Cours d’agriculture (Rozier)/NAVIGATION INTÉRIEURE ET EXTÉRIEURE

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NAVIGATION INTÉRIEURE ET EXTÉRIEURE, dans ses rapports avec l’agriculture. On ne s’attend point à trouver dans un livre d’agriculture un traité de commerce maritime, un tableau de l’exportation des produits territoriaux.

Mais il n’est pas inutile de rappeler à quelques agriculteurs que les intérêts du commerce et de l’agriculture sont inséparables ; que, sans la navigation intérieure qui transporte au loin les produits du sol, il faudroit borner la culture à la consommation locale, et que, ne pouvant obtenir que quelques objets d’échange, la sphère des jouissances du propriétaire seroit très-bornée.

Pour mieux apprécier cette idée importante, supposons qu’il n’existe en France aucun fleuve, aucune rivière navigable ; que le sol français soit loin des côtes de l’Océan et de la Méditerranée : il est évident qu’alors tous les transports se borneroient à quelques lieues de distance ; qu’on ne cultiveroit que ce qu’il seroit possible de vendre ou de consommer.

Changeons d’hypothèse, et restituons au sol français sa position méditerranée, ses fleuves et rivières, tels qu’ils sont aujourd’hui ; les transports se multiplient, les produits du sol circulent par le commerce, l’agriculteur cultive pour lui, pour ses voisins, pour obtenir des objets d’échange et multiplier ses jouissances.

L’État y trouve son compte, parce qu’il obtient par la voie des échanges et des exportations les objets d’importation dont il a besoin, et notamment les denrées coloniales. Étendons le système ; admettons que la navigation intérieure soit tout ce qu’elle peut devenir, que les grandes communications par eau soient établies, tous les fleuves et rivières unis par des canaux navigables, que les produits du sol circulent par eau de l’une à l’autre mer, et de là par tout le monde, que de richesses alors pour nos campagnes, combien les produits du sol acquerroient de valeur !

Ce n’est pas tout encore ; la navigation intérieure nous donneroit la faculté d’exploiter ces mines de houille dont notre sol abonde plus que tout autre, mais dont les trois cinquièmes restent sans exploitation faute de débouché, et dont les autres ne vont qu’à de très-petites distances.

(Voyez l’aperçu des mines de houille exploitées et non exploitées en France, par M. Lefebvre, membre du Conseil des Mines. Paris, chez Bossange, an 11.)

Supposons que ces houilles circulent dans tous nos ateliers, nos forges, nos boutiques de forgerons ; y fassent baisser la main-d’œuvre, le prix du combustible pour la fabrication des eaux-de-vie, le prix des fers, de tous les instrument aratoires, quelle immense prime accordée à l’agriculture et à ses produits, que de richesses pour le cultivateur !

Il faut donc qu’il se donne bien garde de déranger ce grand système par d’imprudentes dilapidations des eaux, en les détournant de leur cours, en faisant disparoître ces grandes masses d’eau si nécessaires aux points de partage pour fournir aux canaux artificiels.

Il ne faut donc pas plus tout dessécher, qu’il ne faut tout défricher ; et le propriétaire doit sentir lui-même l’indispensable nécessité, le pressant intérêt qu’il a de n’entreprendre aucun dessèchement en grand, sans avoir consulté le gouvernement et obtenu son consentement ; et l’État doit-il être convaincu à son tour qu’il lui importe d’adopter enfin un système général d’aménagement et d’administration des eaux en France ; car tout se tient dans l’ordre social comme dans l’ordre physique, et celui qui n’embrasse qu’une partie d’administration peut être un nomme habile dans cette partie, mais n’est pas homme d’état, et ne mérite pas le nom d’administrateur, (de Chassiron.)