Cours d’agriculture (Rozier)/REPLANTER

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Hôtel Serpente (Tome huitièmep. 588-589).


REPLANTER. C’est enlever de terre une plante, un arbuste, un arbre, & le planter de nouveau. Si lorsqu’on plante, l’opération étoit bien faite, on ne seroit pas dans le cas d’y revenir aussi souvent, & toujours aux dépens du pauvre arbre, triste victime des balourdises du jardinier.

On replante, ou parce que le premier arbre est mort, ou parce qu’il est placé dans un lieu peu convenable. Pourquoi l’arbre est-il mort ? C’est qu’on l’a planté à contre-temps, que les eaux pluviales ont noyé ses racines dans une fosse peu profonde & qui a retenu l’eau ; c’est que dans une fosse de peu de profondeur, & dont le terrain est sablonneux, la sécheresse a abîmé les racines, faute de quelques arrosemens. De la terre forte mêlée avec la terre sablonneuse, & la sablonneuse avec l’argileuse, auroient prévenu ces extrémités, sur-tout si la fosse avoit été large & profonde, parce que les jeunes racines auroient eu la force de garantir l’arbre ; ces abus tiennent aux localités, & au peu de prévoyance ; mais la mutilation des racines tient au pépiniériste & au planteur. Un particulier va chez un pépiniériste, & dans le nombre de ses arbres marque les plus beaux ; ils sont superbes sur place & lorsqu’on les aura sortis de terre ils seront réduise à l’état de piquets : en effet, comment concevoir qu’un ormeau, qu’un sycomore de dix pieds de tige, & de six pouces de circonférence par le bas, plantés à 18 pouces les uns des autres, puissent être enlevés de terre sans que leurs racines soient brisées, soient mutilées. Se figure-t-on que le marchand d’arbres sacrifiera les voisins pour donner ceux que vous avez demandé garnis de leurs racines & de leurs chevelus ; à coup sûr ils n’y trouveroient pas leur compte. La bêche est mise en terre à 9 pouces de distance du tronc, elle coupe & mâche les mères racines, & aussitôt après, 3 ou 4 hommes s’efforcent d’arracher l’arbre ; s’il a fait quelques racines pivotantes & qui le retiennent, elles sont impitoyablement coupées comme les autres ; enfin l’arbre est sorti de terre & livré à l’acheteur par le pépiniériste ; de là il passe dans les mains du jardinier, qui, sous prétexte de rafraîchir les racines, les mutile, les écourte, & ensuite il plante son arbre : heureux encore ce pauvre arbre, si la violence de l’arrachement n’a pas détruit tous ses chevelus. Et l’on veut après cela qu’on ne soit pas dans le cas de replanter ! Le pépiniériste & le jardinier rejettent la mort de l’arbre sur la saison, tandis qu’on doit l’imputer à eux seuls. En effet, peut-on se persuader qu’un arbre de la grosseur & de la grandeur supposées, puisse reprendre, n’ayant que peu de racines, & des racines de 6 à 8 pouces de longueur : si on ne se hâtoit de donner à ces arbres de forts tuteurs, il est impossible qu’ils ne fussent renversés par le plus léger coup de vent, puisqu’ils n’ont presque pas de points d’appui. Peu importe au pépiniériste que ses arbres prospèrent ; plus il en mourra & plus il en vendra pour les remplacer.

On replante souvent, parce que dans le principe, sous le prétexte de plutôt jouir, on a planté trop près ; il en résulte que le terrain est bientôt rempli de racines ; que les plus fortes dévorent la substance des plus foibles, & que leurs arbres périssent ; à cette époque on replantera cent & cent fois, & toujours inutilement. L’arbre replanté subsistera & végétera pendant un an ou deux & même trois, suivant le diamètre & la profondeur donnés à la fosse destinée à le recevoir. Les racines des arbres voisins, attirées par cette terre meuble & nouvellement fouillée, se hâteront d’y pénétrer ; mais dès quelles auront rencontré celles de l’arbre nouvellement planté, elles les dévoreront, & l’arbre périra d’inanition : d’ailleurs, pendant le temps que le jeune arbre pousse ses nouvelles branches, celles des arbres voisins se mettent à leur aise, s’allongent & s’étendent afin de mieux recevoir les influences de la lumière & du soleil, & leur ombre étouffe le jeune arbre en le privant des bienfaits dont elles jouissent. On a, sans cesse sous les yeux, dans les promenades publiques, dans les quinconces, l’exemple du peu de succès des replantations. Le seul remède à opposer à ces abus, c’est de couper un arbre entre deux, sur toute la longueur & la largeur du quinconce. Au premier coup d’œil après l’abattis, il paroîtra de grands vides ; mais 4 ou 5 ans après, la verdure sera aussi belle que dans les premiers temps, les arbres épargnés en seront bien plus beaux, & leur existence assurée.