Cours d’agriculture (Rozier)/NOISETIER, ou COUDRIER, ou AVÉLANIER

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Hôtel Serpente (Tome septièmep. 87-89).


NOISETIER, ou COUDRIER, ou AVÉLANIER. Tournefort le place dans la première section de la dix-neuvième classe des arbres à fleurs mâles & femelles, séparées sur le même pied, & dont le fruit est osseux ; il l’appelle corylus sativa sivè vulgaris ; von-Linné le nomme corylus avellana, & le classe dans la monoécie polyandrie.

Fleurs, mâles & femelles sur le même pied ; les mâles composées de huit étamines, placées sous des écailles d’un chaton très-long ; les feuilles composées de deux pistils, logés dans un calice de deux pièces, coriacé, déchiré par ses bords, & aussi long que le fruit.

Fruit, amande renfermée dans une noix, aiguë à son extrémité, & qui repose sur le fond du calice, dont la substance est épaisse & charnue.

Feuilles portées par des pétioles, simples, entières, arrondies, pointues, dentelées ; les dentelures découpées ; la surface couverte d’un duvet velouté.

Racine ligneuse, rameuse.

Port, très-grand arbrisseau, poussant beaucoup de drageons par ses racines. Tiges rameuses, droites ; écorce tachetés, couverte d’un duvet sur les jeunes branches ; les chatons des fleurs mâles cylindriques, très-alongés, naissent des aisselles des feuilles. Les fleurs femelles adhérentes aux tiges lorsqu’elles sont dans le bouton, rameuses lorsque le fruit est formé ; les feuilles alternativement placées sur les tiges ; les stipules ovales & obtuses.

Lieu, les bois, les haies. Le noisetier qui vient d’être décrit est celui qui croît naturellement dans les bois de l’Europe, & que l’on trouve même sur les plus hautes montagnes ; son amande est blanche, & elle est pour l’ordinaire l’apanage des enfans ou des bergers. Cet arbuste ne vaut pas la peine d’être cultivé. Cependant, à force de soins, de semis, de plantations, l’homme est parvenu à lui faire produire de belles variétés. Telle est celle du noisetier franc, à fruit blanc, corylus sativa fructu albo majore sivè vulgaris. Bauh.

Celui-ci a donné encore plusieurs variétés ; l’une à plus gros fruit rond ; l’autre à fruit rouge oblong, & à fruit rouge couvert d’une pellicule blanche. On connoît encore le noisetier d’Espagne à gros fruits & anguleux.

La seconde espèce réelle du noisetier est celle de Byzance, corylus, columa. Lin. originaire du levant ; ses fruits sont ronds comme ceux du noisetier franc, mais deux fois plus gros, cachés presqu’entièrement dans le calice qui les environne, & les calices profondément découpés.

Culture. On peut dire que le noisetier se plaît par-tout, du nord au midi de la France, & quoiqu’il soit peu délicat sur le choix du sol, il réussit beaucoup mieux dans les terrains légèrement humides, & légers.

On le multiplie par semis, par drageons enracinés, & par marcottes. Ces dernières sont celles qui réussissent le mieux, & dont la reprise est la plus sûre.

Quant au semis, on conserve le fruit dans de la terre ou du sable sec, jusqu’au moment de le mettre en terre ; le sol doit être bien défoncé. On le dispose par tables de longueur indéterminée, sur une largeur qui permette le sarclage au besoin, c’est-à-dire, de trois à quatre pieds. On ouvre de petits sillons, dans lesquels on place les noisettes à six ou huit pouces de distance ; après la seconde, & encore mieux à la fin de la troisième année, on le replante à demeure, dès que les feuilles sont tombées. Il faut saisir ce moment pour les pays méridionaux, sur-tout parce qu’il existe peu d’arbres qui se remettent aussi promptement en séve au retour de la moindre chaleur ; il y fleurit souvent en décembre, & ailleurs en janvier & février, suivant la saison ; alors sa reprise est plus difficile. Dans les provinces du midi, on fera très-bien de l’arroser une fois ou deux dans le cours de l’été des deux premières années. Dans les pays plus tempérés, ou bien dans ceux où les pluies sont assez fréquentes, cette précaution devient inutile.

Les boutures ou drageons sont ordinairement assez communs aux pieds des noisetiers anciens. On les en sépare en leur laissant le plus de racines qu’il est possible.

Les marcottes sont en état d’être replantées après la première année. La manière dont les jeunes tiges s’élancent de terre, facilite l’opération.

Plusieurs auteurs conseillent de couvrir de noisetiers les coteaux ingrats. Il vaut mieux les voir chargés de verdure que sans rien du tout ; mais ne seroit-il pas plus avantageux de semer du gland ou des châtaignes ? Si j’avois à choisir, je préférerois ces derniers, à moins qu’une expérience complette ne prouvât que ces semis ne réussiroient pas.

Le bois du noisetier est flexible. Cette propriété le rend utile pour les petits cerceaux, pour l’usage des vaniers. Lorsqu’il a une certaine grosseur, on l’emploie comme échalas dans les vignes tenues à une médiocre hauteur. Son bois, ses fagots servent à chauffer le four.

Propriétés. L’amande est inodore, & a une saveur douce ; elle nourrit très-peu, elle pèse à l’estomac, & se digère difficilement quand elle est fraîche ; sèche, la pellicule qui la recouvre, excite un picotement dans le gosier & la toux. De l’amande sèche on retire une huile douce, béchique & anodine, dont la dose est depuis une once jusqu’à deux.