Cours d’agriculture (Rozier)/SOUDE D’ALICANTE

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Hôtel Serpente (Tome neuvièmep. 266-268).


SOUDE D’ALICANTE. kali hispanicum supinum annuum, sedi soliis brevibus. Act. acad. Par. Salsola hirsuta Lin.

Elle diffère de la précédente par sa capsule velue, par ses feuilles cylindriques, obtuses, cotonneuses, charnues. Par sa tige d’un pied tout au plus de hauteur, elle est velue, herbacée, jette ses rameaux épars ; elle croît aux bords de la mer en Espagne.

Culture. Les cendres & le sel qu’on retire des soudes par l’incinération, forment une branche de commerce considérable. La soude d’Alicante est préférée, parce qu’elle fournit une plus grande quantité d’alkali.

Les soudes croissent naturellement au bord de la mer, & en quelques endroits en grande quantité ; la consommation des alkalis, soit pour les teintures, soit dans les fabriques du savon, est si considérable, qu’on est obligé de les cultiver. À cet effet on emploie les terrains imprégnés de sel marin & qu’on laboure pour le blé. On sème le salicote en même temps que le froment après les labours accoutumés. Si l’année est sèche, le blé périt & la soude prospère. C’est le contraire si l’année est pluvieuse, parce que la fréquence des pluies délave le sel & pénètre la couche inférieure du sel marin, & le concentre dans l’intérieur ; de manière que la corrosiveté de ce sel en masse, plus ou moins considérable, ne rend pas les fromens rachitique. Consultez les expériences sur les effets du sel, rapportées au mot arrosement. Quand l’année n’est ni trop pluvieuse ni trop sèche, on a une récolte en blé passable ; & un ou deux mois après qu’il est enlevé de dessus le champ, on fauche le salicote & on le brûle comme il sera dit ci-après. Cette ressource est précieuse pour les terrains naturellement salins, où les récoltes en grains sont très-casuelles. Ceux qui ne veulent pas hazarder ses semences du blé, sèment tout bonnement du salicote. C’est donc retirer du sol qui auroit resté inculte, une récolte qui dédommage assez bien de tous les frais. Elle mériteroit d’être encouragée sur les sols du voisinage de la mer. Est-ce le voisinage de la mer, & la présence du sel marin, qui donnent aux plantes de cette famille la quantité d’alkali qu’on en retire par l’ustion ? Je ne dis pas ignition, car elle le dissipe en grande partie. Le sel marin y contribue, à la vérité, ainsi que l’air salé de l’atmosphère ; mais la graine de salicote, semée dans l’intérieur du royaume, à trente & cinquante lieues de la mer, produit une plante qui fournit, par l’ustion, une plus grande quantité d’alkali, que toutes les autres plantes du voisinage. La culture de cette plante auroit donc été avantageuse dans les environs des grandes verreries, des manufactures de glaces, &c. qui consomment beaucoup de soude ; mais dans peu, lorsque le sel marin sera marchand en France, il sera plus économique d’en séparer chimiquement & d’en convertir en alkali, toutes ses parties qui en sont susceptibles. On obtiendra une soude bien plus pure, & elle donnera au verre une plus belle transparence.

Procédé pour faire brûler la soude.

Cette opération s’applique à toutes les espèces de fucus que la mer jette sur ses bords, & que souvent elle y entasse par monceaux. Dans quelques provinces on les appelle varech. Ces fucus doivent être exposés à la grosse ardeur du soleil avant de les brûler, afin qu’ils soient bien secs ; mais comme ils sont imprégnés de sel, ils attirent puissamment l’humidité de l’air. Il convient donc de les traiter comme le foin sur le pré, c’est-à-dire, de les rassembler chaque soir, de les étendre le lendemain, & ainsi de suite, jusqu’à leur entière dessiccation avant de les mettre en meule.

1°. Des fourneaux. On pratique, près des lieux où croît la soude ou des amas de fucus, des fosses proportionnées à la récolte, & on les place les unes près des autres, afin que le même ouvrier puisse les servir. Ces fosses ont la forme d’un cône, dont la pointe est dans le bas. Quelquefois on les dispose en forme de soucoupe bien évasée ; la première forme est préférable. Une pierre taillée & concave dans son milieu, sert de base à la fosse. Ses côtés sont revêtus en maçonnerie, & ses pierres sont liées les unes contre les autres avec une argile bien tenace & bien corroyée. Avant de se servir de ces sosies, il est nécessaire que la chaleur du soleil ait dissipé toute l’humidité de l’argile. Si dans le voisinage on trouve des rochers, on y creuse les fosses, & elles serve pendant un grand nombre d’années.

2°. Manière de brûler. Lorsque les plantes de salicote ou les varechs sont secs, on les rassemble vers les fosses ; on les y amoncelle crainte de la pluie, & au besoin, ils sont recouverts avec de la paille, dans la crainte que la pluie ne les imbibe. Un angard préviendroit tous les inconvéniens.

On jette au fond des fosses un peu de bois très-sec, mêlé avec un peu de paille ; on couvre le tout par une couche de salicote ou de varech, & le feu est mis à la paille, qui se communique au bois, ensuite au salicote. Lorsque celui-ci commence à s’enflammer, un ouvrier armé d’une fourche de fer, prend du salicote, le jette sur la couche précédente ; & son attention essentielle est de ne laisser aucune issue à la flamme. À mesure qu’il s’en forme, il se hâte de les boucher avec du nouveau salicote. La bonne opération consiste à entretenir sans cesse, & jusqu’à la fin, un feu concentré & de réverbération. Dès que l’opération est commencée, elle se continue sans interruption jusqu’à ce que la fosse soit remplie par la substance brûlée. Les ouvriers se relayent, parce qu’un seul ne pourroit supporter les fatigues pendant plusieurs jours consécutifs.

Lorsque la fosse est remplie de soude bien cuite, on enlève avec un râteau le charbon & la cendre qui surnagent la matière. Alors des ouvriers armés de perches de sept à huit pieds de longueur, agitent fortement & en tout sens la masse, ce qui lui fait prendre de la consistance. Plus elle est agitée, & plus elle acquiert de solidité par le refroidissement. Le point parfait de l’opération est lorsque la matière est cuite également. On laisse ensuite le tout refroidir peu-à-peu ; & lorsque le tout est complètement froid, on le retire des fosses sous une forme si solide, qu’on est obligé de le rompre à coups de marteaux. C’est réellement une espèce de fusion que la partie saline éprouve ; c’est pourquoi ces masses n’attirent pas l’humidité de l’air.