Cours d’agriculture (Rozier)/JUJUBE. JUJUBIER

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Hôtel Serpente (Tome sixièmep. 104-105).


JUJUBE. JUJUBIER. (Voyez pl. III, page 102). Tournefort classe cet arbre dans la septième section de la vingt-unième classe des arbres à fleur en rose, dont le pistil devient un fruit à noyau, & il l’appelle ziziphus. Von Linné le nomme rhamus ziziphus, & le classe dans la Pentandrie Monogynie.

Rozier - Cours d’agriculture, tome 6, pl. 3, jujubier.png

Fleur ; en rose, composée de cinq étales très-petits, attachés par leur base sur le bord du tube du calice, de manière qu’ils sont fort éloignés de l’ovaire, comme on le voit en A, où la fleur est représentée de face. Les étamines au nombre de cinq ; le pistil au centre de la fleur B représente le calice vu en-dessous.

Fruit C ; baie ovale, verte avant sa maturité, d’un rouge orangé lorsqu’elle est mure. D la représente coupée transversalement, pour laisser voir l’espace qu’occupe le noyeau E, lequel est coupé en F, & renferme l’amende G.

Feuilles ; ailées, à queues courtes, portées sur une queue longue ou pétiole commun ; elles sont ovales, oblongues, simples, à trois nervures principales, dentées en manières de scie, luisantes, unies, d’un verd clair.

Port ; je ne sais pourquoi tous les écrivains le placent parmi les grands arbrisseaux ; sans doute que dans nos provinces du nord il n’y excède pas la grandeur ordinaire. Il n’en est pas ainsi dans celles du midi, où l’on voit des troncs de douze à quinze pouces de diamètre, s’élever aussi haut que les plus grands poiriers, & se charger de branches aussi fortes. L’écorce de cet arbre est rude, gercée ; les jeunes branches pliantes, garnies à leur insertion de deux aiguillons durs, piquans, presque égaux. Les fleurs très-petites, presque blanches, naissent des aiselles des feuilles, soutenues par de courts pédicules ; les feuilles sont alternativement placées sur leur pétiole commun.

Lieu ; nos provinces méridionales, où il fleurit en mai & en juin.

Propriétés ; le fruit est nourrissant, doux, agréable, quoiqu’un peu fade. Il est expectorant, adoucissant, légèrement diurétique. Il est indiqué dans la toux essentielle, la toux cathédrale, l’asthme convulsif, dans les espèces de maladies où il faut aider & soutenir l’expectoration, & dans la colique néphrétique par des graviers.

Usages ; le fruit desséché dans les tisanes & apozêmes pectoraux.

Culture ; on le plante, dans les provinces du midi, avec les arbres fruitiers ordinaires. Il n’exige aucune culture particulière. Sa végétation est lente ; mais comme ses rameaux se garnissent d’un grand nombre de feuilles, on peut en couvrir des tonnelles, en s’y prenant de bonne heure : ils n’auront pas dans la suite besoin de soutien.

On ne s’amuse pas à le multiplier par les noyaux ; cette voie est trop lente : il vaut mieux déraciner les jeunes pieds qui sortent de terre au-tour du tronc.

Si on est curieux de se procurer cet arbre dans le nord, où le fruit ne mûrira jamais bien, quelle que soit la chaleur de l’année, il est plus expéditif de tirer du midi de jeunes pieds bien enracinés, & de les planter dans des vases de grandeur convenable, qu’on renfermera dans l’orangerie pendant l’hiver. Si on veut le multiplier par semences, on prend des noyaux qu’on met dans des vases remplis de terre douce, & qu’on enfonce dans une couche. Si le noyeau a trempé dans l’eau pendant douze à vingt-quatre heures avant de le semer, il germera plus facilement. Chaque année on aclimate peu-à-peu l’arbre ; enfin on le plante en pleine terre derrière un bon abri. Pendant les premières années, on aura soin de garnir tout le tour du tronc avec du fumier de litière, & d’envelopper le tronc & les branches avec de la paille, seulement pendant les fortes gelées.

En plantant près & en inclinant les jeunes branches, on feroit des haies impénétrables avec cet arbre. (Voyez le mot Haie).