Cours d’agriculture (Rozier)/LABOUR A BRAS D’HOMMES

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Labour a bras d’hommes, (Jardinage pratique.) Labourer, c’est retourner la terre, la diviser, l’ameublir, pour enterrer les engrais qui doivent la fertiliser et l’épurer des substances étrangères qui pourroient empêcher l’extension des racines, ou nuire aux plantes. Rozier a tracé longuement le labour exécuté par les diverses charrues connues alors : mais il a effleuré légèrement les opérations du défonçage et du labour avec les outils mus à bras d’hommes. Suppléons à cette lacune, et traçons ici la meilleure manière d’employer chaque outil, soit pour le défonçage, soit pour les simples labours.

Défoncer un terrain, c’est le fouiller pour la première fois, afin de le rendre perméable aux racines des végétaux qui doivent y être semés, aux météores et aux engrais. On y emploie, dans les grandes cultures, la charrue à coutre et sans soc ; mais, dans les jardins, cette opération est faite à bras d’hommes, au moyen du hoyau, de la bêche, de la tournée ou du pic. Voyons la manière dont on doit opérer avec chacun de ces instrumens.

A la bêche. On emploie la bêche dans les jardins, pour défoncer des terrains dont le sol n’est ni dur, ni trop pierreux. Dans les terrains en friche, la jauge doit être ouverte aussi large que profonde ; les pierres doivent être rejetées soigneusement du sol, ainsi que les racines des plantes traçantes, comme le liseron, le chiendent, etc. : des terrains ainsi préparés conviennent à presque tous les légumes annuels ou bisannuels.

Au hoyau. Cet instrument convient dans les terrains d’une culture graveleuse. Les ouvriers ouvrent une jauge de deux pieds de largeur sur le terrain à défoncer ; sa profondeur varie suivant la nature des végétaux que l’on se propose de cultiver. Si ce sont des plantes annuelles, dix à douze pouces suffisent ; si ce sont des plantes vivaces ou bisannuelles, à racines pivotantes, la jauge doit avoir quinze à dix-huit pouces de profondeur ; il convient de donner au défonçage trente pouces.

La jauge ayant été arrêtée tant en largeur qu’en profondeur, elle doit se continuer uniformément, si une variation bien sensible dans l’épaisseur de la couche végétale ne force à quelques modifications dans sa profondeur. À mesure qu’une certaine quantité d’ouvriers pioche le terrain, émiettent les mottes au fond de la jauge d’autres enlèvent la terre avec des pelles, la jettent derrière eux sur la crête des terres sorties de la jauge, et l’étalent ; de manière que s’il s’y trouve des pierres, des racines et autres corps étrangers, ils coulent au fond de la jauge, et s’y trouvent couverts par les terres fines qui viennent nécessairement se répandre, par une suite de leur moindre pesanteur, sur la surface du sol.

A la tournée. Cet outil doit être employé dans les sols durs et pierreux, dans ceux où il se trouve beaucoup de racines. La nature des cultures auxquelles on destine le terrain doit régler là profondeur de la jauge, comme lorsque l’on emploie le hoyau ; mais, si la quantité de pierre que recèle le terrain surpasse de moitié celle de la terre végétale qui y est mêlée, il Convient de donner plus de profondeur à la jauge ; afin que les pierres restant au fond, il demeure à la surface, au dessus d’elles, une quantité de terre végétale épierrée, suffisante à la nutrition des plantes qui doivent y croître.

Pour séparer les pierres de la terre, les ouvriers la tamisent en la répandant derrière eux sur la crête de la jauge que l’on a ouverte de la manière dont nous l’avons prescrit ; ou bien, après que les terres ont été émiettées avec la tournée, on les passe a travers une claie de bois placée dans la jauge. Si le terrain est destiné à être planté en bois, les pierres peuvent être laissées, sans inconvénient, au fond de la jauge ; mais si l’on veut y planter des arbres fruitiers ou d’alignement, pour assurer la réussite de ces plantations, on doit enlever les pierres de la jauge, et les remplacer par des terres de rapport.

Au pic. Le pic sert à défoncer les terrains où le tuf se trouve à peu de profondeur, et plus particulièrement les pentes rapides des montagnes ; c’est moins un défonçage qu’un remuement de pierres que l’on amoncèle pour soutenir les banquettes où l’on fait croître la vigne et le mûrier.

La saison des labours est spécialement le printemps et l’automne ; ceux qui précèdent l’hiver sont les plus avantageux dans les terres compactes, parce que les gelées, les neiges et les pluies qui surviennent, émiettent les terres remuées, les divisent, décomposent les engrais, et facilitent leur union plus intime avec la terre du sol, dans les jardins, et sur-tout dans les potagers. Cependant, comme on sème et qu’on plante dans toutes les saisons, on laboure aussi pendant toute l’année. Il faut avoir attention que la terre soit maniable, ni trop dure, ni trop molle, ni trop sèche, ni trop humide. Labourer par le hâle et la sécheresse, c’est un travail plus nuisible qu’utile, c’est dépouiller la terre du peu d’humidité qui lui restoit. L’expérience fait connoitre aux bons jardiniers les époques les plus avantageuses au labour, relativement au climat, à la nature du sol qu’ils cultivent. Ils se servent, pour labourer, de la herse, de la bêche et de la fourche.

Labour à la houe pleine. Plusieurs ouvriers rangés en file à la partie inférieure du terrain, courbés en deux, les jambes écartées, tenant cet outil des deux mains, l’enfoncent dans la terre presque horizontalement, en enlèvent les plaques de terre et les retournent derrière eux. Ce travail est très-pénible, il déforme les ouvriers, et ne remue la terre qu’à quatre ou cinq pouces de profondeur. Il est employé dans les petites cultures de céréales et de légumes, et spécialement pour la vigne, dans les terrains peu profonds. On emploie de même la houe à crochet dans les terrains caillouteux, dans ceux qui sont remplis d’herbes à racines traçantes.

A la fourche à deux ou trois dents. Les ouvriers qui se servent de la fourche la tiennent des deux mains, l’une placée au haut du manche, et l’autre vers la base, près le fer de l’instrument ; leurs corps sont légèrement fléchis en avant lorsqu’ils enfoncent la fourche en terre, ils se relèvent en enlevant la fourchée de terre, et sont presque droits lorsqu’ils la retournent. Ils travaillent en reculant, ce qui laisse aux terres visqueuses, compactes et humides, qu’on laboure de cette façon, toute la division dont elles ont besoin pour être privées d’une humidité excessive, et les soustrait au piétinement qu’elles éprouveroient si elles étoient cultivées à la houe. La fourche convient aux petites cultures.

Labour à la bêche. Ce labour est le meilleur, le plus avantageux à toute espèce de culture ; mais il est le plus coûteux ; c’est presque le seul en usage dans les jardins : il retourne mieux la terre que tous les autres, l’ameublit à une plus grande profondeur, mêle plus intimement les engrais, fournit les moyens les plus sûrs d’épurer le sol des pierres, des racines et des plantes nuisibles ; mais, pour obtenir cet heureux effet, il faut que la jauge en soit tenue bien droite et bien ouverte, afin que la terre soit bien renversée de haut eu bas et que les mauvaises herbes se trouvent bien enterrées, La terre d’un labour à la bêche, bien fait, doit être miettée et unie à sa surface. (T.)