Cours d’agriculture (Rozier)/RAMPANT

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Hôtel Serpente (Tome huitièmep. 520-521).


RAMPANT. (Plantes rampantes) On en distingue de deux espèces, celles qui rampent naturellement, & dans aucun cas ne sont pas susceptibles de s’élever à la direction perpendiculaire, telles que le chiendent, la renouée ou traînasse, &c, & celles qui rampent parce qu’elles ne trouvent, aucun soutien où pouvoir s’attacher ; parmi ces dernières, les unes s’accrochent aux tuteurs par des vrilles ou mains, telles que la vigne, les courges, les melons, les concombres, &c, & les autres à l’aide de leurs feuilles disposées en rondache, comme dans la capucine, &c. Toutes ces plantes ont besoin de tuteurs proportionnés à leurs forces, ou d’être ramées si elles sont foibles. Il faut séparer de cette seconde classe les plantes qui s’élèvent en contournant les tuteurs par leurs tiges ; telles sont, les chèvrefeuilles, le bourreau des arbres, &c ; elles ne sauroient longtemps subsister, & elles souffriroient, leurs tiges se tortilleroient sur elles mêmes ; enfin, elles feroient tous leurs efforts pour ne pas être rampantes. Les autres au contraire, telles que les melons, les courges, &c. quoique armées de mains, paroissent plus volontiers destinées à ramper, parce que le temps de leur végétation est court, & pour parvenir à une prompte maturité elles ont besoin de rester sur la superficie du sol où la chaleur est plus forte, plus active, qu’à une certaine hauteur au dessus ; malgré cette loi j’ai voulu voir jusqu’à quel point les courges réuniroient juchées sur des arbres & à la hauteur de six à dix pieds. À cet effet je choisis un pied de la courge nommée citrouille, & de la plus grosse espèce, & un pied de la courge longue ; tous deux furent élevés sur des arbres différens, & les tiges soutenues contre les troncs avec des rognures de chapeaux afin de ne point les endommager. Dès que les tiges & leurs ramifications eurent atteint les branches, il fut inutile de les soutenir ; leurs feuilles servirent de point d’appui, & les vrilles des courges longues s’attachèrent fortement aux branches. La même chose arrive, & d’une manière bien plus marquée, à la courge nommée calebasse ou courge de pèlerin. Celle-ci réussit très-mal ou point du tout si elle n’est soutenue, si on ne la fait point grimper. Il résulta de mes expériences que les citrouilles furent moins grosses que celles que j’avois plantées pour pièce de comparaison, & qui rampoient sur terre ; elles mûrirent moins vite & moins parfaitement. Les fruits de la courge longue s’allongèrent beaucoup plus que ceux des courges qui rampoient, & mûrirent presqu’aussitôt. Ce n’est pas surprenant ; cette espèce est plus précoce que les autres qui restent en terre jusqu’à la mi-novembre, suivant les climats. Rien n’étoit plus plaisant que de voir ces arbres chargés de ces fruits monstrueux. Des melons semés dans les trous ou ventouses d’une terrasse parfaitement au midi, & à cinq pieds au dessus du sol y réussirent à merveille, & leurs tiges & leurs fruits pendans, produisoient un joli effet ; les melons furent excellens. Je crois devoir prévenir que c’est dans le bas-Languedoc que j’ai fait ces expériences ; &, j’y ai toujours observé que la renouée, malgré tous mes soins, a souffert, dès que j’ai voulu changer la direction horizontale de ses tiges en perpendiculaire. C’est par cette variété infinie de formes & de couleurs dans les plantes & dans les arbres, que la campagne a des attraits si puissans sur l’homme qui fait observer, & dont les plaisirs sont naturels & innocens. Il y a plus d’hommes rampans dans les villes, que de plantes rampantes dans nos champs.