Cours d’agriculture (Rozier)/SORBIER ou CORMIER

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Hôtel Serpente (Tome neuvièmep. 262-263).


SORBIER ou Cormier. Tournefort le place dans la huitième section des arbres à fleur en rose, dont le calice devient un fruit à pépin ; & il l’appelle sorbus sativa. Von-Linné le nomme sorbus domestica, & le classe dans l’icosandrie trigynie.

Fleur. En rose, composée de cinq petits pétales presque ronds, concaves, insérés dans un calice d’une seule pièce & à cinq dentelures. Une vingtaine d’étamines sont implantées sur le calice.

Fruit, baie molle, nommée sorbe ou corme, presque ronde, couronnée d’un large ombilic, renfermant trois semences oblongues, distinctes, cartilagineuses.

Feuilles, ailées avec une impaire, les folioles opposées, très-entières, longues, pointues, finement dentelées par leurs bords, blanchâtres & cotonneuses en dessous.

Racine, ligneuse, rameuse.

Port. Arbre de médiocre grosseur dans nos provinces du nord ; beaucoup plus fort & plus élevé dans celles du midi ; l’écorce rude, rabatteuse ; le bois très-dur, compact, rougeâtre ; les fleurs au sommet des tiges, disposées en espèce de corymbe. Les feuilles alternativement placées avec des stipules à leur insertion.

Lieu ; les provinces méridionales de France.

Propriétés. Le fruit a un goût très acerbe avant sa maturité ; en mûrissant, il devient mol, fade, doux. On l’appelle sorbe ; il est indigeste & astringent.

Usages médicinaux. Les fruits récemment cueillis constipent, diminuent la diarrhée par foiblesse, quelquefois la dysenterie bénigne ; extérieurement répercutent les hémorroïdes & en calme les douleurs : parfaitement mûrs, ils sourissent médiocrement, produisent souvent des coliques. On retire de ces fruits non-fermentés, une eau distillée qui n’a pas plus de propriété que la simple eau de rivière.

Usages domestiques. Dans les provinces où le fruit mûrit complètement sur l’arbre, sans qu’il soit nécessaire de le faire mûrir sur la paille, on l’écrase sous le pressoir ; son suc exprimé fermente, devient vineux, ressemble ensuite au poiré, & il est plus fort, plus spiritueux que le cidre. (Consultez ces mots)

Lorsqu’on n’a pas du fruit en quantité suffisante, on ajoute de l’eau ; mais alors la liqueur est plus foible. Souvent on remplit de sorbes les trois-quarts d’une barrique, & on achève de la remplir avec de seau. Après un certain laps de temps, cette eau sert à la boisson ; c’est une espèce de rapé. La sorbe est préférable aux nèfles.

De tous les arbres des forêts de l’Europe, le sorbier est celui dont le bois est le plus dur & le plus serré : cette propriété le fait rechercher des menuisiers pour monter leurs outils ; des ébénistes pour la marqueterie ; des tourneurs pour les vis des pressoirs, les fuseaux & alluchons des roues.

Culture. On multiplie cet arbre, ainsi que le suivant, au moyen des semis faits dans les jardins, & on est assuré d’avoir des pieds de belle venue. Dans les forêts le fruit tombé, & qui échappe à la voracité des bêtes fauves, germe facilement, & reproduit son semblable. Il se plaît dans des terres qui ont du fonds & qui sont substantielles. Il croît part-tout cependant, même sur les rochers, pour peu que ses racines puissent s’implanter dans quelques-unes de leurs gersures. Le fruit des arbres ainsi plantés, est assez agréable, & la saveur qu’il imprime au palais est peu austère.