Cours d’agriculture (Rozier)/RESPIRATION

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Hôtel Serpente (Tome huitièmep. 593-594).


RESPIRATION. Mépecine rurale. Opération de la nature qui s’exécute par deux mouvements contraires ; par l’inspiration & par l’expiration. Dans l’inspiration, l’air entre dans les poumons, & dans l’expiration le même air sort des mêmes poumons.

De toutes les fonctions il n’en est aucune de plus nécessaire à la vie que la respiration. Le moindre dérangement qu’elle éprouve, peut donner naissance à une infinité de maladies très-graves. Les poumons sont les principaux organes de la respiration ; c’est dans leurs vésicules que l’air entre ; ce n’est pas seulement dans les maladies qui affectent immédiatement les poumons, que la respiration est altérée. Parmi les maladies du bas-ventre, celles qui ont pour effet plus ordinaire, & pour symptôme plus familier, un dérangement dans la respiration, sont l’inflammation du foie, de l’estomac, de la rate ; les obstructions des viscères, les distensions venteuses, les indigestions, les blessures du bas ventre, les épanchemens d’eau dans sa cavité, qui empêchent le diaphragme de s’aplanir.

On distingue plusieurs sortes de respirations vicieuses. 1°. La respiration qui se manifeste par une dilatation trop considérable de la poitrine. 2°. La respiration petite, lorsque la poitrine ne se dilate pas suffisamment. 3°. La respiration difficile qui s’exerce avec beaucoup de gêne & des efforts sensibles. 4°. La respiration fréquente. 5°. Celle qui est rare, lorsque l’inspiration & l’expiration se succèdent à des intervalles ou trop courts ou trop longs. 6°. La respiration chaude. 7°. Celle qui est froide ; ces différences sont fondées sur la qualité de l’air expiré. 8°. La respiration inégale, où les deux temps ne sont pas entre eux dans une juste proportion. 9°. Enfin la respiration sonore, accompagnée de bruit, de soupir ou de râlement.

Un danger plus ou moins pressant accompagne toujours ces dérangemens dans la respiration, & ils sont toujours d’un mauvais augure quand ils surviennent dans le courant des maladies aiguës. La respiration libre, naturelle & régulière est le signe le plus certain de guérison. Lorsqu’elle se soutient dans cet état, quoique les autres signes soient fâcheux, quoique le malade paroisse dans un danger pressant, on peut être tranquille, il en réchappera. Hippocrate regarde la liberté de la respiration comme l’annonce d’une issue favorable dans toutes les maladies aiguës, dont la crise se fait dans l’espace de quarante jours, & la respiration chaude ou fiévreuse, comme un signe de mort, moins certain cependant que la respiration froide, qui indique un mouvement violent des humeurs, & une inflammation considérable des poumons.

La respiration froide est la plus funeste de toutes, & on ne l’observe que dans ceux qui sont prêts à rendre le dernier soupir. Rarement voit-on réchapper des malades après un signe aussi pernicieux. C’est aussi un très mauvais signe que la respiration inégale, qui a lieu lorsque les mouvemens d’inspiration & d’expiration ne se répondent pas en force, en grandeur & en vitesse ; lorsque l’un est foible & l’autre fort, l’un petit & l’autre grand. Il en est de même de la respiration interrompue, qui n’est qu’une variété de celle-ci[1].

Il y a encore deux autres espèces de respirations sonores. Dans l’une, le bruit qui se fait entendre au gosier, imite le bouillonnement de l’eau, ou le son que rend le gosier des personnes qui se noient. C’est ce qu’on appelle râle, râlement ou respiration stertoreuse. L’autre espèce est celle qu’on appelle luctueuse, suspiritueuse. Chaque expiration est un soupir. Elle est toujours l’annonce d’un grand embarras dans les poumons, ou la suite d’une extrême sensibilité. Hippocrate regarde cette dernière espèce de respiration comme un très-mauvais signe dans les maladies aiguës. On l’a souvent observée chez des femmes vaporeuses, & qui réchappaient très-bien de la maladie dont elles étoient attaquées. M. AMI.


  1. Dictionnaire des sciences.