Cours d’agriculture (Rozier)/MOURON

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Hôtel Serpente (Tome sixièmep. 672-673).
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MOURON. (Planche XXIII). Tournefort le place dans la dixième section de la classe des herbes à fleur d’une seule pièce & en entonnoir, dont le pistil devient un fruit dur & sec. Il l’appelle anagallis phœniceo flore. Von Linné le nomme anagallis arvensis, & le classe dans la pentaèdre monogynie.

Rozier - Cours d’agriculture, tome 6, pl. 23, mouron.png

Fleur A. En rosette, profondément découpée en cinq parties, ainsi que le calice. B représente le pistil, C les étamines.

Fruit D. Capsule sphérique, s’ouvrant horizontalement E, & renfermant des semences G menues, anguleuses, ridées, brunes, & attachées au placenta.

Feuilles. Très-entières, simples, lisses, pointues par le bout, évasées à leur base par où elles adhérent aux tiges.

Port. Tiges herbacées, rameuses, foibles, longues de six à dix pouces ; les fleurs naissent de leurs aisselles, & chacune est soutenue par un péduncule ; elles sont rouges ; les feuilles sont opposées une à une sur les tiges.

Racine. Blanche, simple, fibreuse.

Lieu. Les champs, les bords des chemins ; la plante est annuelle & fleurit presque pendant tout l’été.

Telle est la plante, improprement appellée mouron mâle, puisque sa fleur est hermaphrodite, composée de cinq étamines & d’un pistil.

Le mouron appellé femelle est une variété du premier, & il ne mérite pas mieux cette dénomination. Il ne diffère du précédent que par ses feuilles plus petites, ses tiges plus menues & ses fleurs d’une belle couleur bleue & quelquefois blanche.

Propriétés. Les feuilles ont une saveur douce & amère, une odeur légèrement aromatique, & désagréable quand elles sont froissées. Toute la plante est vulnéraire, détersive & céphalique ; le suc exprimé des feuilles & des tiges, & leur infusion, contribuent à rendre l’expectoration plus libre, & à diminuer l’oppression dans l’asthme pituiteux, dans la phtisie pulmonaire de naissance, & dans la phtisie pulmonaire par inflammation des poumons.

La Société Économique de Berne a publié dans la collection de ses Mémoires, que plusieurs de ses Membres s’étoient servis avec succès de cette plante dans l’hydrophobie ou rage des hommes. J’ai obtenu également un bon succès de cette plante dans le traitement de plusieurs animaux mordus par des chiens enragés. Malgré ces avantages, cette découverte doit être examinée & suivie avec beaucoup d’attention. On exprime le suc des feuilles fraîches, & on le donne depuis une once jusqu’à quatre ; en poudre sèche, deux à quatre drachmes infusées dans cinq ou dix onces d’eau suffisent. On met du sel en poudre sur la partie mordue, & on applique par-dessus le marc de l’infusion, ou une plus grande quantité : le tout est maintenu par un linge à plusieurs doubles, & ce marc doit être changé deux fois dans les vingt-quatre heures. Mais, comme la chaleur de la partie affectée fait bientôt évaporer l’humidité du marc & des linges, il faut avoir soin de les tenir toujours mouillés avec l’infusion. Au remède extérieur on ajoute l’intérieur, qui consiste à boire plusieurs fois par jour, & à des distances réglées, un verre de l’infusion. Le traitement est le même pour les animaux ; il suffit d’augmenter la dose suivant leur grosseur.