Cours d’agriculture (Rozier)/NOIX DE GALLES

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Hôtel Serpente (Tome septièmep. 112-113).


NOIX DE GALLES. On nomme ainsi des excroissances qui se forment sur les feuilles, les pétioles & même sur les calices des fleurs de quelques espèces de chênes. Elles sont occasionnées par les piqûres d’un insecte ailé. Leur principal usage est pour les teintures ; mais celles que l’on récolte en différens pays, ne sont pas également propres à tous les emplois auxquels on les destine.

On en distingue dans le commerce plusieurs qualités : celle connue sous le nom de knopern, se trouve par le chêne ; quercus ilex. (Voyez ce mot) On la tire de Pologne, de Hongrie, de Bohême, de Moldavie, &c. La seconde espèce est apportée de Smirne, d’Alep, de Natolie, de Grèce ; elle vient sur le quercus cerris. Le quercus ægilops fournit la plus connue dans le commerce, sous le nom de noix de galles d’Alep, dont la qualité est inférieure à la première qui donne à la solution de couperose, une couleur noire plus foncée. Elle est plus astringente, & abrège d’un cinquième le temps nécessaire à la préparation des cuirs.

M. Burgsdorf a cherché à naturaliser en Prusse une production si utile ; il a reconnu, d’après les observations les plus exactes, que l’espèce dite knopern, se formoit également sur les chênes quercus ilex, quercus cerris, & que la galle étoit portée sur les calices même de leurs fruits, tandis que le quercus ægilops la portoit sur les feuilles & sur leurs pétioles. Ce savant naturaliste a donc découvert la vraie cause de la différence des deux espèces de galles employées dans les arts, & si une espèce acquiert plus d’énergie que l’autre, on doit l’attribuer à la nature des sucs qui, destinés aux parties de la fructification, sont plus élaborés que ceux qui servent à la végétation des feuilles.

On doit encore à M. Burgsdorf la connoissance de l’insecte qui les produit. Il trouva dans une galle un insecte dans son état de nymphe. Sa couleur est brune, il a quatre ailes, six jambes, deux longues antennes. Il appartient au genre que von-Linné appelle cynips, & notre naturaliste l’a nommé cynips calicis quercus.

Outre les deux espèces de noix de galles dont on vient de parler, on en trouve une troisième assez commune dans le bas-Languedoc, sur les feuilles du chêne blanc quercus robur, dont on n’a fait encore aucun usage. Cependant, comme dans certaines années elle est très-abondante, on ne devroit pas négliger son emploi, & ce seroit diminuer d’autant la quantité que la France tire de l’étranger. A. B.

Les galles du chêne blanc ne sont pas particulières aux chênes du Languedoc. On en trouve également sur ceux des provinces intérieures du royaume, & même sur les chênes verts des provinces où ces arbres croissent.

Dans le commerce on doit préférer celles qui sont noires & pesantes aux galles blanches & légères. Ces noix sont perforées d’un ou de plusieurs trous pratiqués par l’insecte pour sortir, après sa métamorphose, en insecte ailé.