sa fleuraison : si le froid devient apre (relativement à ces climats), on leur fait des espèces de cabannes ; les cannes ou roseaux de jardins servent de charpente ; par-dessus on étend un lit de paille, maintenu supérieurement par d’autres cannes qu’on assujettit de distance en distance avec les inférieures, afin que les vents n’enlèvent pas la paille. Les côtés de ces espèces de tables sont, dans les cas urgens, garnis avec de la paille longue, que l’on enlève dès que le danger cesse, parce que cet arbre craint singulièrement l’humidité. Le fumier n’est pas épargné sur la surface de la terre, & il est enfoui au premier labour après l’hiver : la culture du jasmin en exige beaucoup.

Dans les provinces du nord, on ne peut le cultiver en pleine terre, que derrière de bons abris, & encore faut-il multiplier les paillassons qui les garantissent rarement des grands froids, & les font sur-tout pourir par l’humidité qui se concentre en dessous. Je conviens que ceux qui passent ainsi l’hiver, donnent plus de fleur en automne : mais cet excédent peut-il être mis en comparaison avec le danger que l’arbre court ? Il vaut beaucoup mieux le conserver dans des pots, & les enterrer contre des murs pendant la belle saison, & les renfermer à l’approche des grandes gelées. Les jardiniers fleuristes des environs de Paris ont des fleurs pendant presque tout l’hiver, par le secours des couches vitrées.

Dans les provinces du midi, chaque année ou tous les deux ans & à la fin de l’hiver, on coupe raz la tête de l’arbre contre les bourgeons, & il en repousse de nouveaux qui ont souvent jusqu’à sept ou huit pieds de longueur. Comme les poussées dans le nord sont beaucoup plus courtes, il n’est pas nécessaire de les raccourcir aussi souvent. Dans le midi les bourgeons se divisent dès la première année en petites branches à fleurs, & c’est de leur multiplicité que dépend l’abondance de de leurs récoltes. Les bourgeons de la première année qu’on laisse subsister pendant la seconde, multiplient ces branches secondaires ; les fleurs sont nombreuses & moins belles : il vaut beaucoup mieux raser chaque année ; sans cette précaution, la confusion règne dans les bourgeons ; ils occupent un grand espace, & se nuisent entr’eux.

Jasmin des Açores. Jasminum Azoricum. Lin. & Tourn. Ainsi nommé, parce qu’il nous a été apporté de ces isles. Ses tiges sont grêles, longues, blanches, susceptibles de s’élever très-haut, si on leur donne des appuis : elles sont garnies de feuilles opposées, trois à trois, grandes, rondes, veinées, du même verd de chaque côté, & conservent leur couleur pendant toute l’année. Les fleurs sont grandes, blanches, renfermées dans des calices profondément découpés : elles paroissent dès que la chaleur commence à être un peu forte, & se succèdent jusqu’aux froids. Ce joli arbrisseau se cultive comme le jasmin d’Espagne ; il est moins délicat que lui, & par conséquent passe plus facilement l’hiver en pleine terre. Le parfum de ses fleurs est de beaucoup supérieur à celui des deux jasmins ci-dessus. On le multiplie par la greffe sur le jasmin ordinaire & par boutures.

Jasmin à fleurs jaunes. Jasminum fruticans. Lin. Jasminum luteum, vulgò dictum bacciferum. Tour. Arbrisseau très-commun en Provence, en Languedoc & dans les pays chauds. Ses feuilles sont alternativement placées trois à trois, & simples, portées sur des tiges anguleuses & rameuses ; à la base du pétiole qui porte les feuilles, s’élèvent deux éminences linéaires qui s’étendent sur les tiges. Ses fleurs sont jaunes, & des baies noires dans leur maturité leur succèdent. La fleur a peu d’odeur. Il n’exige aucune culture particulière. Il fleurit deux fois, sur l’arrière-printemps & en automne. On le multiplie par boutures & par drageons.

Jasmain nain Jasminum humile. Lin. Humile luteum. Tourn. Il habite les mêmes provinces que le précédent. Ses tiges ne s’élèvent guère plus de 12 à 15 pouces ; elles sont flexibles, un peu anguleuses ; ses feuilles sont placées alternativement, quelquefois trois à trois, quelquefois ailées. Une petite baie rouge dans sa maturité, succède à une petite fleur jaune.

Jasmin très-odorant à fleurs jaunes. Jasminum odoratissimum. Lin. La tige s’élève à la hauteur de plusieurs pieds, ferme & droite, à rameaux cylindriques. Les feuilles varient ; elles sont trois à trois ou ailées ; l’aîle est composée par sept folioles lisses, ovales & pointues. La fleur est petite & répand une odeur délicieuse : il est originaire des Indes, & fleurit pendant tout l’été & jusqu’aux froids.

L’orangerie lui suffit pendant l’hiver dans les provinces méridionales ; il demande plus de soins dans celles du nord.

On pourroit réunir à la famille des jasmins le Sambac, & particulièrement celui qu’on appelle Jasmin d’Arabie. Nictantes Sambac. Lin. Syringa Arabica foliis mali aurantii. Bauh. Pin. Joli arbrisseau toujours verd, à tiges flexibles, à feuilles opposées, simples, très-entières, les inférieures en forme de cœur & obtuses ; les supérieures ovales aiguës ; les fleurs naissent au sommet des rameaux, & sont très-odorantes.

La greffe sur le jasmin commun est une manière sûre de les multiplier. Les marcotes faites comme celles des œillets, réussissent toujours pour peu qu’on en ait soin.