Cours d’agriculture (Rozier)/RÉTOIRE, FEU MORT

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Hôtel Serpente (Tome huitièmep. 595-597).


RÉTOIRE, FEU MORT. Médecine vétérinaire. On donne ce nom aux substances qui, appliquées en manière de topique sur le corps de l’animal vivant, & fondues par la lymphe dont elles s’imbibent, rongent, brûlent, consument, détruisent les solides & les fluides, & les changent, comme le feroit le feu même, en une matière noirâtre qui n’est autre chose qu’une véritable escarre.

Ces substances sont encore appelées caustique, cautère potentiel.

C’est par leurs degrés divers d’activité que l’on en distingue les espèces.

Les unes agissent seulement sur la peau, les autres n’agissent que sur les chairs dépouillées des tégumens ; il en est enfin qui opèrent sur la peau & sur les chairs ensemble.

Les premiers de ces topiques comprennent les médicamens que nous nommons proprement rétoires, & qui, dans la chirurgie humaine, sont particulièrement désignés par le terme de vésicatoires ; les seconds renferment les cathérétiques ; & ceux de la troisième espèce, les escarrotiques ou ruptoires.

Les rétoires ou vésicatoires que la chirurgie vétérinaire emploie le plus communément, sont les poudres de moutarde, de poivre long, d’ellébore, d’euphorbe, de cantharides, de méloé, &c. qu’on incorpore avec des substances capables d’en seconder l’action, & de la maintenir sur la partie.

On en forme des emplâtres en les mettant avec la cire, la poix blanche, la térébenthine ; des cataplasmes, en les liant avec du levain & du vinaigre ; des onguens, en les unissant au miel, au basilicum, &c.

M. de Soleysel prescrit une huile que le méloé rend vésicante. Cet insecte est désigné dans le Système de la Nature, par ces mots, antennæ siliformes, alytrâ dìmìdïatâ, ale nullæ. Linnæus sauna succica, num. 596, rappelle encore scarabées majalis onctuosus. Quelques auteurs le nomment, proscarabæus, catharus onctuosus, le scarabée des maréchaux. Il est mou & d’un noir foncé ; il a les pieds, les antennes, le ventre un peu violet, & les fourreaux coriaces. On le trouve dans les mois d’avril & de mai, dans des terrains humides & labourés, ou dans les blés.

On prend un certain nombre de ces insectes que l’on broye dans suffisante quantité d’huile de laurier ; on les y laisse pendant l’espace de trois mois dans un vase bien fermé ; ce temps expiré, on fait chauffer le tout, on coule, on jette le marc, & on garde l’huile pour le besoin.

Quelque précieux que ce remède ait paru à M. de Soleysel, pour dissiper des suros, des mulettes, des vessigons, (voyez ces mots) l’expérience a prouvé néanmoins plus d’une fois, qu’il étoit inutile & impuissant dans ces différentes circonstances.

Quoi qu’il en soit, les effets des rétoires sont d’une part l’ébranlement du genre nerveux, & de l’autre l’évacuation qu’ils procurent. L’un & l’autre sont quelquefois à désirer en même temps, comme dans un claveau confluent (voyez ce mot) dont l’éruption est difficile, dans le plus grand nombre des maladies épizootiques, pestilentielles, malignes, où il s’agit souvent d’irriter, & où il n’importe pas moins d’ouvrir une porte à une portion de l’humeur morbifique, & d’en débarrasser la masse. Ils sont indiqués encore dans les affections soporeuses, dans l’apoplexie, dans la paralysie (voyez ces mots), où l’on ne se propose que l’agacement des fibres, pour parvenir au rétablissement de la sécrétion de la lymphe nervale : enfin il est des cas où l’on n’attend de ces médicamens qu’une évacuation salutaire ; tel est celui dans lequel on se voit contraint de rappeler une suppuration indûment supprimée, ce qui arrive quelquefois, eu égard à certaines affections cutanées, aux crevasses, aux malandres, au farcin, &c. (Voyez ces mots) Tels sont de plus les catarrhes, les maux d’yeux ; mais ici le séton est à préférer aux rétoires, & même aux cautères que nous pratiquons très-peu, attendu qu’il nous est beaucoup plus commode d’entretenir la suppuration par des mèches que par les corps étrangers, qu’on est dans l’obligation de tenir dans ces mêmes cautères, & qui peuvent être facilement dérangés.

On doit bannir, au surplus, les rétoires, dans les cas d’inflammation, d’éréthisme, de crispation, soit universelle, soit particulière ; dans le premier, la fièvre & l’incendie augmenteroient, tandis que dans le second, la mortification feroit à craindre. M. T.