Cours d’agriculture (Rozier)/RADICAL

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Hôtel Serpente (Tome huitièmep. 494-495).


RADICAL. L’humidité jointe à la chaleur est le principe radical de toute végétation. Sans chaleur, point de décomposition ni de recomposition ; sans humidité, point de fermentation ni combinaison nouvelle de principes. Ainsi, quand la chaleur excessive a fait dissiper l’humide radical de la terre, & qu’on peut appeler Principe de vie de la végétation, toute plante souffre, se dessèche & meurt. Mais si avant ce point extrême, on lui redonne de l’eau, tous ses principes reprennent le mouvement & circulent dans la plante. Les élémens sont sans cesse opposés entre eux ; si l’un domine, les autres souffrent, ou plutôt la plante ou l’animal souffrent. Sans chaleur, l’humidité ne peut agir, dissoudre les principes salins, ni ceux-ci combiner ensemble les principes huileux avec les principes simplement aqueux ; en un mot, les matériaux de la séve ne peuvent se combiner. Si le froid est rigoureux, toute végétation est suspendue, & les plantes à tissu aqueux périssent. Si les plantes qui aiment les terrains secs, se trouvent, par des inondations, dans la même position que les plantes des marais, elles meurent ; & celles-ci subsistent foiblement ou avec la plus grande peine dans les sols secs & brûlés du soleil. Dans tous ces cas, & dans une infinité d’autres qu’il seroit facile de citer, c’est l’humide radical, le principe de vie, qui est attaqué ; cet humide radical est aux plantes ce que le principe de vie est aux hommes & aux animaux ; en un mot, c’est le principe sans lequel elles n’existeroient pas, & qui défend la plante contre les impressions des élémens. Sans l’eau, la sécheresse réduiroit en poudre tout végétal, & nulle végétation sans chaleur. Mais lorsque la chaleur & l’humidité sont en proportion convenable, & se tempèrent l’une par l’autre, alors l’humide radical agit dans toute sa force. Cette force est proportionnée à la chaleur que la plante doit naturellement supporter dans son pays natal ; & l’humidité, en raison de ce qu’elle en a besoin pour sa bonne végétation. Toutes les espèces de plantes grasses des climats d’Afrique périront au simple froid des pays du nord, & nos saules, nos peupliers, nos renoncules des marais, &c., ne prospèreront jamais sur les rochers calcinés qui bordent la mer sous la ligne ou dans les sables brûlans de l’Afrique. Chaque plante, chaque arbuste, chaque arbre est soumis à une loi particulière, il a son principe de vie, qui n’est qu’à lui, & si on parvient quelquefois à le modifier, à lui faire changer de climat, ce ne peut être que par les semis. Le mûrier en fournit l’exemple. (Consultez le mot Espèce) Je conviens que ce mot humide radical, employé souvent par les vieux alchimistes, par d’anciens auteurs agronomes, est un peu vide de sens ; c’est pourquoi j’en ai fait exprès un article, afin que le lecteur ne prenne pas de fausses idées. Il ne signifie autre chose, en parlant des plantes, que le principe de vie, & ce principe de vie ne sauroit long-temps subsister, si les élémens ne conservent pas entre eux l’équilibre conforme à la loi de végétation que suit chaque arbre en particulier. La chaleur qui tue la laitue, fait fructifier l’ananas ; & le perce-neige périroit dans une couche d’ananas.