Cours d’agriculture (Rozier)/PURGATIFS (supplément)

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Hôtel Serpente (Tome huitièmep. 707-709).


PURGATIFS. médecine rurale. C’est ainsi qu’on appelle les médicamens qui procurent des évacuations par les selles. On en distingue de trois sortes : on a donné le nom de Laxatifs aux purgatifs doux ; on a appelle Cathartiques, ou proprement purgatifs, ceux qui tiennent un juste milieu entre les laxatifs & les purgatifs violens ; & on a donné à ces derniers le nom de Mocliques ou drastiques.

Les purgatifs en général exercent leur action dans l’estomac & le reste des premières voies : quelque temps après qu’on a été purgé, on commence à éprouver quelques légères nausées, qui n’ont point de durée ; on ressent aussi quelque inquiétude, une certaine anxiété, & quelques douleurs à la région de l’estomac : à toutes ces affections succèdent des rapports, des borborygmes, & enfin des déjections fréquentes.

Mais ce ne sont point encore là tous les effets des purgatifs ; ils agissent sur les fluides, en augmentant la circulation. Le pouls devient plus fort & plus fréquent, & le corps acquiert un plus fort degré de chaleur. On voit assez souvent survenir des moiteurs, quelquefois même des sueurs.

Il est aisé de sentir qu’ils ne peuvent produire de pareils effets, qu’en passant des premières voies dans les secondes : l’expérience a depuis longtemps démontré que les molécules des purgatifs entrent dans le torrent de la circulation : on sait qu’on purge une nourrice pour obtenir de son nourrisson des évacuations plus abondantes par les selles ; ce qui ne peut avoir lieu que par les molécules des purgatifs dont le lait se trouve imprégné. Les purgatifs augmentent les forces, en évacuant une quantité de matières qui les diminuoient en épaississant le sang, & en ralentissant le mouvement de la circulation.

Ils affoiblissent aussi, parce que le diaphragme s’agriffe dans le temps que les malades vont à la selle, & que les muscles du bas-ventre se contractent, ce qui exige des efforts qui ne peuvent se faire qu’aux dépens des forces.

Il est encore prouvé qu’ils attirent & évacuent une grande quantité de matières liquides qui n’étoient point dans les premières voies.

On n’est pas encore parvenu à découvrir la manière d’agir commune à tous les purgatifs, quoiqu’il paroisse que les médecins anciens & modernes y aient beaucoup travaillé. Galien & ses sectateurs croyoient que les purgatifs agissoient par sympathie ou par attraction ; d’autres par antipathie ; les chimistes ont eu recours à la fermentation ; les médecins de l’antiquité admettoient des qualités occultes, ce qui n’expliquoit rien : mais on sait que les purgatifs irritent ; cette irritation est bien prouvée par ce qu’on observe quelque temps après sur tous ceux qui ont été purgés, qui éprouvent des douleurs, des inquiétudes & des borborygmes dans les intestins : mais cette idée d’irritation ne suffit pas pour expliquer en général la manière d’agir des purgatifs ; car enfin tout ce qui irrite, ne purge pas. Mais, sans plus approfondir cette question, nous nous contenterons de dire & de croire qu’ils purgent par indigestion.

Les purgatifs sont régardés avec raison comme l’un des plus puissans moyens qu’offre l’art de guérir. En effet, dit M. Lieutaud, on ne peut nullement douter que le foyer de diverses maladies, tant chroniques qu’aiguës, ne soit dans les premières voies. C’est aussi d’après cette observation générale qu’ils sont indiqués dans les fièvres aiguës, soit continues soit rémittentes ; dans les fièvres putrides & inflammatoires, dans les maladies soporeuses, chroniques, convulsives, cachectiques, dans toutes les hydropisies, dans le dégoût, les divers flux de ventre, dans les obstructions invétérées, dans les maux de tête opiniâtres. Enfin il est bien peu de maladies où ils ne puissent trouver une place.

Il faut avouer qu’en général dans les provinces méridionales on abuse des purgatifs, & qu’il y a beaucoup de médecins qui n’ont égard ni à la violence des symptômes qui accompagnent l’invasion d’une maladie, ni au temps de coction & de crise, & qui purgent sans cesse de deux jours l’un, dans quelque maladie que ce soit. Il s’étayent premièrement de leur usage & de la louable pratique de leurs pères ; 2°. ils vous disent, les maladies ne se guérirent que par les évacuations, or donc il faut évacuer ; & pour évacuer, il faut purger : il est impossible de leur faire entendre de ne purger qu’après la coction. Ils ne doivent pas ignorer qu’Hippocrate ne veut pas qu’on purge dans le temps de crudité, à moins que la matière morbifique ne se porte vers les premières voies, ce qui arrive rarement dans les maladies aiguës.

Il en est de nos humeurs comme du moût qui se change en vin ; il faut donner le temps à la nature d’opérer ce changement ; & pour cet effet il ne faut point la troubler dans son travail ; s’il est imparfait, & que les crises qu’elle procurera ne paroissent point suffisantes, alors on doit l’aider, purger même durant les évacuations, ainsi que vers la fin de la maladie.

M. de Lamure remarque très-judicieusement qu’on ne doit pas toujours être déterminé à purger sur la fin des maladies par les signes de putridité qui paroissent dans la bouche, tels qu’une croûte blanche, jaune, ou noirâtre. Comme la langue se décharge successivement, & que cette croûte se dissipe d’abord vers la pointe, ensuite vers le milieu, puis vers la base, il peut se faire aussi que les couloirs de l’estomac & des intestins se soient successivement débarrassés des sucs viciés qui les embourbaient, plutôt même que la langue. Peu importe que ces évacuations abondantes soient l’ouvrage de la nature ou de l’art, la raison veut qu’on n’insiste plus sur les purgatifs, si les malades recouvrent l’appétit, &. si leur estomac digère bien les alimens qu’il reçoit.

Outre les temps généraux, on remarque dans les maladies aiguës des temps particuliers, tels que le temps de l’exacerbation, & dans les fièvres intermittentes, celui de l’accès & celui de l’intermission.

Plusieurs raisons doivent faire attendre le temps de l’intermission, eu bien le temps de la rémission, pour placer les purgatifs lorsqu’ils sont nécessaires : la première est parce qu’on déruiroit l’ouvrage de la nature, qui emploie toutes les forces pour chasser la matière morbifique.

La seconde est que les humeurs se trouvant dans une grande fougue, les purgatifs l’augmenteroient en échauffant. Il est aisé de sentir qu’ils ne pourroient qu’être très-nuisibles.

Il y a encore deux temps pour l’administration des purgatifs, celui d’élection & celui de nécessité. Lorsqu’on est libre & que rien n’empêche de purger le matin, il vaut mieux prendre ce temps-là, parce que le sommeil de la nuit a réparé les forces, & que les malades sont plus en état de supporter l’action des purgatifs, qui, comme nous l’avons déjà dit, affoiblissent par eux-mêmes.

On ne doit pas non plus purger dans le redoublement ; mais comme il peut arriver qu’il ne finisse que sur le soir ou dans la nuit, s’il y a alors nécessité de purger, on le fait à la fin du redoublement. Les purgatifs sont contre indiqués dans l’inflammation des viscères, dans l’état de sécheresse, dans le météorisme, dans l’ulcère des parties internes, dans l’abattement des forces, & dans toutes les maladies essentiellement inflammatoires.

En général, avant de purger il faut préparer les malades par beaucoup de boissons, par le repos & la tranquillité de l’ame : le choix des purgatifs doit être toujours relatif à l’état des forces du malade, à son âge & à son tempérament particulier : on emploiera des purgatifs doux, aux tempéramens vifs, secs & irritables. On réservera les purgatifs drastiques pour les personnes qui ont beaucoup d’humeurs, dont le systême nerveux, musculeux & artériel est doué de très-peu de sensibilité, ou qui ont la fibre lâche.

Pour l’ordinaire ils réussissent dans les maladies séreuses, lorsque les humeurs ont éprouvé une altération, & lorsqu’il faut entraîner une humeur viciée d’une nature froide, & qui est encore mobile.

Enfin, ce n’est qu’avec beaucoup de précaution qu’on fera prendre des purgatifs aux enfans, aux vieillards, aux personnes foibles & aux femmes grosses.

Il est quelquefois prudent de combiner des remèdes hypnotiques ou calmans avec les purgatifs, pour qu’ils agissent avec moins de violence & plus de lenteur, sans les empêcher de produire des évacuations à leur ordinaire. M. AMI.