Cours d’agriculture (Rozier)/POIRÉE ou BETTE (2)

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Hôtel Serpente (Tome huitièmep. 149-151).


POIRÉE ou BETTE. Tournefort la place dans la première section de la quinzième classe, qui comprend les herbes à fleur à étamines, dont la partie inférieure du calice devient le fruit, & il l’appelle betta alba vel passescens quœ cicla officinarum. Von-Linné la classe dans la pentandrie digynie & la nomme betta vulgaris.

Fleur ; à étamines, composée de cinq étamines, placées dans un calice divisé en cinq pièces ovales, oblongues, obtuses.

Fruit ; espèce de capsule à une seule loge qui renferme une semence e : ; forme de rein, comprimée, entouré- ; du calice & comprise dans sa substance.

Feuilles ; grandes, longues, très-entières, se prolongeant sur le pétiole qui est aplati, épais, large, blanc, ouvert suivant l’espèce.

Racine ; cylindrique en forme de fuseau, longue & blanche.

Port ; tiges hautes de deux coudées & plus, canelées, branchues… Les fleurs naissent au sommet ou des aisselles ; & les feuilles sont alternativement placées.

Lieu ; les bords de la mer, cultivée dans les jardins potagers où elle est bisannuelle.

Culture, Cette plante aime les terrains doux, légers, bien engraissés & qui ont du fond. Elle demande de fréquens arrosemens, si on veut qu’elle produise de larges côtes. La poirée blanche qui est une variété de la verte, & telle qu’elle se trouve au bord de la mer, est appelée allégoriquement carde poirée, parce que son pétiole aplati s’élargit comme les feuilles du cardon, & l’espèce blanche seule a retenu cette dénomination.

Quoique la verte soit presque la seule cultivée dans les jardins des provinces du midi, elle n’est pas à comparer pour la largeur du pétiole, ni pour sa grandeur, à celui de la poirée blanche cultivée dans les potagers du nord où elle porte encore le nom de poirée blonde, parce que sa feuille est d’un vert beaucoup plus jaune & plus clair que celle de l’autre. Quelques auteurs mettent une différence entre la blonde & la blanche. Je puis me tromper, mais je n’y vois qu’une variété d’une première variété. La maritime ou verte est le type des autres.

Dans tous les climats on sème leurs graines dès qu’on ne craint plus les gelées, & on a grand soin de garantir les jeunes plants des gelées tardives, parce que ces plantes étant extrêmement aqueuses (même dans leur plus grande vigueur), craignent beaucoup le froid ; à plus forte raison quand elles sont encore tendres & nouvelles. On peut se régler sur ce point, chacun dans son climat. Cette plante a l’avantage de pouvoir être semée pendant tous les mois du printemps, de l’été, & même de l’automne, car elle germe facilement ; cependant, dans les provinces du midi du royaume, la graine semée depuis le milieu du printemps jusque vers le 15 de septembre, se hâte de monter, & ne donne pas le temps de cueillir ses côtes, seul objet qui la rende digne d’être cultivée.

On doit la semer dans une terre légère, bien préparée, en sillons & non à la volée. La première méthode facilite les petits serfouissages dont la jeune plante a grand besoin & surtout d’être rigoureusement sarclée des mauvaises herbes.

C’est dans cette pépinière qu’on va choisir les jeunes plants dès qu’ils ont quatre à six feuilles, pour les planter ensuite à demeure au moins à la distance de deux pieds, & même de trois si on veut que la grande espèce, plus particulièrement connue sous le nom de carde, réussisse autant qu’il convient.

Plusieurs auteurs conseillent de couper les jeunes feuilles, d’arrêter les racines : je dirai sans cesse, n’en faites rien ; la nature ne les a pas donné aux plantes inutilement. Si on les conserve avec le plus grand soin, la reprise en sera plus facile & plus prompte. Un léger arrosement après la transplantation est nécessaire à moins qu’on ne soit assuré de la pluie.

Comme dans les provinces tempérées on a l’avantage de semer pendant tous les mois de la belle saison, on peut également replanter & conserver pour l’hiver un certain nombre de pieds que l’on met à l’abri sous la paille pendant la durée du froid : si la paille est chère & rare, on y substitue les feuilles & c’est encore mieux ; après avoir coupé la sommité des feuilles, on butte le reste avec de la terre que l’on bat afin que l’eau ne la pénètre pas ; s’il survient du beau temps, on découvre un peu les plantes, on émonde les feuilles gâtées, afin de préserver la plante de la pourriture à laquelle elle est fort sujette. La poirée verte soutient mieux le froid que les autres. Si, comme dans les environs de Paris, on a du fumier de litière à discrétion, il sera plus avantageux de s’en servir que des autres expédiens dont on a parlé ; mais ailleurs le fumier est trop cher.

En général, on coupe toutes les feuilles de la poirée, ras terre, au commencement de septembre, afin de lui faire produire une ample récolte en octobre. Cette opération n’empêche pas pendant tout l’été de casser successivement toutes les côtes qui sont assez larges pour servir d’alimens : il part sans interruption de nouvelles feuilles de la plante.

Lorsqu’elle veut monter en graine, elle devient plus économe, sa tige s’élève avec rapidité entre les feuilles radicales, & dès-lors toute suppression est interdite : on ne conserve que quelques pieds, & tous les autres sont arrachés.

Propriétés. Les poirées nourrissent peu, rafraîchissent, tiennent le ventre libre, rendent l’estomac moins propre à digérer les alimens solides. Cependant, si on a l’attention de les faire cuire la veille pour le lendemain, de les laisser égoutter dans un tamis ou sur une passoire, alors ces côtes perdent en grande partie leur eau de végétation & celle dont elles se sont chargées pendant la cuisson, elles fatiguent moins l’estomac & sont plus susceptibles de perdre leur saveur fade & de prendre les assaisonnement.

La feuille est une des cinq émollientes ; récente & appliquée sur l’espèce d’excoriation produite par les vésicatoires, elle entretient l’écoulement séreux ; elle agit de même sur l’ulcération de la tête causée par la teigne. Le suc exprimé des feuilles & particulièrement de la racine, inspiré par le nez, fait éternuer & déterminer par les fosses nasales une évacuation abondante de mucosités ; en conséquence, il est proposé pour les douleurs rhumatismales & l’enchifrènement catarrhal.