Cours d’agriculture (Rozier)/LENTISQUE

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Hôtel Serpente (Tome sixièmep. 248-249).


Rozier - Cours d’agriculture, tome 6, pl. 6, lentisque.png

LENTISQUE. (Voyez planche VI) Von Linné le classe dans la dioécie pentandrie, & le nomme Pistacia Lentiscus. Tournefort l’appelle Lentiscus vulgaris, & le classe dans la seconde section de la dix-huitième classe destinée aux arbres à fleurs mâles & femelles, qui naissent sur des pieds diffèrens.

Fleur. On n’a représenté ici que la fleur mâle. La femelle n’en diffère que par la suppression des étamines ; le pistil occupe le milieu, A fleur mâle, à cinq étamines. B étamine vue par la face interne. G vue par le dos. Ces étamines sont rassemblées dans un calice D qui tient lieu de pétales ; c’est un tube à cinq parties égales.

Le calice de la fleur femelle n’a que trois divisions.

Fruit. Après la fécondation, l’ovaire devient un fruit vert, ensuite rouge E, puis noirâtre après sa maturité F. Il perd de son volume à mesure qu’il mûrit ; il est sphérique, marqué d’un ombilic, sec, renfermant une seule amande G, sphérique comme lui.

Feuilles. Aîlées, sans impaire, les folioles en forme de lance, très entières, au nombre de cinq ou de six de chaque côté.

Racine. Ligneuse, rameuse.

Port. Cet arbrisseau s’élève à huit ou dix pieds dans les provinces du midi. Les châtons des fleurs mâles sortent deux à deux des feuilles ; les fruits naissent de leurs aisselles, disposés en grappes : les feuilles sont alternativement placées sur les branches, ont des rebords, & sont toujours vertes.

Lieu. La Grèce, l’Italie, la basse-Provence & le Bas-Languedoc.

Propriétés. Le bois est d’une odeur agréable ; la résine d’une odeur aromatique, & d’une saveur amère. La résine, qu’on appelle mastic en larmes, se tire de cet arbre dans l’isle de Chio. Le bois a une qualité astringente les sommités, les baies & la résine, sont dessiccatives, astringentes & stomachiques. Le mastic est quelquefois indiqué dans l’asthme humide, la toux catarhale, la diarrhée par humeur séreuse, les fleurs blanches, les pâles couleurs ; en parfum dans les maladies de la poitrine, où il faut rendre l’expectoration facile, & où il n’existe aucune disposition inflammatoire ; dans les douleurs rhumatismales par sérosités ; en solution, dans l’esprit devin pour les ulcères des tendons & la carie des os. Ce mastic mâché, détermine une plus grande sécrétion de la salive, blanchit les dents, rend l’haleine d’une odeur agréable, ce que savent très-bien les Turcs & les dames du serrail. Ce mastic est soluble dans l’esprit-de-vin, les jaunes d’œuf & les huiles, mais non pas dans l’eau. Les larmes blanches sont à préférer à toutes les autres. Pour obtenir ce mastic, on fait, dans les mois de juillet, août & septembre, des incisions à l’arbre, d’où la sève s’extravase, & forme sur l’écorce, en se durcissant, des espèces de larmes. Ce mastic entre dans la composition de plusieurs vernis.

Culture. Il seroit possible, par des semis réitérés, de naturaliser le lentisque dans plusieurs de nos provinces (Voyez le mot Espèce) : il est indigène dans la Basse-Provence & dans le Languedoc. Comme cet arbre est toujours vert, il serviroit très-bien à former des bosquets & des tonnelles à ombre épaisse ; mais on le laisse sans culture végéter dans les haies, le long des chemins, pour fournir un peu de bois de chauffage ; on le multiplie facilement par semences & par couches ; si on le cultive, si on donne à son pied quelque labour, il végète fortement. Je ne doute pas, je le répète, qu’avec des soins ou n’en forme de jolies palissades ; le point essentiel est de diminuer la multiplicité des rameaux qui s’élèvent de ses racines, & de ne lui laisser que la quantité suffisante de tiges dont on a besoin pour garnir.