Cours d’agriculture (Rozier)/LIMACE. LIMAÇON

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Hôtel Serpente (Tome sixièmep. 264-266).


LIMACE. LIMAÇON. La première est un reptile nud, c’est-à-dire sans robe ou coquille ; & le second se renferme dans une coquille qui prend le même accroissement que lui. Lorsque la saison froide commence à se faire sentir, il se retire dans sa coquille, & la bouche avec une matière glutineuse, qui durcit & le met à l’abri du froid & de l’humidité, lorsqu’il a creusé sa retraite sous terre, ou sous des pierres, ou dans les crevasses des murs. La limace se replie également sur elle-même, & la partie de son col ou coqueluches lui tient lieu de coquille. La limace & le limaçon sont hermaphrodites, c’est-à-dire que chaque individu a les parties sexuelles mâles & femelles ; mais il faut l’accouplement des deux êtres pour féconder, & ils ont beaucoup de peine à s’accoupler. Je n’entrerai pas dans de plus grands détails sur la structure & sur les espèces de limaces & de limaçons ; ils sont plus utiles aux naturalistes qu’aux cultivateurs. Ceux qui désireront de plus grands éclaircissemens, peuvent consulter les ouvrages de M. de Réaumur, de Swamerdam, le dictionnaire d’histoire naturelle de M. Valmont de Bomare, &c.

Ces deux insectes font de très-grands dégâts dans les jardins potagers, dans les vergers & dans les champs ; ils attaquent indistinctement les fruits, les jeunes bourgeons des arbres, & les plantes lorsqu’elles sont encore tendres. C’est véritablement un fléau, & cette engeance maudite se multiplie à l’excès, si on ne se hâte pas de la détruire. Que d’arcanes, que de recettes on a publié sur cet objet, toutes plus merveilleuses les unes que les autres ; & toutes, au moins très-inutiles, si elles ne sont pas nuisibles ! La seule bonne recette consiste dans la persévérance & les soins, pour trouver, & ensuite écraser ces insectes. Le limaçon & la limace marquent les endroits par où ils ont passé avec une humeur visqueuse, gluante & brillante ; ainsi on peut les suivre à la trace jusques dans leur retraite. On dit que ces animaux n’ont point d’yeux ; mais que sont donc ces deux points noirs, qui brillent à l’extrémité de leurs cornes ? Comment vont-ils si bien en ligne droite sur le fruit ? Sont-ils simplement attirés par l’odorat ? Quoi qu’il en soit, il n’est pas moins vrai qu’ils causent beaucoup de dégâts.

Les limaces & les limaçons se retirent pendant le jour sous les feuilles des arbres, dans les haies, sous les bancs, sous les pierres, & courent pendant la nuit ; s’il survient une pluie chaude pendant le jour, ils se mettent également en marche, & vont marauder. C’est alors le cas de visiter ses espaliers & ses arbres, ils ne sont plus cachés sous les feuilles, mais ils courent par-dessus ou contre les branches. Il est donc facile de les prendre & de les tuer, ou de les jeter dans un sac, afin de les manger ensuite. Dans plusieurs de nos provinces, les limaçons sont un excellent mets pour les paysans, & dans d’autres ils ne mangent les limaçons que pendant l’hiver, lorsque leur coquille est fermée par l’opercule. On peut garder les limaces, & les donner aux poules, aux dindes, aux canards, qui en sont très friands. Le jardinier vigilant ira, chaque soir, une lumière à la main, visiter ses espaliers, les tables de son jardin, & ramasser tous les limaçons qu’il trouvera. À force de soins il parviendra à les détruire… Il peut encore, de distance en distance, placer des planches élevées d’un pouce, sur un côté, & touchant terre de l’autre ; les limaces & les limaçons s’y retireront, & ils les tuera : ce qui est plus sûr que les petits cornets faits avec des cartes, que les papiers publics ont, dans le temps, proposé comme une recette sûre. Je conviens que l’odeur de la colle qui unit les feuilles de papiers, dont la carte est composée, attire les limaçons, qu’ils la rongent avec plaisir, & qu’ils se cachent dans cette espèce d’entonnoir ; mais ce repaire n’est pas aussi sûr que celui offert par les planches, par les pierres, par les vases de terre, de fayance, à demi-cassés & renversés, &c. ; on les visite sans peine le matin & le soir.

Dans une seule nuit, les limaces sur-tout, dévastent les semis sur couche ou dans les tables, lorsque les plantes commencent à poindre. Si la limace est aveugle, comme on le dit, au moins elle n’est pas maladroite, car elle sçait très-bien choisir les herbes les plus tendres, & elle n’y manque jamais. Le seul moyen de préserver les semis, est de couvrir la terre avec des cendres, ou avec de la chaux pulvérisée, ou simplement avec du sable très-fin. Ces substances agissent mécaniquement sur l’animal, & non par quelques propriétés qui leur soient particulières. Ces particules fixes & déliées s’attachent au gluten de l’animal, empâtent tout le dessous de son ventre & ses côtés, de manière que ses mouvemens sont arrêtés, il ne peut plus se traîner en avant, & souvent il meurt sur la place. Mais si on laisse durcir cette couche de sable, de chaux, &c., elle ne produit plus aucun effet. Il faut donc de temps à autre la pulvériser, en diviser les molécules, la rendre le plus meuble possible, & même la renouveller au besoin.

Ces petits moyens suffisent dans un jardin, pour quelques tables seulement. Mais, y a-t-il beaucoup de cultivateurs en état de les employer en grand pour les vignes, pour les champs, &c. ?

Les limaces des jardins, jaunes, brunes ou noires, quelle que soit leur couleur, sont plus grosses, plus volumineuses que celles des champs : ces dernières n’ont que quelques lignes de diamètre, sur six, huit à dix de longueur, suivant leur âge. Elles sont communément de couleur grise, quelquefois verdâtres, & quelquefois une partie de leur corps est noire & l’autre grise. Ces couleurs tiennent-elles à leur degré d’accroissement, ou constituent-elle des espèces différentes ? Les naturalistes résoudront ce problême. Mais ce qu’il importeroit de sçavoir au cultivateur, ce seroit un moyen sûr & peu coûteux de les détruire. Lorsque l’automne est un peu chaud, lorsque les bleds sont hors de terre ; enfin, lorsque les froids ne surviennent pas de bonne heure, ces insectes se multiplient à un tel point qu’ils dévorent tous les bleds, & laissent la terre nue. Enfin, on est souvent obligé de resemer. On a conseillé de conduire la volaille sur ces champs, & elle détruit beaucoup d’insectes. Cette volaille endommagera le bled tendre, en le becquetant, en le déterrant, etc. L’objection est vraie jusqu’à un certain point ; mais il vaut encore mieux perdre quelques grains de bleds, & détruire les limaces, qui ne reparoîtront pas dans les années suivantes. Cette opération, utile pour de petits champs, est presque impossible lorsqu’ils sont d’une vaste étendue ; il reste encore la difficulté de conduire la volaille de la métairie sur ces champs, sur-tout s’ils sont éloignés. Un troupeau de dindes est conduit plus facilement, & encore faut-il avoir ces dindes à sa disposition. Tout paroît facile à l’homme qui voit la culture, & qui en parle au coin de son feu. Qu’il y a loin de ses discours à l’exécution ! Lorsqu’un champ est dévasté par les limaces, je ne vois d’autre expédient que celui d’un fort labour. L’animal enterré, périt ; & il reste la ressource de semer dans le temps les bleds marsais.

On a encore proposé de conduire sur ces champs ravagés, une troupe d’enfans, afin d’écraser les limaces. Le moyen est sûr, mais il est coûteux ; & les enfans ne peuvent les chercher que le soir ou le matin : durant le jour elles sont cachées sous les motes de terre, à moins que la journée ne soit humide ou pluvieuse. Ces petits moyens sont des palliatifs ; il n’en est pas de meilleurs que la charrue.

On a beaucoup vanté la chair de la limace & du limaçon dans les bouillons préparés contre la toux essentielle ou convulsive ; contre les maladies de poitrine, etc. L’expérience n’a point encore démontré leurs bons effets. La chair de la limace & du limaçon est peu nutritive, & se digère difficilement par les estomacs foibles.